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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


La virtualité du système financier nous mène au désastre économique !

Publié par Phert sur 26 Octobre 2009, 19:12pm

Catégories : #Economie

Deux ans après la crise des subprimes, le monde bancaire et financier s’est déjà relancé dans la virtuosité des opérations dérivées, dans la fabrication compulsive de nouvelles bulles spéculatives, dans l’accumulation des profits improductifs. Dans le même temps, l’économie réelle subit jour après jour un désastre sans précédent… Confrontés à ce double mouvement de dématérialisation de l’économie réelle et d’emballement de la sphère virtuelle, les marges de manœuvre se réduisent de jour en jour pour empêcher le naufrage…

 

Le paysage économique et financier présente actuellement deux visages contrastés. Côté finance : les places boursières ont progressé de près de 50% depuis leur plus bas de mars 2009 ; l’or atteint des sommets ; les banques annoncent des bénéfices records ; les principaux établissements financiers américains verseront cette année 140 milliards de dollars à leurs salariés… Côté économie : la production industrielle a baissé de plus de 15% en un an sur la zone euro ; les déficits et les dettes publics atteignent des sommets ; le chômage augmente à un rythme jamais vu, avec près de 500 000 chômeurs de plus en France pour 2009 ; l’accès au crédit pour les entreprises en général et les TPE-PME en particulier ne cesse de se restreindre malgré les engagements pris par les banques ; le surendettement des ménages explose…

 

Ce double portrait dessine, par son contraste, la dérive d’un système atteint du syndrome de l’apprenti alchimiste, qui pense avoir trouvé la pierre philosophale capable de transformer le plomb en or... Et qui ne voit même pas le monde s’écrouler autour de lui !

 

Censé favoriser le développement économique, le système bancaire et financier s’organise aujourd’hui par et pour l’optimisation des profits de court terme sur des marchés essentiellement virtuels. Il contribue, avec encore trop de complaisance des pouvoirs publics, à l’étranglement des forces vives sur des marchés réels trop peu rentables pour l’intéresser. Cette dérive est grave. Elle est inacceptable. Elle doit être dénoncée et combattue de toute urgence… Sous peine d’un désastre économique dont on ne perçoit encore que les prémisses, mais qui pourrait demain nous plonger dans le chaos politique et social !

 

La finance porteuse d’un germe mortel pour l’économie : la virtualité sans limite…

 

Théoriquement lieux de financement de l’économie réelle, les marchés financiers ont basculé ces dernières décennies dans une virtualité sans limite qui les a détournés de leur mission première. Rendue possible par les progrès technologiques et le laisser-aller des autorités, cette virtualité a trouvé sa légitimité dans la promesse de réduire la volatilité des cours, de donner plus d’outils de financement à l’économie, d’augmenter l’attractivité et la liquidité des marchés d’investissement, d’améliorer la maîtrise des risques de prix et de financement pour les acteurs de l’économie réelle…

 

En fait, la machine à faire de l’or virtuel s’est emballée immédiatement. Les progrès technologiques aidant, l’imagination débridée des opérateurs et la cupidité des investisseurs ont incité les financiers à créer des marchés dérivés et à y multiplier les effets de leviers. Bien au contraire de protéger l’épargnant ou l’entreprise, cette virtualité de marché a provoqué l’explosion de la volatilité et des risques, et transformé le marché en fabrique de bulles spéculatives… Pour autant de bombes à retardement !

 

Comment comprendre cette métamorphose désastreuse ? Par l’opportunisme...

 

Si la logique financière opportuniste s’appuie sur l’économie réelle et le progrès des techniques et des échanges, c’est uniquement pour justifier la constitution d’une sphère virtuelle : un espace informatique et financier dans laquelle des techniques sont capables de générer des profits rapides considérables, qui dépassent très largement les bénéfices attendus de l’activité réelle qu’elles sont sensées servir. L’activité réelle devrait seule justifier de l’espérance de gains : elle devient dans les faits un simple point d’accroche, une couverture, un paravent, un masque pour entrer ou sortir…

 

Il suffit pour en être convaincu de constater le succès grandissant de l’or comme référent de véhicules de placement basés sur des produits dérivés qui attirent des milliards d’euros et font monter le cours de l’or, alors que le marché réel de l’or est en baisse et que l’industrie joaillière limite ses achats d’or physique par manque de clients… Et bientôt de boutiques ! Autre illustration : le fonds Ebullio Capital Management, un fonds spéculatif, dont un grand quotidien national du soir indiquait à la mi-octobre  qu’il tenait le marché de l’étain en contrôlant 90% du stock mondial !

 

La logique financière à l’œuvre dans cette virtualité est exclusivement opportuniste : peu importe le sens pourvu qu’il y ait le vent... Elle est sans conscience : peu importe les conséquences pourvu qu’il y ait le fruit... Elle est totalitaire : elle se suffit à elle-même... Elle ne veut pas le bien du monde ; elle n’a pas d’opinion ni d’ambition pour l’humanité. Elle ne connaît pas le long terme et se désintéresse des générations futures ! Elle a une position, qu’elle achète ou qu’elle vend le plus vite possible… On est très loin de la problématique économique. Or, la puissance et l’influence de cette logique financière lui donne une emprise directe sur l’avenir économique et social de milliards d’individus ! Il y a là un déséquilibre dangereux qui place le monde sur une poudrière, le feu étant donné à des irresponsables qui gagnent d’autant plus que le feu est important… Peut-on les laisser faire sans établir des règles limitatives, sans développer une stratégie d’endiguement !?

