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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Puisque les marchés boursiers sont virtuels, changeons les méthodes de gestion !

Publié par Phert sur 18 Mai 2013, 16:32pm

Catégories : #Economie

La tendance positive actuelle des marchés boursiers surprend bon nombre d'observateurs. Beaucoup d’entre eux n'ont pas cessé, ces dernières semaines, de prévoir le retournement des indices. Contredis par la poursuite de leur progression, ils dénoncent aujourd'hui la constitution d'une bulle. Que faut-il en penser ?


En franchissant les 4000 points vendredi 17 mai en clôture, l'indice phare de la bourse de Paris a pris son 1000ème point en un an, soit une hausse de... 33% ! Dans un contexte de crise économique et sociale profonde, le mouvement surprend et dérange. Une nouvelle fois, la déconnection apparente entre les marchés financiers « virtuels » et l'économie « réelle » fait l'objet d'interventions indignées, en particulier de politiques. La critique ne se limite pourtant pas à ce cercle souvent peu éclairé sur le sujet…

 

Des professionnels de la finance, qui fondent leur anticipation des évolutions de marchés sur l’analyse de l'environnement économique fondamental, apparaissent également décontenancés: les actions devraient baisser, et elles progressent ! La crise européenne n'est pas résolue, et rien n'est réglé sur les comptes publics. Les résultats des entreprises cotées sont décevants. La croissance est en berne. La consommation pique du nez. L'analyse fondamentale impose logiquement le repli des cours. Or les marchés montent ! A chaque accélération, ces "fondamentalistes" annoncent que les marchés ont atteint leur "point haut" et qu'ils vont redescendre. A chaque fois contredis par le franchissement des seuils butoirs qu'ils ont déterminés, ces professionnels reportent leurs prévisions négatives à un niveau supérieur. Et sont mis en défaut à nouveau. Ne pouvant comprendre le phénomène à partir de leurs modèles, certains dénoncent à présent l'existence d'une "bulle" : un emballement incompréhensible et irrationnel des cours, capable certes de dépasser toutes leurs prévisions, mais condamné à se terminer en catastrophe !

 

Que penser de ces mouvements de marchés ? Sont-ils, comme on l'entend, déconnectés de la réalité ? S'ils le sont, quelles sont les conséquences pour les investisseurs ?

 

On l’admettra sans peine : il est logique de s’inquiéter de la situation économique et sociale de notre pays et de notre continent. Engagée dans une course inefficace et dangereuse au gonflement de la puissance publique, la France, au bord du gouffre, un pied dans le vide, n'inspire pas à l'optimisme ! L'Europe, en panne d'inspiration, en flagrant-délit d’incohérence, en amnésie de ses propres idéaux, se morfond dans une solidarité de façade et voit, un à un, ses pays basculer dans la récession ! Dans ce contexte, impossible effectivement de justifier la hausse des marchés à partir de la situation économique. Et pourtant, les marchés montent. Comment expliquer un tel paradoxe?

 

L’une des explications réside, me semble-t-il, dans la mutation des marchés eux-mêmes. Engagée il y a plusieurs décennies, cette mutation a transformé des marchés strictement financiers en marchés globaux, les marchés discontinus en marchés continus, les marchés de long terme en marchés sans horizon temporel fixe, les marchés de stock en marchés de flux, les marchés de valeurs en marchés de tendances, les marchés de courtage en marchés de volatilité. Cette mutation a considérablement complexifié et distendu la relation existant entre l’économie et la cotation. Les marchés financiers sont-ils « virtuels » ? Oui. Le dont-ils devenus ? Non… Car ils l’étaient déjà auparavant ! Rappelons l’évidence : de même que le bout de papier qui nous sert de monnaie d’échange n’a de valeur, « virtuelle », que parce que nous sommes tous d’accord pour la lui donner, de même la cotation de cours sur les marchés financiers n’a de valeur que parce qu’un vendeur et un acheteur s’en accordent. La critique sur la virtualité des marchés financiers pose en réalité celle sur la complexité de ces marchés et, pour l’investisseur, sur la capacité du gérant à apporter une valeur ajoutée… Réelle !

 

Car cette mutation des marchés a une très grande incidence sur les modèles prédictifs, l'anticipation et l'analyse fondamentale sur lesquels s’appuient un grand nombre de gérants.

 

Alors que les marchés du passé s'efforçaient, dans une sphère financière délimitée, d'anticiper la valeur future des entreprises cotées pour valoriser les capitaux investis dans la durée et vivaient de l'intermédiation, les marchés modernes réagissent dans l'instant à l'ensemble des informations du monde, à des mouvements de flux et reflux de capitaux, générant des tendances et se nourrissant de volatilité. Nous sommes passés, qu'on le veuille ou non, de l'analyse d'un laboratoire médical à l'usage du thermomètre, de la campagne électorale au sondage d'opinion instantané. La mutation complexe s’est accompagnée d’un processus de simplification de l’ordre. Cela a tout changé. Et c'est un changement radical !

