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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


La faillite de la responsabilité politique

Publié par Phert sur 19 Août 2019, 07:05am

Qui n'a pas entendu un(e) responsable politique, à la tribune parlementaire, sur le terrain ou sur un plateau médiatique, la mine grave, le regard sévère, la voix forte, dénoncer une situation, une action, un texte de loi, un traité, un arbitrage, avec toute la solennité et la gravité qui sied aux événements historiques ? Qui n'a pas été touché par ce tocsin alertant des pires conséquences si, d'aventure, le texte était adopté, le traité ratifié, l'arbitrage confirmé, l'initiative confirmée, l'action menée à son terme ? Avec en perspective, l'ouverture de la boîte de Pandore, la déstabilisation de notre société, la fin de notre civilisation, le saccage de nos principes fondamentaux, notre avenir menacé...

Suit un temps variable de combat vif, de campagne acharnée, "à la vie à la mort". Le sort du monde semble en jeu. Et puis plus rien. Le spectacle prend fin, la joute s'arrête aussi brutalement qu'elle avait commencé, et les arguments qui nous avaient tant secoués sont rangés dans des armoires, dans des boîtes à chaussures - prêts à l'oubli immédiat avant d'être niés si d'aventure ils réapparaissaient. Les acteurs du psychodrame reprennent leur place, et la vie continue, comme si rien ne c'était réellement passé. Les mêmes qui semblaient prêts au duel à l'épée ou à la machette se saluent à nouveau comme les meilleurs amis et le plus grand respect... Et nous restons à notre place, stupéfaits, avec la curieuse impression d'avoir été bernés.

La campagne pour ou contre Maastricht de 1992

Cette tragi-comédie politique, nous en avons tous été témoins. C'est peu dire que certains épisodes ont plus marqué que d'autres : je pense en particulier à la campagne référendaire de 1992 pour la ratification du Traité de Maastricht que les plus jeunes n'ont pas connu. Période décisive s'il en est, tant cette ratification a modelé notre continent.

Il faut entendre Philippe Séguin à la tribune de l'Assemblée, dénonçant l'entreprise de démolition de la France (et de l'Europe), portant ensuite la campagne pour le "non" dans toute la France tel Danton la levée en masse pour combattre la coalition des monarques, faisant vaciller l'opinion au nom de la défense de la République. La victoire au fond des urnes, à portée de quelques jours, et puis...

Y a-t-il cru à ce qu'il disait ou s'était-il laissé grisé au miroir de son éloquence ? A-t-il eu peur de la victoire ? A-t-il douté d'avoir tort, à l'instant clé ? Ou bien s'est-il contenté d'avoir enfin percé, d'enfin peser, de compter ? A-t-il seulement été trop tendre, lui la montagne ? Au moment de l'estocade, Philippe Séguin s'est tétanisé (témoignage de Guillaume Durand), à l'occasion d'un face à face d'anthologie avec le monarque Mitterrand, florentin malade jouant de sa fragilité pour dégonfler le tribun, soudain redevenu ce fils d'un père trop tôt disparu. A deux doigts de devenir le De Gaulle de 1958 - le résultat du scrutin à portée de mains, Philippe Séguin a fini en petit écolier n'osant porter le dernier coup décisif, rangeant dans son cartable le lance-pierre qu'il tendait face au Maître pour rentrer dans le rang, tête basse sous le regard narquois de ses petits camarades...

Si l'affaire était si grave, fallait-il la lâcher à l'instant décisif ? Si l'affaire n'était pas si grave, pourquoi l'avoir dénoncée comme si c'était le cas ?

Le débat sur le réchauffement climatique a tout d'une mobilisation générale

Si le traité de Maastricht a été un événement déterminant à l'échelle de notre continent, que dire de la planète aujourd'hui, sinon qu'elle se trouve à un moment décisif ? Le climat de la Terre bascule. Dans ces circonstances pour le moins historiques, alertés par des milliers de scientifiques depuis des décennies et de plus en plus de témoins et de victimes, les responsables politiques ne peuvent faire comme si de rien n'étaient, et semblent donc être en campagne pour sauver la planète...

