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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Crise : Coué et Cassandre sont dans un bateau…

Publié par Phert sur 17 Septembre 2009, 14:21pm

Catégories : #Economie

Alors que l’ambiance sur les marchés financiers nous invite à fêter la fin de la crise, que les banques multiplient les messages de bonne volonté, l’OCDE annonce déjà 15 millions de chômeurs de plus et des milliers de TPE-PME sombrent, privées d’accompagnement bancaire. Qui faut-il croire dans cette cacophonie de paroles et de chiffres qui a tout d’un jeu de dupes : les Cassandre  ou les Coué ?

 

Ainsi, nous serions sortis du danger. La fin de la crise est proche. La détermination et le sang-froid des pouvoirs publics, la grande maîtrise des banques, leur sens de l’intérêt général, nous ont évité la catastrophe économique et financière. La récession terminée, la croissance pointe déjà, les résultats des entreprises sont encourageants. Un zeste de régulation symbolique et une couche de grands travaux permettront bientôt à l’économie de reprendre sa marche en avant, aux épargnants de retrouver leurs économies, aux chômeurs de reprendre une activité… Et aux responsables politiques et financiers de recevoir toute la félicitée du monde. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes à venir ! Ouf…

 

La méthode Coué doit nous inspirer la confiance ? Méfiance…

 

Tout cela est magnifique, sauf que c’est une jolie fable que l’on nous raconte. Le Docteur Coué a fait de nombreux émules pendant l’été, qui multiplient les messages encourageants, les prévisions positives, les signes d’optimisme, les retours de confiance…

Tel responsable d’un grand groupe automobile qui n’entrevoyait pas la reprise du marché avant 2011 voire 2012 l’annonce pour les prochains mois… Mais le gouvernement prolongera en 2010 la prime à la casse qui a coûté le prix modique de 400 millions d’euros en 2009 ! Les places financières dépassent leur plus haut niveau de l’année chaque semaine, l’argent coule à flot dans les salles de marchés, et déjà la pression monte sur les épargnants pour qu’ils y reviennent, sur ces marchés qui leur ont tant coûté. « Venez, on va vous faire une petite place, dans le festin promis » semblent dire les réseaux aux épargnants farouches. N’est-ce donc pas évident : si les cours ont pu progresser de plus de 50% en six mois, c’est qu’ils vont continuer à monter ! Qui se souvient que les mêmes épargnants ont été pour la plupart abandonnés dans la déroute les deux dernières années…

 

Les banques, qui financent en publicités et alimentent en déclarations solennelles, la main sur le cœur (à moins qu’elle ne retienne leur portefeuille) leur nouvelle virginité et notre amnésie des années 2007-2008, assurent qu’elles n’ont jamais fermé les crédits aux entreprises : ce sont ces dernières qui n’en veulent plus !? C’est tellement plus simple ! D’ailleurs, qui se souvient encore que les mêmes banques nous assuraient à l’automne 2007 n’être quasiment pas exposées à la crise des subprimes ? On connaît la suite… En attendant, l’engagement de crédit des banques, contre la protection de l’Etat, qui devait progresser de 4 % sur l’année n’atteindra peut-être même pas les 2 % ! Parole de banquiers, c’est à cause des autres qui ne veulent pas de notre soutien…

 

Tout est donc fait pour nous rassurer. Ne surtout pas penser : consommer et investir. Et oublier les mauvais souvenirs. Quels mauvais souvenirs ?

 

C’est pourtant vrai que l’économie est aussi affaire de confiance ! Elle l’est tellement que le subterfuge peut réussir. C’est l’effet placebo. Ou celui de la méthode Coué. Une confiance qu’il faut savoir entretenir quand elle existe, mais qu’il faut aussi savoir lancer, quand elle n’existe plus… C’est un jeu à un coup qui peut fonctionner. Mais gare s’il échoue : le jeu devient celui des dupes dont nous risquons d’être les victimes… Si la réalité nous rattrape !

 

La réalité des faits nous renvoie vers Cassandre ? Danger…

 

En effet, hélas, si l’économie est affaire de confiance, elle est aussi soumise à la réalité. Et celle-ci est accablante.

 

L’industrie automobile est en voie de disparition et ne survivra que si nous acceptons de disparaître dans la fonte des glaces ou bien si elle se lance dans une mutation accélérée plus proche de Darwin que du précédent sidérurgique… Combien de constructeurs résisteront : peut-être aucun !

 

Les marchés financiers nourrissent leur euphorie des résultats d’entreprises qui ont, en 2008,  réduit leurs effectifs, coupé leurs investissements, emprunté des milliers de milliards d’euros sur les marchés obligataires pour compenser la défaillance des crédits bancaires, provisionné leurs pertes, réduit à portion congrue leur fiscalité (-87,5 % en un an de recettes à l’Impôt sur les Sociétés pour le budget de l’Etat français !), et qui ont assuré leurs résultats en vendant un stock déjà produit, qu’elles sont bien incapables aujourd’hui de reconstituer et qu’elles n’ont même pas l’intention de reconstituer tant qu’elles ne seront pas certaines des débouchés ! La méthode Coué ne fonctionne pas avec les responsables d’entreprise… C’est exclusivement à usage externe, à usage du consommateur !

 

D’ailleurs, beaucoup de leurs fournisseurs, TPE-PME indispensables à la chaîne de production, ont disparu ou s’apprêtent à disparaître – non parce qu’ils refusent les crédits mais parce que les banques les leur refusent, tout comme elles leur ont refusé des autorisations de découvert ou des accompagnements au cœur de la crise ! Dans le même temps, les Etats ont sauvé ce même système bancaire et financier, responsable de la crise, en endettant les contribuables que nous sommes (entrepreneurs abandonnés, épargnants ruinés, salariés licenciés et heureusement quelques autres qui ne le sont pas encore) au-delà de toutes les limites de l’acceptable…

 

Coué et Cassandre sont dans un bateau… Et si le bateau coulait !

 

Que peut-il arriver, dans ces conditions ?

 

Soit la méthode Coué fonctionne – prodigieuse psychologie humaine qui donne tant d’espoir aux naufragés, aux marchands de rêves et aux manipulateurs ! - et l’économie repart sur les bases actuelles, c’est-à-dire sans véritable changement en finance (un seul changement en réalité, pour le plus grand bénéfice des financiers : un concurrent en moins, Lehman Brothers), les fractures pour les plus faibles et la facture pour les contribuables, …

 

Soit les faits nous préparent un deuxième choc, plus terrible encore que le premier : une croissance en « pétard mouillé », sans aucun relais après un ou deux trimestres amorphes, par manque d’investissement, de production, de consommation. Un doute sur les finances publiques, surendettées, une crise obligataire massive et un effondrement des marchés actions. Des épargnants une deuxième fois ruiné pour avoir remplacé les institutionnels sur des marchés hors de prix. Et quelques comptes à rendre pour les responsables, et quelques bouleversements sociaux en prime…

 

Bien sûr, entre Cassandre et Coué, il existe une voie étroite : celle des réformes radicales contre les abus de positions dominantes des banques, la séparation de la banque d’investissement et la banque de financement, la création d’une véritable banque de soutien aux TPE-PME, la régulation du marché financier en protection de l’épargne des ménages…  Pour n’évoquer que la partie financière de l’iceberg !

 

Le politique a raison de ne pas lâcher prise. Mais il faut aller beaucoup plus loin. Nous avons peu de temps pour agir avant l’épreuve de vérité. Optimistes, ne comptons pas sur Coué. Fatalistes, n’attendons pas Cassandre !

 

 

Patrick HERTER - 17/09/2009

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