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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Irresponsabilité et hubris en politique

Publié par Phert sur 14 Janvier 2022, 09:36am

 

« Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen ». Le jugement lapidaire prononcé par le Président de la République en exercice dans le cadre d’un échange avec des lecteurs du Parisien, publié le 4 janvier, a fait moins de bruit que son « envie d’emmerder » les mêmes Français non vaccinées. À tort, me semble-t-il, car les deux expressions qui nous permettent toutes deux, par le raisonnement et l’humeur exprimés, de mieux connaître celui qui nous gouverne, sont l’une et l’autre… irresponsables.

 

Sont-elles si surprenantes ? En fin de mandat, Emmanuel Macron s’est tellement exposé depuis près de cinq années, de par son mode de gouvernance - centralisé, vertical, personnel, de par sa personnalité – brillante, narcissique, opportuniste, de par son attitude à l’égard des autres – charmeuse, hypocrite, arrogante, qu’on pourrait les considérer comme une sorte de double marque de fabrique du macronisme, cérébrale et brutale, son Yin et son Yang intimes. Comme si, en deux touches de couleurs supplémentaires, le portrait quinquennal prenait une allure définitive. Avec un mot qui les incarnaient tous : l’hubris…

 

Relire en cette occasion les propos de Vincent Azoulay de décembre 2018 dans Le Monde, disponibles sur le site du quotidien, sous l’accroche : « Aujourd’hui, l’hubris désigne le comportement d’Emmanuel Macron… ». Que nous dit l’historien ? Que l’hubris désigne la démesure, la transgression, et précède l’anéantissement, némésis, la vengeance des Dieux, de l’environnement dans lequel s’est exercé cette démesure. Vincent Azoulay rappelle dans cet entretien, en guise d’incarnation, la figure de Xerxès, le roi des Perses, en racontant comment le « Roi des rois » a fait construire un pont de bateaux pour traverser le détroit de l’Heelespont (les « Dardanelles » aujourd’hui) et envahir l’Europe. Les éléments ayant détruit le pont, Xerxès ordonne de fouetter le détroit… C’est l’hubris.

 

Trois ans après l’entretien au Monde de Vincent Azoulay, l’épisode du Parisien nous fait passer de l’Histoire à l’actualité, de l’antiquité à la modernité, du Roi des rois de Perse au Président monarque de France, pour illustrer une autre empreinte de l’hubris, en politique cette fois. Emmanuel Macron qui n’a de compte à rendre à personne, le temps de son mandat, dans son exercice, de par son irresponsabilité institutionnelle, dans la démesure de sa pratique du pouvoir, a la volonté de vaincre la pandémie qui empoisonne le pays et le monde depuis bientôt deux ans. Il a, pour ce faire, du haut de sa grandeur, imposé à l’ordre constitutionnel un régime d’exception, l’urgence sanitaire, et son corrolaire qui renforce encore son irresponsabilité en l’affranchissant de tout autre jugement que le sien, le Conseil de défense et son secret. Il a, dans cette configuration, multiplié les directives et les déboussolées, les ordres et les désordres, dit le vrai et le faux, ordonné et hésité, flatté et fustigé, appelé à la vindicte et à la bienveillance, rassemblé et divisé, apparu et disparu au gré des circonstances et des messages pour construire une sorte de gouvernance claire-obscure, progressiste éclairée, autocrate en temps de guerre déclarée au virus, puis à une partie de son peuple. Que s’est-il alors passé ? Des éléments, dans la confusion généralisée, nourris par l’air du temps et quelques intérêts, en refusant son ordre, l’ont remis en cause autant que sa volonté. Qui est responsable de cet échec, pour le monarque ? Non lui qui a décidé, d’autorité, en toute son irresponsabilité institutionnelle, de construire un pont de bateau sans prendre en compte la nature des éléments, mais les éléments, responsables, qui ont empêché l’efficacité de ce pont. Que veut faire le monarque ? Les fouetter, ici leur dénier le droit à la citoyenneté et les emmerder… C’est l’hubris.

 

Reste que l’hubris, passion (« envie ») nourrie par l’arrogance et l’orgueil, rendue possible par l’excès de pouvoir et son vertige, transgresse la nature et les Dieux en antiquité comme les Institutions en modernité. Elle est une faute, une violation des règles, un crime – pas un simple délit. Le choix par l’Autorité de ne pas rendre obligatoire le vaccin ne rend pas responsable le non vacciné qui ne veut pas recevoir le vaccin de la pandémie et de ses conséquences. Un président n’a pas le pouvoir de décréter qui est ou n’est pas citoyen du pays qu’il dirige. Un président n’a ni pour fonction ni pour mission d’ « emmerder » tout ou partie de son peuple. Un président en démocratie ne gouverne pas par       « envie ».

 

Alors qu’elle sera la sanction ? Vraisemblablement pas celle des Dieux. Peut-être celle les éléments. Elle pourrait être électorale…

 

Patrick HERTER

Le 14 Janvier 2022

 

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