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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Nous sommes devenus des intouchables...

Publié par Phert sur 26 Janvier 2021, 07:50am

Un air mauvais s'est abattu sur notre société, qui nous couvre le visage, colle nos semelles, nous prive de libertés, cache le ciel, isole les plus fragiles, fait mourir les plus faibles. C'est un mal brutal ou insidieux qui nous ronge de l'intérieur, qu'on le porte ou pas, avec ou sans symptômes. Une consternation sur soi-même passée à s'isoler, s'enfermer, se contraindre, s'attester, s'empêcher, renoncer, se forcer, devenue, en quelques mois, une gigantesque dépression collective, économique, sociale et politique. Nous sommes devenus des intouchables les uns pour les autres quand notre société nous est devenue, par décret, infréquentable...

C'est peu dire que la situation nous afflige. D'évidence, notre société, fragilisée par quarante ans de facilités et négligences politiques, fait partie des plus fragiles, des plus faibles, dans la crise. Le climat est, d'évidence, à la tragédie. Les réseaux sociaux-pathes en font des caisses de résonance, de la colère de ceux qui glissent dans la précarité, de l'opportunisme des loups qui rôdent dans les campagnes, aux portes des villes, de l'envie de croire n'importe quoi, n'importe qui - toujours avec un a-priori favorable au désespoir, à la rancoeur et à la haine. La naïveté est offerte toute entière au mensonge. Le malheur est à la mode. Le bonheur prié de se mettre en deuil, comme si l'utopie avait été déblayée en terrain vague dans l'aménagement mortifère du cimetière des espérances. Pas de place pour la promesse des jours heureux. Il est convenu aujourd'hui de se répandre en invectives, puisqu'on nous oblige par directives. Tout se dérègle et tout se perd : le sens des priorités et des devoirs, les règles du doute, de la présomption critique positive, la boussole et le compas, l'art de gouverner c'est prévoir quand l'autorité erre de tout vouloir. Même celui qui appelle au combat crie d'avoir perdu le sens de la fête et ses éclats de voix... Et nous de l'avoir perdu après tant d'autres mines défaites, tant de mauvaises humeurs et de moqueries acerbes avec ces yeux espiègles dans nos grands yeux complices. Comme lui, ils étaient faits pour cette époque et nous auraient tant fait rire. Merde. La scène est fermée, l'écran est vide. On aurait tant besoin d'eux.

C'est une autre expérience difficile à supporter qui nous saccage. Celle de constater que notre vieux pays dérive "entre-deux-eaux" : rouillé à la basse mer quand on voit tout de lui ; balloté à marée haute par des courants contraires, tanguant dangereusement d'un bord à l'autre jusqu'au naufrage que tous pressentent, quand l'écume bouillonnante cache ses failles. Un pays qui se révèle à découvert au moment même où nous sommes enfermés : inefficace par décrets, impuissant par principes, démuni par mépris. Un pays sous influences, soumis aux conseils contradictoires d'un aréopage de mandarins télévisés, aussitôt vus, aussitôt contestés par des hordes de spécialistes du dimanche, de commentateurs multicartes, de langues de bois, de chiffes molles costumés en éclaireurs.  Les Français assistent, exaspérés, à cette cacophonie de carnaval, à cette cohue navrante. Tout en haut, un capitaine miroir aux abois - aussi dépassé que tous - qui surfe contre la houle contre le vent, qui monte. C'est impossible de comprendre, ce brouhaha, cette confusion, ce manque de vision et d'actions. Et pourtant... 

Et pourtant rien de plus naturel que le renversement de ce qui semble être encore mais qui n'est plus déjà : l'hologramme d'un État dépassé dont on ne distingue plus que les sévices, la caricature d'Institutions nues comme leur roi, le flou des intentions de dirigeants qui ne dirigent plus grand chose, l'incertitude des opinions décrites avec une précision aussi paradoxale que pitoyable par de piteuses Pythies dans les entrailles de sondages éphémères comme un emballage de chouquettes à la foire à Neuneu. Cette fois ça y est, nous y sommes, et la pandémie l'accélère : la variance de l'Histoire se confirme. Celle qui fait passer l'époque. La bascule historique. Le grand renversement politique qui démantibule l'acquis - lequel n'est pas fait - faut-il le rappeler ? - pour durer. Cette variance historique crispe logiquement ceux qui ont tant à perdre et s'accrochent au monde d'encore, au monde d'avant, en tenant ferme tous ces pouvoirs qui leur échappent. Elle bouscule, fait douter, angoisse puis panique ceux qui possèdent si peu ou pas du tout pour y faire face, au grand bouleversement, et voient le château censé les protéger s'encarté ou s'ensabler, s'agiter,  avant de s'effondrer sous le vent ou s'avachir sous la vague. Elle donne de l'appétit aux intrigants qui attendent leur heure depuis si longtemps et se prennent à rêver du grand soir, enfin, la tête tournée vers le passé.

Indispensable de la reconnaître pour y faire face. Inéluctable de l'admettre et préférable d'y répondre positivement, quand le modèle de société n'en a plus pour longtemps. Inévitable d'imaginer une société nouvelle et ses nouveaux paradigmes.

Voici venu le temps d'inventer la suite. Nous sommes prêts.

Patrick HERTER - 29 Janvier 2021

 

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