 

Les banques universelles, principaux vecteurs du virus dans l’économie réelle…

 

L’une des difficultés est que le virus de la cupidité, de la virtualité et de l’opportunisme s’est répandu partout, même dans l’économie réelle. Et qu’il a, avec les banques universelles, trouvé les meilleurs complices pour diffuser sa pandémie…

 

La sphère virtuelle a un besoin irrépressible de capitaux et vit de leurs arbitrages perpétuels : aujourd’hui les volumes de transaction sur les Bourses traditionnelles s’effondrent, alors qu’explosent ceux des plateformes de négociations fondées sur des systèmes d’échanges électroniques, qui rendent problématique le dépistage des délits d’initiés et favorisent la multiplication des ordres et la volatilité des cours…

 

La sphère virtuelle doit aussi se développer sans fin pour nourrir sa croissance, augmenter ses profits et mutualiser ses risques : elle se développe et se dilate en absorbant le monde économique réel, comme un trou noir aspire l’étoile ! Elle attire l’épargne réelle, sans avoir besoin de se limiter puisque les pouvoirs publics sont complaisants…Dans le même temps, les entreprises ne trouvent pas de financement et rares sont celles qui préparent une introduction en Bourse…

 

Pour réussir cette captation de l’épargne mondiale, la logique financière opportuniste trouve avec les banques universelles des réseaux de distribution pour diffuser ses ersatz de produits auprès des collectivités, du grand public… Elle trouve avec les banques universelles des intermédiaires hybrides, qui sont à la fois investisseurs sur ces marchés et financeurs de l’économie : de véritables chevaux de Troie de la dérive financière ! Intéressées par l’investissement sur la sphère virtuelle, les banques universelles - côté investisseurs - trouvent dans l’épargne réelle les moyens de multiplier leurs placements et doper leurs résultats lorsque tout va bien. Dans le même temps, elles rechignent à prêter aux entreprises et aux particuliers, dans une économie réelle qui leur offre des rendements infiniment moindres…

 

Les banques universelles sont aussi une assurance tous risques en cas de crise…

 

Lorsque la bulle éclate, les banques universelles - côté financeurs - mettent en avant l’importance de leurs réseaux dans l’aménagement du territoire ou l’emploi, leur position quasi monopolistique dans le financement de l’économie réelle, pour justifier une aide des Etats… Cette logique du chantage implicite est à l’œuvre depuis l’été 2007. Elle a permis aux banques de recevoir des garanties considérables qui leur donnent quitus et blanc-seing pour le passé et pour l’avenir ! La logique de chantage est particulièrement explicite dans la lettre du Crédit Agricole envoyée le 21 octobre dernier à tous les parlementaires pour leur indiquer, suite au projet de vote d’une taxation supplémentaire, que « 100 millions d’euros d’impôts en plus, c’est 1 milliards de crédits en moins » ! On ne saurait être plus clair, et d’ailleurs, le gouvernement s’est empressé de faire pression sur ses « troupes » pour empêcher la taxation…

 

La sphère virtuelle devient ainsi une exponentielle de l’économie réelle, démesurément, jusqu’à devenir un monde en soi. Lorsque la bulle éclate, l’effondrement détruit certes de la monnaie virtuelle mais aussi de l’économie réelle, dans le grand jeu de dominos rendu possible par le décloisonnement des marchés et leur convergence. Disparition d’épargne pour la retraite, faillites d’entreprises, suppressions de postes, destruction de services et d’industries, mais aussi évaporation des capacités de financement des Etats… Et restriction de crédits pour les entreprises qui tentent de survivre dans le marasme !

 

Ainsi, la sphère virtuelle se développe-t-elle en circuit fermé et, en même temps, en prise sur le réel dont elle détourne et menace la richesse. En captation d’épargne réelle, et en constitution d’épargne virtuelle. En destruction d’économie réelle, et en constitution d’économie virtuelle. C’est un opportunisme totalitaire, au service du profit, qui s’auto-justifie et s’autocontrôle. Avec le vecteur bancaire, la logique financière engage résolument le monde réel vers le désastre, de bulles en bulles, de crises en crises. Que faire pour l’éviter ?

 

Le grand ménage… Avant qu’il ne soit trop tard !

 

L’endiguement de la finance virtuelle et la limitation des effets désastreux qu’elle a sur nos sociétés passe par la séparation stricte des deux activités de financement réel et d’investissement spéculatif. Au financement de l’économie réelle les aides publiques, les soutiens en cas de difficulté. A l’investissement virtuel les taxes qui permettront la redistribution vers les plus fragiles et les investissements réels de long terme. Il n’y a pas d’autre choix !

 

Deux ans après l’alerte des subprimes dont on commence tout juste à payer l’addition, il est indispensable que les pouvoirs publics prennent la mesure d’un phénomène qui entraîne le système économique et financier à sa perte, et risque de provoquer, dans les prochaines années, des mouvements politiques et sociaux d’une ampleur jamais vues !

 

Il est indispensable que les responsables politiques – qui ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas informés – prennent conscience de la gravité d’une situation qui semble leur échapper. Les premiers signes de réveil politique viennent des parlementaires, qui commencent à se plaindre des banques et réclament des comptes…

 

Le gouvernement ferait bien d’écouter ceux qui ont encore un pied dans la réalité de leur circonscription ! Il ferait bien d’écouter la voix de tous ces petits entrepreneurs, de ces artisans, des salariés et des chômeurs qui souffrent et payent régulièrement l’addition réelle de la finance virtuelle et payent une deuxième fois le soutien du système en impôts...

 

Aujourd’hui, ces victimes enferrées dans la crise sont passives. Mais pour combien de temps encore ? Agissons pour éviter le désastre économique : nous éviterons le désastre social et politique ! Arrêtons les apprentis alchimistes et les apprentis sorciers de la finance. Et occupons-nous du réel, qui en a grand besoin…

 

 

Patrick HERTER - 26/10/2009

 

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