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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


La possibilité d’un Centre…

Publié par Phert sur 10 Septembre 2009, 17:47pm

Catégories : #Politique

En position idéologiquement dominante dans l’opinion, doté d’un corps doctrinal en mesure de répondre aux problématiques de notre époque, le Centre réussit la performance d’apparaître comme une mosaïque de petits partis éclatés, simples forces d’appoint pour les deux blocs de droite et de gauche - le récent positionnement de François BAYROU à gauche n’en est que le dernier avatar... Faut-il en déduire que la possibilité d’un Centre est une chimère ?

 

 

Qu’est ce que le Centre ? Un bloc majoritaire dans l’opinion…

 

Le Centre occupe une place de choix dans l’opinion politique, mais semble incapable d’en assumer la représentation. Ses valeurs composent le socle de notre « vivre ensemble ». Notre société est fondée sur l’individualisation, mais elle est solidaire. Elle se méfie des Institutions, mais demande de la régulation. Si elle devait choisir entre la liberté et l’égalité, elle choisirait l’égalité, mais se battrait pour rester libre… L’opinion se retrouve dans les valeurs de tolérance, et aspire à une société partagée, apaisée. Elle s’inquiète de l’immobilisme mais se méfie du mouvement permanent. Elle attend du politique la gouvernance dans une dynamique maîtrisée, non dans la frénésie de la lutte des classes, des groupes ou des communautés. L’opinion attend le consensus par le débat d’idées, non dans la soumission du faible au fort ou de l’écrasement du minoritaire par le majoritaire. Elle est solide sur les principes fondateurs de notre République, parfois plus que certains de ceux qui sont censés la représenter. Elle culpabilise des exclusions de notre époque, se choque des abus de privilèges, mais comprend le monde comme une réalité qu’il faut aborder avec pragmatisme…

 

Le Centre occupe donc une position sociétale unique qui devrait en faire une force électorale importante. Il porte aussi un corps doctrinal d’une grande modernité qui devrait lui donner la légitimité de diriger notre pays pour répondre aux problématiques environnementales, fiscales, européennes, sociales, économiques, biomédicales, de la mondialisation... Comment expliquer dans ces conditions que le Centre soit aussi léger, aussi transparent, autant absent ; qu’il apparaisse aussi désincarné et dépassé, comme une œuvre accomplie laissant au vieil auteur et à ses héritiers la seule possibilité de la mort lente et de la contemplation ?

 

Qu’est-ce que le Centre aujourd’hui dans l’ordre politique ? Presque rien.

 

Le Centre est une force politique qui se vit en faiblesse permanente. Il revendique avec réserve dans l’amnésie de l’engagement des causes originelles, des combats passés… Et des enjeux actuels, tout aussi importants, qui ne se limitent pas à une thématique, aussi porteuse soit-elle ! Comme si le renouvellement des générations impliquait d’endosser l’âge mais d’abandonner la flamme dans tout ce qu’elle comporte de lucidité, d’exigence et de risque pour soi-même. Comme si avait été oublié qu’une force politique est d’abord une force collective : pas un cabinet d’intérêt personnel… Comme s’il était impossible d’être à la hauteur des anciens, de relever leur héritage, d’assumer la transmission des valeurs, de porter haut leur évolution… Comme si la mort des mouvements de pensée était une fatalité politique, comme certains nous l’expliquent doctement. Comme si la fatalité rendait la conviction provisoire, circonstancielle. Comme si la politique était un jeu éphémère, un manège à un tour. Au suivant ! Il n’y a plus rien à voir…

 

Nous le savons tous : il n’y a pas de fatalité en politique, il n’y a que des renoncements. C’est surtout une question de caractère : le Centre n’ose pas se regarder tel qu’il doit être ; le Centre se regarde comme les autres forces politiques ont envie de le voir… Jusqu’à incarner la position et le rôle de ceux qui le situent dans un passé dépassé et le négligent au présent. Le Centre est minoré, rapetissé… Et le Centre se voit fragile, incapable de peser fort, condamné à l’influence par petites touches, aux influences rassurantes d’élus dévoués et compétents, de travaux en discrétion - les impressions d’être un petit qui compte au milieu du grand tout. La modestie incarnée dans le dossier jusqu’à l’effacement ! L’art du compromis permanent que l’on pratique, pas seulement avec les autres mais avec soi-même, jusqu’à se dénaturer…

 

En réalité, il a ce qu’il mérite, le Centre. Il est occupé par des passants qui s’en réclament de toutes origines (Preuve du succès : l’Ecologie rejoindra bientôt le Centre dans cette opération d’appropriation-désarticulation qui a si bien réussi) et qui le traversent en justifiant leur timidité par sa faiblesse, et espèrent au passage en tirer quelques opportunités de soutiens et d’alliances. Quel dommage pour un pays qui a désespérément besoin d’un repère !

 

Dans le paysage politique, le Centre est donc une force « façon puzzle » en parodiant Audiard : « qui se dynamite, se disperse, se ventile » sans cesse. Il y en a pour tout le monde, de toutes les couleurs : des groupes et des partis supplétifs à droite, à gauche et même au centre du centre, qui se boudent et se combattent ! A force de se partager, de se séparer, de se revendiquer, de se diluer, le Centre se dilapide en dégénérescences successives et en caricatures affligeantes qui n’intéressent plus que le microcosme et désespère jusqu’à leur propres adhérents quand ils en ont encore ! Au Centre, « y’a pas seulement de la pomme, y’a aut’chose. Ce serait pas des fois de la betterave ? »…

 

A quoi le Centre peut-il aspirer ? A devenir lui-même !

 

Dans le tableau, on comprend mieux pourquoi l’inclinaison de François BAYROU vers Ségolène ROYAL, dès l’entre-deux tour de l’élection de 2007, portait en germe l’échec de sa stratégie présidentielle 2012, laquelle ne pouvait être fondée que sur la stratégie de reconstitution du Centre. L’échec est achevé avec son ralliement récent à la Gauche, effet d’impatience d’une ambition qui ne savait attendre…

 

On comprend aussi comment la dispersion du Centre, sa neutralisation, construit la stratégie de premier tour 2012 de Nicolas SARKOZY : écraser au 1er tour – ce qui implique de n’avoir qu’une seule tête ! D’où le foisonnement d’écuries, la mise en concurrence, en compétition – le président de la République n’a pas trop de difficulté à la mettre en œuvre : le Centre regorge d’ambitions contrariées qui ne demande qu’à créer de nouveaux clubs…

 

Ainsi va le Centre pour 2012, ce qui l’exclut de la prochaine échéance. Faut-il pour autant désespérer et acter de la fin de l’histoire ? Certainement pas. Le temps politique ne se limite pas à la prochaine échéance. C’est une affaire de durée et d’efforts, de conviction et de dynamique, de charisme et d’effet d’entraînement. On peut créer les conditions d’un Centre. Lui donner un goût identifiable par tous. Cela dépend de chacun d’entre nous, sur le terrain, dans les Assemblées représentatives. Cela dépend aussi d’un travail de fond qu’il est urgent de lancer. La possibilité d’un Centre, pour demain ? Chiche !

 

 

Patrick HERTER - 10/09/2009

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