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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


De l'hémiplégisme politique, symptômes et conséquences

Publié par Phert sur 25 Février 2018, 12:46pm

Catégories : #Politique

 

Dispersés dans un environnement dynamité "façon puzzle" par les élections présidentielles de 2017, rendus inaudibles par le double discrédit de la politique dans l'opinion et de la défaite historique de leur camp, en quête de constituer une alternative au "et de droite et de gauche" macronien à plus de quatre ans de la fin du quinquennat, des responsables partisans tentent de reprendre pied sur l'estrade de la République en revendiquant leur seule appartenance "à la droite" ou "à la gauche". Une bonne occasion de faire un point sur l'hémiplégie politique...

 

Connue et redoutée pour provoquer la diminution partielle ou intégrale de la motricité de la moitié droite/gauche du corps humain par attaque de la partie gauche/droite du cerveau, l'hémiplégie est un accident grave et handicapant que l'on retrouve, avec des symptômes et conséquences équivalents, en politique.

 

Le politique hémiplégique de droite

 

L'attaque hémiplégique du cerveau politique droit provoque la paralysie de sa sensibilité de gauche avec, pour symptômes, des difficultés à se situer dans l'espace qu'il occupait jusque-là, entre LREM, Centre, Centre-droit et Droite, tout comme des difficultés à se positionner par rapport à un Rassemblement National de plus en plus prégnant. Le cerveau droit hémiplégique a également le plus grand mal à évaluer un mouvement extérieur à son propre camp, tout comme les initiatives d'un pouvoir qui le déboussole et le panique. Il perd sa capacité à apprécier les rapports de force subtils que sous-tendent les enjeux politiques, économiques ou sociaux, à mesure qu'il se reconstruit sur les seuls fondements d'un avatar de doctrine et d'un camp réduit à sa plus simple expression. En perdant la moitié de son cerveau, le politique hémiplégique de droite se radicalise, simplifie son analyse et caricature son action.

 

Le politique hémiplégique de droite a, sur le plan personnel, tendance à devenir impulsif et à agir sans avoir conscience de ses limites. Il devient imprudent et s'isole : le débat qu'il devrait avoir avec d'autres se fige, se concentre, gommant les différences de jugements jusqu'à l'uniformité, de départs en exclusions. Il s'enferme et, sans garde-fou, s'essaye à des actions dont il est en réalité incapable, portant une dangerosité dans son initiative souvent sous-estimée. Il est un juge peu fiable de ses capacités, ce qui ne l'empêche nullement de réclamer, en permanence, d'autorité, une toute-puissance qu'il ne peut assumer en réalité. Le politique hémiplégique de droite manquera aussi d'empathie, incapable qu'il est de déduire d'un regard, d'un ton, d'une expression ou d'un témoignage l'environnement psychologique de la personne ou du groupe qui s'adresse à lui.

 

Les conséquences d'une hémiplégie politique de droite sont significatives : le politique touché a une propension à l'inertie à mesure que son enfermement se renforce, une appétence au conservatisme censé le protéger du mouvement, qui l'inquiète. Il commet des erreurs de perception et provoque en retour des chocs, des conflits et des dégâts qui auraient pu aisément être évités. Il devient clivant en se caricaturant, par nature. On notera également qu'il peut subir dans certains cas une  confusion de pensée l'amenant à confondre l'envers et l'endroit, le bien et le mal, la France et son parti... ou même sa droite et sa gauche en se situant "hors sol", au-dessus des corps intermédiaires. Une confusion encouragée par les circonstances présentes, lesquelles ont porté au pouvoir une stratégie de rassemblement, de dépassement, qu'il lui faut contredire sur son terrain. Il s'y emploie par cristallisation.

 

S'il est recommandé de ne pas lui laisser les commandes d'un pays, le politique hémiplégique de droite bénéficie d'un atout appréciable : ses déficiences politiques sont souvent négligées, sachant qu'il continue à maîtriser la parole et peut, ainsi, continuer de faire illusion - ce qui le rend particulièrement dangereux. Il est démagogique avec excellence.

 

Le politique hémiplégique de gauche

 

L'attaque hémiplégique du cerveau gauche du politique provoque la paralysie de sa sensibilité de droite, avec pour symptômes des problèmes essentiellement d'expression. Le politique hémiplégique de gauche ressent plus qu'il ne peut exprimer. Il comprend plus qu'il ne peut expliquer. Il emploie parfois des mots insolites, fait la promotion de concepts instantanés présentés comme de longs travaux de recherches, défend sans aucune hésitation des politiques absurdes et, sans cesse, fait preuve de surenchère en progressisme. Il affole ses propres troupes en lançant de vastes opérations de mobilisation qui annoncent un triomphe illusoire et décrivent un monde inaccompli qu'il annonce pour demain. Cette propension à l'emphase, nourrie d'une empathie qu'il porte au paroxysme, garantit la pérennité de son enthousiasme mais épuise ses alliés, lesquels ne parviennent pas à le comprendre durablement mais le suivent le plus souvent, par fidélité et reconnaissance.

 

Le politique hémiplégique de gauche a, sur le plan personnel, tendance à devenir colérique. Cette colère, qui peut prendre des proportions cataclysmiques, est à la mesure de sa rage lorsqu'il doit constater l'incompréhension d'un interlocuteur qui réclame une certaine justesse du langage, de la pensée, de l'action, ou tout du moins leur clarté. Justesse qu'il ne peut plus donner - mais le sait-il lui-même ? Cette colère renforce à première vue son emprise sur son entourage, lui donnant un semblant d'autorité, mais elle l'isole aussi. Le politique hémiplégique de gauche, qui a conservé toute son empathie, est touché, fragilisé par cette incompréhension, cet isolement. Il est sans cesse menacé de dépression. Anxieux, il devient hésitant. Perturbé par les décalages entre sa vision fulgurante et la réalité, plus délicate, il se désorganise et ralentit. Un temps. Avant de repartir de plus belle dans l'emphase de lui-même généralement. Pour répondre à ces problèmes de compréhension, le politique hémiplégique de gauche développe également une communication non verbale, symbolique, résumant sa pensée inintelligible d'un geste, d'une formule, d'un chant, jusqu'à l'excès d'une personnalisation confondue à son camp.

 

Le politique hémiplégique de sa droite doit aussi faire face à des difficultés avec les chiffres, le calcul, la mémoire des nombres. Cette défaillance est lourde de conséquence quand il s'agit de gouverner. Plus littéraire que financier, plus poète que comptable, le politique hémiplégique de gauche est tout aussi indisposé à l'art subtil du pouvoir que le politique hémiplégique de droite mais, on le comprend, pour de toutes autres raisons. Il dispose, malgré tout, comme son symétrique, d'atouts pour attirer les voix des électeurs, dans l'illusion non d'une parole mais d'une vision.

 

Patrick HERTER

25 Février 2018 - actualisé le 25 décembre 2020

 

 

 

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