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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Faut-il choisir entre ERASME et LUTHER ?

Publié par Phert sur 1 Novembre 2014, 13:01pm

Catégories : #Politique

La corde raide sur laquelle notre pays avance nous invite à repenser notre modèle de société. Cette corde raide, c'est le monde en mutation : en plus d'être étroite, cette corde raide semble agitée de mouvements tantôt secs, tantôt amples, lesquels rendent notre progression plus difficile encore. Nous avançons dans le scepticisme, le conservatisme et la peur.

 

Dans cet environnement à haut risque, difficile d'échapper à l'emprise de la conscience des périls, collectifs ou individuels, qui nous menacent. Nul n'ignore plus les difficultés et les tragédies. Nous sommes confrontés en continu, directement ou indirectement, à l'angoisse de la bascule... et à sa réalité. Le drame et son éventualité nourrissent les crispations, là aussi individuelles et collectives. Les relations se tendent, les conflits s'exacerbent. Les événements de toutes natures confirment en boucle l'impression de naufrage et la renforcent. L'anticipation du pire se répand comme une ligne de poudre sur le Net, prête à allumer le feu à la première étincelle...

 

Dans cet environnement hystérique et anxiogène, nous finissons par avoir la double conviction que rares seront ceux d'entre nous qui sortiront indemne de cette crise, et qu'ils s'en sortiront tous seuls. Beaucoup de ceux qui le peuvent s'y emploient, à s'en sortir tous seuls, s'efforçant de développer leur bulle de confort posée sur ce champs de mines, s'installant là où la vie est meilleure... Quelque-uns qui ne parviennent pas à s'en sortir, de plus en plus nombreux, s'enferment sur eux-mêmes dans la rage et l'angoisse. On les retrouve parfois en anonymes sur les réseaux sociaux, lancés dans le prosélytisme d'un délire obsessionnel - prophètes d'un malheur qui les panique autant qu'ils le réclament, dans la catharsis d'un embrasement collectif dont ils doutent eux-mêmes... D'autres, avec lucidité ou par simple réflexe grégaire, se rapprochent de leurs semblables : familles, amis, relations professionnelles, communautés passées ou nouvelles qui empruntent aujourd'hui des mécanismes depuis tant d'années utilisés par les groupes écartés du travail et de la collectivité. De nouveaux groupes se constituent, soudés autour d'une solidarité de proximité, de circonstances, d'une dénonciation, d'une exigence, d'une réaction, d'une résistance, d'une opposition plus facile à mettre en avant qu'une proposition inaccessible - laquelle sera négligée par des relais d'opinions, par nature et confort conservateurs, les politiques étourdis et nos concitoyens, désabusés. Les rancoeurs, les critiques, les écoeurements se politisent, en ce sens qu'à tort ou à raison, nous avons la conviction que les sujets qui nous préoccupent, dans nos têtes, nos assiettes, nos maisons, au bas de l'immeuble, dans le quartier ou l'entreprise, dans la rue ou ailleurs, sont tous des sujets de société mal gérés par le politique, par l'autre, mandaté pour le faire et qui a échoué. Nous demandons des comptes, nous recherchons les bouc-émissaires. Nous critiquons. Par dépit, de plus en plus sont tentés par des solutions absurdes, au bout de la rage, suicidaires dans la colère des solutions extrêmes, ou récupérés par des idéologies opportunistes et mortifères qui les soulagent dans l'abandon de soi-même à une cause - quelle qu'elle soit. Plus personne ne peut s'isoler en pensant que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes. Qu'il suffira de fermer les volets, un peu plus tôt, de les rouvrir un peu plus tard... Ou la nuit sera longue.

 

Ainsi, au lieu de nous lever pour agir ensemble, de construire le rassemblement positif des énergies autour de la seule cause commune qui vaille, celle qui nous réunirait tous et adapterait notre pays au monde dans lequel il s'inscrit, l'environnement et notre éparpillement dépressif alimentent au contraire notre propension nationale à nous diviser, à nous entre-déchirer, quitte à basculer dans la folie collective, l'aventure, la violence, le suicide collectif. Certes, quelques-uns, de plus en plus, se lèvent pour agir.  Mais ils le font trop souvent autour de la seule cause qu'ils ont les moyens ou le goût de défendre : la leur, au détriment de toutes les autres. Certes, des réseaux alternatifs se constituent. Mais ils s'empêchent de franchir la ligne politique... La grande majorité d'entre nous, toujours passive, subit sans agir en attendant des jours meilleurs, en spectatrice de bord de route, contre l'évidence de l'urgence et contre son propre intérêt vital...

 

Aujourd'hui, la France, terre d'humanismes et de révolutions, semble en suspension, comme hésitant entre deux de ses enfants : entre ERASME (1466?-1536) - qui a défendu toute sa vie la paix et la concorde contre les conflits et la guerre, et LUTHER (1483-1546) - qui a attaqué avec pugnacité jusqu'à la rupture et au conflit ce qu'il croyait contraire à la foi dans l'Eglise. Entre l'évolution et le schisme, entre la réforme pacifique et la rupture brutale. Voilà une autre corde raide, mais celle-ci, nous nous l'imposons à nous-même. Nul ne nous y contraint : que nous-mêmes ! Prenons vite conscience que nous avons la possibilité d'associer aux principes positifs d'ERASME la fouge, la volonté de LUTHER, sans éviter une nouvelle guerre civile, une nouvelle guerre des religions, de nouveaux désastres collectifs. Nous en avons le devoir. Cela passe par le rassemblement des bonnes volontés et des énergies... Hors de l'esprit partisan. Hors du sectarisme. Hors de la haine et de la peur.

 

Patrick HERTER - 01/11/2014 réécrit le 17/07/2015

 

 

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