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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


De la xyloglossie en politique...

Publié par Phert sur 4 Décembre 2014, 20:48pm

Catégories : #Politique

Le Figaro daté du 2 décembre dernier nous présente, en page 4, l'entretien réalisé par Sophie HUET avec Philippe VIGIER, élu surmandaté de la région Centre, par ailleurs, président du Groupe UDI à l'Assemblée Nationale. Les réponses apportées aux trois questions posées par la journaliste sont un modèle de xyloglossie politique. Décryptage...

 

Qu'est-ce que la xyloglossie ? Du grec xylon (bois) et glossa (langue), la xyloglossie ou "langue de bois" est, nous explique Wikipédia, "une figure de rhétorique consistant à éviter de présenter une réalité par l'utilisation de tournures de phrases et d'expressions usuelles" servant "à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en proclamant des banalités abstraites, pompeuses, ou qui font appel davantage aux sentiments qu'aux faits". Il s'agit, toujours selon "L'encyclopédie libre", "moins d'impressionner l'interlocuteur en passant pour plus savant qu'on l'est que d'éluder le sujet afin d'éviter de répondre à une question ou un sujet embarrassant."

 

Qu'a donc dit Philippe VIGIER pour être ainsi pris en "flagrant délit" de langue de bois ? Trois élément de réponse et leur décryptage :

 

Question 1 : Nicolas Sarkozy tend la main aux centristes de l'UDI, pas au Modem. Qu'en pensez-vous ?

 

Réponse de Philippe VIGIER :

 

"La construction d'une opposition crédible, susceptible d'entraîner l'adhésion des Français dans le cadre d'une alternance en 2017 ne pourra se faire que dans le cadre d'une alliance entre la droite et le centre autour d'un projet politique."

 

Jusque-là, tout est clair. Mais attention...

 

"L'UMP doit occuper tout l'espace de la droite, les centristes de l'UDI tout l'espace du centre, sans oublier le MoDem, dans la mesure où le parti dirigé par François Bayrou sera clair dans ses alliances. L'UDI se situe à équidistance de l'UMP, à droite, et du MoDem, qui va jusqu'au centre gauche."

 

Oups !

 

Si l'UMP occupe tout l'espace de la droite et l'UDI tout l'espace du centre, et qu'il faut construire une alternance pour l'alliance de la droite et du centre, où donc se situe le MoDem - qu'il ne faut pas "oublier" selon le dirigeant politique ? S'il est à gauche, il s'exclut de l'alliance. Mais s'il est au centre, "jusqu'au centre gauche" comme l'indique Philippe VIGIER... C'est que l'UDI ne peut pas occuper tout l'espace du centre ! Faut-il en déduire que la vocation de l'UDI est d'avaler le MoDem et, ainsi, d'occuper tout l'espace du centre ? On remarquera au passage que l'UMP devant, selon le député-maire, occuper "tout l'espace de la droite", cela suppose que les centristes de l'UMP (rappelons que l'UMP est le rassemblement de la droite et du centre...) rejoindront eux aussi l'UDI !

 

Comme on peut le constater, la formule pacifique de "l'alliance entre la droite et le centre" cache en réalité une guerre de position fratricide dans laquelle l'UDI se poserait, à sa droite et à sa gauche, comme un adversaire déclaré de l'UMP et du MoDem. Certainement pour faire alliance... En position de force ! 

 

Question 2 : Quelle est la meilleure stratégie pour les élections départementales et régionales de 2015 ?

 

Réponse de Philippe VIGIER :

 

"2015 doit être l'année de la reconquête des territoires et il y a fort à faire puisque la gauche détient actuellement vingt et une régions sur vingt-deux en métropole."

 

Jusque-là, tout est clair. Mais attention...

 

"L'UDI est une formation profondément décentralisatrice et attachée à l'idée que la démocratie, la croissance doivent être développées au niveau local pour redonner confiance à nos concitoyens dans les territoires. D'autant que les régions sont en panne sur le plan économique. Ces élections sont des enjeux de proximité."

 

Rappelons que si Philippe VIGIER est maire de Cloyes-sur-le-Loir, il est aussi aspirant candidat à la présidence de la région Centre l'an prochain, et député... Incarnant une idée de la "décentralisation", du "niveau local", des "enjeux de proximité" assez peu en rapport avec ses propos, sauf à considérer que ce qui fait la proximité, c'est l'accumulation personnelle, du local jusqu'au national (voire à l'européen) !

 

Mais ce n'est pas fini. Ecoutons Philippe VIGIER :

 

"Pour les élections régionales, nous devrons décider de la meilleure stratégie au cas par cas, d'une région à l'autre. Là où le Front national est très fort, nous aurons l'obligation de nous entendre entre UMP, centriste de l'UDI et représentants du MoDem".

 

En une question, la question des alliances a changé de nature : nous passons d'un alliance avec le MoDem "dans la mesure où le parti dirigé par François Bayrou sera clair dans ses alliances" à une "obligation". Avec un sous-entendu cacophonique : dans les régions où le Front national sera moins fort, ce devrait être chacun pour soi ! A ceux qui douteraient (encore) de l'opportunisme des organisations partisanes, voilà une illustration par l'exemple...

 

Mais ce n'est toujours pas fini !

 

"Les élections départementales, elles, sont devenues politiques car la gauche a voulu politiser les élections locales. Elle en aura l'effet boomerang en mars. Là encore, on verra quels seront les meilleurs candidats et je souhaite que l'on pousse des jeunes, car ces élections prépareront les législatives de 2017."

 

Quel scoop ! Les élections départementales seront "politiques". Ce qui décevra ceux qui pensaient qu'il s'agissait d'un concours de MIss... Ce que semble regretter ce multi-responsable politique qui ne semble pas regretter de l'être, lui... Politique. Mieux encore, les élections donneront à des "jeunes" l'occasion de se présenter. Grand seigneur, le baron Centriste du Centre, de laisser (quand même) une échéance à quelqu'un d'autre que lui-même... Vraisemblablement un futur lui-même !

 

Question 3 : Comment contrer efficacement le FN ?

 

Réponse de Philippe VIGIER :

 

"En bâtissant un projet courageux et audacieux, afin de régler les problèmes laissés de côté depuis trop longtemps."

 

On s'attend à des révélations, une idée nouvelle, lumineuse, courageuse qu'imposent la situation et nos perspectives économiques et politiques. Las...

 

"Je pense aux réformes de l'Etat, de la dépendance, des retraites, l'instauration d'une "flexisécurité" (plus de souplesse pour les entreprises, plus de sécurité pour les salariés)..."

 

Depuis combien d'année entendons-nous ces mots, vides de réalité ? Mais attention, car le dirigeant - incarnation de presque toutes les strates institutionnelles - s'emballe :

 

"Il faut inventer une nouvelle forme de gouvernance avec toutes les parties prenantes autour de la table"

 

L'apothéose : quand la montagne accouche d'une souris, elle le fait avec lyrisme. Une "nouvelle forme de gouvernance", avec "toutes les parties prenantes" ? Mais vous êtes tout seul, avec vos semblables, entre vous, multi-mandatés horizontaux (en nombre de mandats cumulés) et verticaux (en mandats successifs), autour de la table d'un pouvoir impuissant ou en représentation dans un théâtre vide. En-dehors de l'aquarium, la mer monte...

 

Une nouvelle forme de gouvernance ? Alors, ce sera sans vous. Sans langue de bois...

 

Patrick HERTER

04/12/2014

 

 

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