 

Quelle est l'incidence de cette mutation ? Les modèles prédictifs, l'anticipation, l'analyse fondamentale, sont devenus structurellement inefficients et conjoncturellement performants. En quittant la seule sphère financière et en devenant un miroir - déformé et caricatural - du monde, des intérêts privés et publics, les marchés se sont ouverts à un nombre illimité de facteurs d'influence, rendant illusoire de pouvoir durablement anticiper leur évolution à partir de l'analyse d'un seul ou de quelques facteurs, aussi importants soient-ils. En étant soumis à l'influence de mouvements illimités de capitaux eux-aussi sans limite véritable, les marchés ont démultiplié leur propension à évoluer rapidement et à prendre des directions, dont la durée importe finalement peu. En donnant la possibilité à la plupart des acteurs de la finance de vivre de la volatilité générée par ces phénomènes, les marchés ont conforté cette situation nouvelle.

 

Dans cet environnement, on comprendra que l'analyse du réel et l'anticipation de l’avenir ont perdu de leur pertinence. Quelle peut être la pertinence d'une anticipation annonçant un marché à 5000 quand il est à 4000, si le marché parvient éventuellement à cet objectif bien longtemps après la date prévue, en passant par des niveaux bien inférieurs ? Certains affirmeront que l'exemple pourrait justifier le maintien des positions (l'investissement dans la durée) défendu depuis toujours par tant de gérants... Sauf que rien n'indique que le marché parviendra à ce niveau dans le temps patrimonial réel du client investisseur, compte tenu de l'imprévisibilité du monde... Sauf que la tentation de sortir avant l'objectif sera d'autant plus fort que le marché est susceptible aussi de s'effondrer avant d'atteindre son point haut "annoncé". Sauf que l’objectif n’aura, dans la durée d’investissement, jamais cessé de changer…

 

En résumé : la réalité de l'économie ne suffit plus à déterminer un marché et sa tendance, et les modèles prédictifs reposant sur les fondamentaux ont perdu de leur efficacité car ils sont incapables de prévoir les points séparant le départ et l’arrivée d’un mouvement, ni l'intensité de ces mouvements, ni leur durée, alors que ces éléments sont devenus déterminants pour la réussite ou l’échec de l’investissement !

 

Dès lors, que peut-on faire ?

 

Le fait qu'une partie de la communauté financière apparaisse décontenancée par l'environnement dans lequel elle travaille doit légitimement inquiéter l'investisseur qui lui confie son épargne pour gagner avec une double exigence : éviter les fortes baisses qui rendent illusoires l'objectif de valorisation, mais aussi accompagner les hausses qui justifient un investissement boursier. Si tous les professionnels ne sont (heureusement) pas dépassés, que peut-on suggérer ? D'abord de considérer les marchés pour ce qu'ils sont et non pour ce que l'on souhaiterait qu'ils soient : un instrument virtuel, certes, mais qui peut répondre aux besoins du réel. Comment ? En adaptant la gestion à ce que sont les marchés. En répondant à leur volatilité par la flexibilité.

 

Considérons les marchés comme une source d'énergie permanente, en flux et reflux comme une marée aux horaires et aux coefficients aléatoires. Considérons ensuite la possibilité de décrypter leur tendance, de déterminer leurs points de rupture quand celle-ci survient. Utilisons la possibilité qu'ils offrent de gérer avec la plus grande flexibilité possible les actifs financiers en adaptant cette flexibilité aux contraintes de chaque investisseur. Nous pourrons alors créer une performance durable, en maîtrise de risque, en accompagnant les marchés dans la hausse, en s'affranchissant le plus possible de leurs baisses...

 

On comprendra que cette instrumentalisation des marchés renvoie aux marchés eux-mêmes (et aux sociétés spécialisées) le coût du risque aujourd'hui injustement (et dramatiquement) supporté par les investisseurs les plus fragiles : les ménages, à qui l'on ose dire contre l'évidence que les marchés font gagner dans la durée, que l'on n'a pas perdu tant que l'on n'a pas vendu, etc... Autant de propos irresponsables qui expliquent la désertion des places financières par les épargnants et leur agglutination sur des supports sans risque, à l'opposé de leur intérêt patrimonial réel ! Les épargnants à qui l’on fait croire qu’un placement sans risque et sans performance répondra à leur objectif de compléter leurs revenus de retraite seront, demain, dans une situation dramatique. Les épargnants à qui l’on fait croire qu’il suffit de se placer sur les marchés et de les accompagner, pour le meilleur et pour le pire, risquent de se trouver dans une situation encore moins enviable…

 

On comprendra aussi pourquoi il est devenu indispensable de faire en sorte que la cotation des entreprises se fasse en-dehors de ces marchés - puisque l'économie réelle n'a effectivement rien à y faire - dans un marché spécifique qui permettra à l'entreprise et l'investisseur d'avancer dans la durée, en cohérence micro-économique...

 

Vastes chantiers.

 

Patrick HERTER

Associé-Gérant PROXEUS

Président FINANCIERE ROCHE NOIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

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