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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Les pieds sur terre et la Terre ailleurs...

Publié par Phert sur 20 Avril 2022, 07:14am

Catégories : #Environnement

L’année dernière, c’était le 29 Juillet. Cette année, d’évidence, ce devrait être plus tard, en août vraisemblablement. C’est un constat qu’on peut tous faire, la date glisse sur le calendrier comme un glacier descendant de la montagne, à moins qu’elle ne dérive comme un iceberg dans le courant de l’océan…

 

Calculé par l’ONG Global Footprint Network à partir de trois millions de données statistiques collectées sur 200 pays, le jour du dépassement est ce moment de l’année où l’empreinte écologique de l’humanité dépasse la biocapacité de la planète qui l’héberge. Pour écrire les choses très concrètement, sans filtre, le jour du dépassement est le jour où nous commençons, après avoir consommé toute sa production, à détruire le capital de la fragile et instable matrice environnementale qui génère et conditionne notre existence, la vôtre comme la mienne, et chaque jour un peu plus lourdement, celle de nos descendants. Pour faire simple et direct, exploitants et consommateurs compulsifs, nous détruisons la nature plus vite qu’elle ne peut se reconstituer.  Ainsi perd-elle son équilibre et, ce faisant, sa capacité à répondre à nos besoins vitaux. On a connu suicide collectif moins évident...

 

On comprend pourquoi ce jour est tout sauf anodin pour l’humanité. Pourtant, pour la plupart d’entre nous, les humains qui la composons, cette humanité parasite de la nature, nous nous en fichons ! Bien entendu, on connait nos excuses, les nôtres, celles des autres, aux choix, pour le plus grand nombre d'abord, la réelle difficulté à s’extraire d'une vie qui blesse, dans la nécessité de subvenir à des besoins primaires, quand l’instant ne laisse aucun répit et l’angoisse ne desserre jamais les mâchoires… Ou, pour la minorité, l’ivresse de la réussite, légitime ou usurpée, dans la quiétude, la jouissance ou la cupidité, dans l’acquis, dans l’à soi, quand tout devient possible pourquoi s’en interdire, y mettre des limites ? Entre les deux la routine, si étourdissante et lénifiante, déjà que je fais mon tri sélectif, que la vie passe si vite et que c’est déjà fini, quand nous pesons si peu, comparés aux Chinois, aux Indiens, qu’ils prennent leur part et nous prendrons la nôtre ! Et si on changeait de voiture ? Oui mais une électrique ! Top verts...

 

Il faut l’avouer, nous ne subissons pas tous équitablement les effets du dérèglement climatique, ceci explique cela, car le malheur a voulu que les pauvres démunis qui ne peuvent rien y faire souffrent infiniment plus que les riches opulents qui auraient, eux, plus les moyens d’agir. Elle est mal faite la nature, à moins que ce soit l’humanité, ou bien la politique, qui sait... En fait nous sommes tous touchés, parfois effleurés, mais pour beaucoup encore si légèrement, on se voile si bien les yeux, que le phénomène finit par tenir plus de la légende urbaine qu’on évoque pour meubler un dîner ennuyeux que du scénario catastrophe assumé auquel il faut faire face. On voit sur nos écrans les catastrophes lointaines comme des fictions. Le pire qu'on a déjà vu au cinéma n'est pas là. Rien ne presse...

 

Qu’on le veuille ou non, la plupart d’entre nous ont de bonnes raisons de renvoyer à plus tard et à d’autres la charge de cette tragédie. De bonnes raisons ? L’expression est paradoxale car si nous étions raisonnables, ensemble, nous agirions autrement, d’évidence, puisque nous n’avons que cette planète où habiter, que cet endroit dans l’espace où pouvoir vivre. Pourquoi tant de négligences au mieux, tant de saccages au pire, sachant que nous serons, sommes déjà, inéluctablement, les victimes expiatoires  de nos propres inconséquences ? La foi dans le génie humain a bon dos, en cette époque où l'on meurt noyé en Méditerranée et écrasé sous les bombes en Ukraine. Effectivement, mourir en holocauste nucléaire réglerait le problème, mais serait-ce réellement une solution

 

En réalité, s’il y a du fatalisme dans cette passivité, de la lâcheté aussi, de la superficialité certainement, une autre explication pourrait nous éclairer. Si notre planète réelle est commune, si des logiques intégratrices, y sont à l’œuvre, si des interdépendances s’y créent, naturellement, nous n’y vivons pas tous dans les mêmes conditions, dans le même environnement. La planète Terre n’est pas la même pour tous. Nous en percevons chacun une réalité différente, très éloignée d’un rapport du GIEC ! Il y en a, d’évidence, plusieurs planètes en une, dans notre tête, et peut-être même pouvons-nous penser que chacun a la sienne. Sauf qu’il n’y en a qu’une, de réelle, et continue !

 

Si le vent mauvais ne s'arrête pas à notre pallier, notre planète semble constituée de plusieurs réalités distinctes ou liées, dissociées ou associées, concurrentes ou partenaires, compatibles ou pas, amies ou ennemies… Et même en considérant cette incroyable diversité, notre planète réelle ne détermine pas seule notre existence. Loin s’en faut. Chacun d’entre nous, fait de muscles, d’os, de peau et d’esprit habite aussi d’autres planètes, plus personnelles, que nous passons nos vies à inventer, à visiter, de l’une à l’autre. Nous en partageons certaines avec d’autres humains, qui nous réunissent à l’occasion. Sur d’autres, nous y sommes seuls, en Petit Prince, avec notre rose ou même sans. Sur d'autres encore, nous nous retrouvons entre semblables, entre adeptes. Certaines planètes, plus concrètes, nous raccrochent à notre environnement réel, par un bout, par un fil, par une parcelle. D’autres planètes imaginaires ou spirituelles, nous en sortent. Nous sommes des unes et des autres. Mais alors où sommes-nous ?

 

Finalement, si nous détruisons notre planète et nous avec, c’est parce que nous sommes les pieds sur terre et la tête ailleurs. La Terre ailleurs…

 

Patrick Herter – 23 avril 2022

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