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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


L'élection présidentielle est déjà jouée. Qu'en ferons-nous ?

Publié par Phert sur 8 Août 2014, 17:09pm

Catégories : #Politique

A peine plus de deux ans après l'élection de François HOLLANDE à la présidence de la République, encore presque trois ans avant la prochaine élection, prévue en 2017, la France politique s'agite déjà. Les stratégies s'affinent, les pions sont installés sur l'échiquier. Premiers déplacements de pièces, premières escarmouches tactiques. La partie se met en place, déjà...

 

Pendant ce temps, la vie réelle suit le cours de son naufrage. Écrasés par le surpoids de l'impuissance publique, embourbés dans des déficits rendus tout juste supportables par des circonstances financières aussi exceptionnelles qu'éphémères, encalminés dans une activité économique dépressive dont les responsables politiques sous-estiment la gravité pour se rassurer et se déresponsabiliser, asphyxiés par un pouvoir d'achat en berne, abandonnés par des banques qui font la sourde oreille, un système de financement économique dépassé, menacés dans leur cohésion par l'exclusion, l'abus des priviléges de toutes natures et de tous grades, les avantages acquis "mieux mieux", doutant tout à la fois du sens de la République et des raisons objectives du "vivre ensemble" tant ils se ressentent isolés et fragiles, les Français assistent, médusés, aux premiers jets de dés d'une partie dont ils se désintéressent : celle de l'élection présidentielle.

 

Une fois de plus, le bon sens commun triomphe, car l'opinion a raison de s'en désintéresser : la présidentielle est (presque) déjà jouée et elle ne servira (peut-être) à rien !

 

Qu'observons-nous en effet ? Les dirigeants politiques, les Instituts de sondages, les commentateurs en sont convaincus : Marine LE PEN sera présente au second tour de l'élection. Qu'on le veuille ou pas, la candidate FN et sa petite entreprise familiale seront là où tout le monde les attend : trop de passifs sur une classe politique exsangue et dépassée pour ne pas faire tomber dans l'illusion du Grand Bleu quelques millions d'abusés désabusés et une poignée de nostalgiques soumis à la pathologie nationaliste, tous sujets à l'apnée sans retour. Aveu d'échec complet et leçon de réalisme, de fatalisme, pour les Républicains de tous bords, donneurs de leçons et apprentis sorciers - presqu'un aveu de culpabilité ! - pour tous ceux-là qui ont si souvent crié au loup en parlant du FN et prennent aujourd'hui leur parti de son retour au milieu des brebis... 

 

Reste donc une place, une seule. Mais quelle place ! C'est la place de choix, la place du prince : celle qui donnera l'Élysée à celui ou celle qui l'obtiendra. Difficile en effet d'imaginer que Marine LE PEN obtiennent la majorité des voix. Pour être plus précis : difficile d'imaginer que le candidat républicain ne bénéficie pas des voix de tous ceux - et ils sont de loin les plus nombreux - qui considèrent à raison la duperie FN comme un danger absolu et voteront contre LE PEN, quel que soit son adversaire... Certes, le second tour de 2002 est loin derrière nous. L'état du pays incite à penser que l'élection ne se gagnera pas à 80%. Mais même à 56% avec une abstention significative, cela restera une élection !

 

Mais alors, qui pour succéder à François HOLLANDE ?

 

A Gauche, rien ne va plus : aucune alternative au président qui, d'ailleurs, ne la souhaite pas - Manuel VALLS fond au soleil de la gouvernance comme la neige, Martine AUBRY suit les traces de son père - la seule chance du président sortant serait... d'être sorti avant l'échéance, mais sans partir ! Cela s'appelle : la cohabitation. Pour y parvenir, rien de plus simple : il suffit pour François HOLLANDE de dissoudre l'Assemblée Nationale - ce qu'il peut faire quand il le souhaite. Sa fenêtre d'action : entre la fin 2014 (après les sénatoriales) et le printemps 2015, avec une probabilité plus forte au printemps 2015, avec des résultats pour son camp écrits d'avance. Le président aura alors deux ans pour prendre de la hauteur et jouer sur l'amnésie des Français - un grand classique... Un problème toutefois. Et de taille. La Constitution a changé depuis la dernière cohabitation (1997). Nous sommes passés du septennat au quinquennat, avec une conséquence : la logique pour une majorité parlemenaire d'opposition entrée en masse dans l'hémicycle de lancer l'épreuve de force, d'exiger la démission du président de la République. D'autant plus si, comme c'est le cas aujourd'hui, le président est soutenu par 20% des Français et (presque) plus aucun mouvement politique ! Et plus encore, si la crise s'aggrave ! François HOLLANDE doit donc espérer une majorité relative, une Chambre difficilement gouvernable. Pourquoi pas, comme François MITERRAND en 1986, avec un groupe FN à l'Assemblée ? Sinon, il peut être contraint à la démission. Dans ce cas, l'élection de 2017 aura donc lieu... en 2015 ! Cette hypothèse, loin d'être absurde, n'est pas sans intérêt pour comprendre la stratégie du retour de Nicolas SARKOZY à la tête de l'UMP, dès l'automne 2014. Nous y reviendrons plus loin... Autre hypothèse, peut-être plus conforme à sa personnalité : que François HOLLANDE attende encore et toujours les temps meilleurs, en espérant qu'ils arrivent avant 2017. La stratégie de l'inertie tranquille, effrayante dans sa propension à négliger les difficultés réelles, dans une forme de lancer de pièce en l'air : face je gagne, pile le pays perd. Des révolutions ont commencé comme cela ! On aurait tort de se moquer du Peuple trop longtemps...

