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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Séance wikipédiesque : Emmanuel Macron et la makaragogie

Publié par Phert sur 23 Juin 2019, 08:44am

Si le populisme est assimilé à la démagogie (du grec ancien demos, "le peuple", et ago, "conduire"), à quoi pourrait correspondre le macronisme qui le combat, si l'on en analyse sa logique d'action, son approche politique, "à la manière de Wikipédia" ?

Peut-être à la... Makaragogie, mot inventé pour l'occasion.

La makaragogie (du grec ancien makarios, « les fortunés », et ago « conduire ») est une notion politique et rhétorique désignant l'action menée par les dirigeants en faveur des membres les plus aisés de la population de leurs pays, ces dirigeants cherchant à s'attirer leurs faveurs, notamment en utilisant un discours flatteur et/ou confortant leurs intérêts.

Le discours du makaragogue sort du champ du social pour s'adresser aux pulsions, aux inspirations des plus fortunés, à leurs ambitions et parfois même à leurs prétentions. Des mots, des expressions sont utilisées pour les distinguer et les valoriser. En outre, ce discours vise à l'optimisation immédiate des aspirations ou des volontés les plus flagrantes ou symboliques du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but de s'attirer personnellement la sympathie, et de gagner des soutiens. 

L'argumentation makaragogique doit être efficace, froide, voire brutale, afin de marquer les esprits et de pouvoir être reprise en toute confiance par le public auquel elle est adressée lequel, méfiant après de nombreuses années de déceptions et d'insatisfaction fiscale, attend la pérennité des solutions favorables pour se détendre et s'impliquer, ce qui commence par l'émission d'un signal clair, sans cesse réaffirmé.

L'argumentation makaragogique fait fréquemment référence à l'environnement de sa cible - qu'elle fréquente assidument, au calcul, à la statistique, en proposant des analyses et des solutions qui lui apparaissent évidentes en termes de retours, en y ajoutant une dose légère (nécessaire, et suffisante) d'empathie. 

Au XXIème siècle, le terme « makaragogie » est perçu avec une connotation critique liée tout à la fois à l'influence de la pensée égalitariste, à la situation précaire de millions de Français, à la connaissance du train de vie des ultra-riches - laquelle nourrit tout à la fois le dégoût et l'envie, ainsi qu'au doute concernant l'efficacité de la théorie du ruissellement sur lequel la makaragogie doit s'appuyer pour obtenir les suffrages de ceux qui - parmi le plus grand nombre - ne font pas partie de la caste mais ne désespèrent pas d'en récupérer les miettes. 

Sur le plan électoral, la makaragogie apporte au makaragogue des soutiens d'influence considérable, des moyens illimités, une courtisanerie élargie, mais souffre d'un défaut théorique majeur : c'est un gouvernement minoritaire par nature, à la différence du populiste. Le makaragogue compense cette faiblesse apparemment rédhibitoire par sa capacité à profiter de l'extrême faiblesse du système dans lequel il s'inscrit inéluctablement, à travailler la dispersion de ses opposants organisés, leur affadissement, leur abattement, à systématiser leur ingestion/digestion et à imposer au débat un manichéisme valorisant un seul ennemi choisi par son effet repoussoir sur un électorat décisif qui n'aurait, sans cette stratégie, jamais donné sa voix au makaragogue...

Les philosophes peuvent considérer que la démocratie, pour autant que s'y exerce l'influence des makaragogues, dévie de ce qu'ils appellent le « gouvernement constitutionnel ». Celui qui s'associe à certains groupes, tout particulièrement les plus puissants, est en mesure d'abuser du pouvoir en vue de son propre intérêt au lieu de viser le bien commun. Or, c'est là la marque des constitutions « déviées ». On se serait trop mettre en garde dans ce contexte contre la propension du gouvernement makarologue à suivre, par nécessité, dans les temps difficiles, les sentiers suivis naturellement par les gouvernements idéologiquement autoritaires. Comme à emprunter avec pragmatisme l'usage de la dépense magique bien escomptée, lorsque la crise menace sa prestidigitation politique.

Souvent confondue avec le terme « ultra libéralisme », qui désigne également une posture surplombante qui laisse, sans état d'âme, les marchés dominer l'intérêt général, la makaragogie se différencie de celui-ci dans la mesure où elle renvoie à l'idée de dire au plus fortuné ce qu'il veut entendre, alors que l'ultra libéralisme renvoie à l'idée de faire ce que le marché souhaite, quitte à déranger les riches.

 

Patrick HERTER

23 Juin 2019, légèrement revu le 28 novembre 2020

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