Il n'y a qu'à les écouter pour comprendre l'intensité de leur mobilisation : ils multiplient les discours incantatoires, reprennent les arguments des spécialistes, multiplient les gestes symboliques, redoublent de volontarisme affiché. La mine grave, le regard sévère, la voix forte - cela ne vous rappelle rien ? Le même tocsin, la même alerte, la même menace sur la civilisation ! Nous y sommes. Sauf que cette fois, en plus il n'y a (presque) personne pour apporter la contradiction (au moins en Europe). Il y a tout apparemment pour que l'issue ne s'échappe pas. Pas de reddition à attendre. Pas de phobie de la victoire...

Mais alors, pourquoi cela ne bouge-t-il pas plus ?

La politique a ses tocs. Cette sorte de culture de l'impuissance. Une fois de plus, sans même avoir à se démonter devant un puissant opposant, une faille psychologique, les mêmes qui ont lancé la mobilisation générale... En restent aux mots, sans jamais se placer à hauteur des circonstances. Comme si, une fois de plus, l'échéance passée, la politique allait leur permettre de reprendre le cours habituel de leur vie de responsables. Comme si cette affaire n'était finalement qu'un épisode, une opportunité au mieux, au pire une contrariété. Comme si le dérèglement climatique, c'était Maastricht. Un projet, certes structurant, mais un projet seulement. Et nous rester là, avec la curieuse impression d'être, une fois de plus, bernés...

Si les dirigeants politiques faisaient quelque chose, cela se verrait : le changement climatique et ses conséquences sociétales seraient les déterminants de toute leur politique au pouvoir, qu'il s'agisse de lutter contre le réchauffement climatique et de s'adapter à ses conséquences. Tout projet politique serait construit à l'aune de ces mutations. La présidence de la République aurait fusionné avec le ministère de l'Environnement. L'appel aux forces vives de la Nation, de l'Europe, aurait été lancé. EELV ne confondrait plus l'urgence climatique et sa prochaine alliance électorale. Nicolas HULOT serait devenu Premier ministre ou aurait appelé à la révolution...

Mais faut-il attendre la solution des gens en place ou de ceux qui y aspirent ? Rien n'est moins sûr.

Les circonstances exceptionnelles s'imposent à la politique

La France piétinée et devenue complice de l'Allemagne nazie est resté l'un des principaux pays du monde grâce à l'appel improbable d'un obscur secrétaire d’État d'un gouvernement en fuite qui refusait la défaite et la mort de l'"idée" qu'il se faisait de son pays. Les États-Unis ont réussi, seuls, à faire marcher l'homme sur la Lune en dix ans, il y a 50 ans, à partir de presque rien : la promesse d'un président assassiné. L'Afrique du Sud a évité la pire guerre civile par la volonté d'un vieillard de 72 ans, libéré en 1990 après 28 ans de prison, sans aucune expérience de gouvernement. En 2019, ne pouvons-nous pas réussir le pari fou de sauver la Terre et l'humanité en 10 ans, avec tous nos atouts ? Avons-nous tant besoin des gens en place ? Ou, plutôt, les politiques ne sont-ils pas incapables, par fonction et nature, de se mettre à la hauteur des circonstances historiques ?

Pourquoi nos dirigeants politiques font-ils si peu ? N'oseraient-ils pas bouleverser un monde qui les a fait (ou pourrait les faire) rois ? Douteraient-ils en vérité de l'urgence climatique et de ses conséquences catastrophiques sur la planète et l'humanité ? N'oseraient-ils pas gêner de puissants amis qui les soutiennent si bien ? Ou bien auraient-ils abandonné la partie  ? S'ils font si peu, ce n'est pas par lâcheté, incompétence, illusion, cynisme, défaitisme, petitesse d'esprit, inconscience, perte du sens de responsabilité : c'est parce que les qualités qui leur ont permis d'être là où ils sont ne sont pas celles qui répondent aux circonstances exceptionnelles.

Dans ce face à face tragique avec l'Histoire, les puissants du monde, qui ne sont pas à la hauteur des circonstances, font aussi une erreur : en pensant à la nonchalance, à la négligence des sociétés, à leur aveuglement, à leur impuissance, ils croient que rien ne changera vraiment. Ils ont tort : les sociétés connaissent aussi une mutation profonde et un changement d'époque. De nombreuses personnes agissent, se mobilisent sur le terrain, dans leur quotidien.

Ce qui ne sera pas assumé par le haut le sera par le bas, jusqu'en haut. Mais il nous faut faire vite.

Patrick HERTER

16 Août 2019

Modifié le 19 Août 2019

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