 

Au(x) Centre(s), plus de chances théoriques que pratiques. La stratégie "ni droite ni gauche" soutenue en 2007 par François BAYROU (jusqu'à l'erreur de sa rencontre avec Ségolène ROYAL après le 1er tour - la suite est un échec) serait la seule susceptible de peser puisqu'elle serait la seule en mesure théorique de rassembler au-delà de ce qui se contente d'être une sensibilité d'appoint, dans notre cadre institutionnel bipartisan... en voie d'explosion avec la montée du FN ! Encore faudrait-il construire, de toute urgence (d'ici 2017... ou 2015 !), une offre politique nouvelle, et trouver un(e) candidat(e) légitime et crédible pour l'incarner.. Pas simple quand on connaît la dispersion "façon puzzle" des chapelles centristes et l'intensité des ambitions personnelles des gens en place ! Un autre sujet à traiter...

 

A Droite, on comprend mieux l'effervescence. Celui ou celle qui sera désignée candidate de l'UMP peut penser à l'Élysée ! Non pour ses qualités. Mais par le vide laissé par la Gauche et la résistance des Français au FN dans un vote présidentiel majoritaire. Si l'élection a lieu en 2015, le président nouvellement élu de l'UMP sera le seul placé pour représenter la "famille" politique. Et gagner. Si elle a lieu en 2017, il sera le mieux placé, s'il n'a pas commis d'erreur définitive. Dans ce contexte, arrêtons-nous au (possible) calcul politique de Nicolas SARKOZY. L'ancien président obtient la majorité des suffrages dans le cadre de l'élection à la présidence de l'UMP, mais n'apparaît pas le mieux placé de son camp face aux Français. De plus, les affaires judiciaires dans lesquelles il est plongé sont susceptibles de le freiner, voire de l'arrêter. Il lui faut donc, de toute urgence, reprendre l'UMP pour assurer une exposition politique et maintenir possible sa candidature à l'élection présidentielle. Celle-ci, en partant du socle de sympathisants UMP, devrait lui assurer sa présence au 2ème tour de l'élection présidentielle, face à Marine LE PEN. Et en conséquence, son élection à l'Élysée... S'il n'a pas été rattrapé par les "affaires" ! Nicolas SARKOZY réussirait ainsi, en étant toujours impopulaire, à gagner. Mais pour quoi faire ? A moins d'apprendre à marcher sur les genous, à changer sur le fond et la forme, à prendre la mesure de l'Histoire sans BUISSON, à redevenir l'homme des ruptures sans être celui des clivages et des à-coups (un chantier qui a tout d'une chimère !), Nicolas SARKOZY récupérera le mandat de François HOLLANDE et sa popularité pour (re)devenir le capitaine détesté d'une France en perdition... Joli programme. De quoi se réjouir à l'avance ! En résumé, le scénario idéal pour Nicolas SARKOZY, c'est l'UMP plus la dissolution en 2015, le refus de cohabitation et l'élection présidentielle dans la foulée. Mais le scénario idéal pour la France ?

 

On comprend donc la tentation d'autres dirigeants de droite de se placer, voir de se regrouper (le retour du "Tout Sauf Sarko" !) pour éviter la candidature "mort-née" d'un Nicolas SARKOZY arrété par les affaires ou le retour aux affaires d'un Nicolas SARKOZY dont l'action serait mortifère pour le pays. Et/Ou pour profiter de cette chance historique : le 1er tour pourrait valoir élection, comme en 2002, mais sans la surprise... Tout d'un dilemme, questions d'egos en plus... Alain JUPPE semble le mieux placé. Mais encore : pour faire quoi ? Du neuf avec du vieux ?

 

Comme on le voit, sauf arrêt judiciaire ou événement exogène, le prochain président devrait être, qu'on le veuille (une minorité) ou pas (une majorité)... Nicolas SARKOZY ! A moins que d'ici là (dans moins d'un an, dans deux au plus tard !), n'apparaisse quelque personnalité improbable, suffisamment consensuelle pour mettre tout ce (petit) monde d'accord... On peut toujours rêver ! Dans ces circonstances, l'essentiel est donc ailleurs : dans la capacité des citoyens à travailler un projet politique alternatif, constitutionnel, rassembleur. Un autre rêve pour éviter de passer par d'autres chemins bien douloureux...

 

Patrick HERTER

Août 2014

 

 

 

 

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