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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Plutôt que de discrimination positive, c’est de République qu’il nous faut !

Publié par Phert sur 14 Novembre 2008, 17:05pm

Catégories : #Sujets de société

Avec l’élection de Barack OBAMA, le débat sur la discrimination positive a été relancé en France. Le manifeste pour l’égalité réelle, initié par Yazid SABEG, nous invite à demander plus et mieux au politique et à la société. Dans un contexte porteur d’enthousiasme et d’espoirs, quelques principes fondamentaux doivent pourtant être rappelés pour éviter la confusion puis les désillusions. Le besoin de discrimination positive est avant tout un aveu de disfonctionnement de notre République, et reste, quoiqu’on en dise, une discrimination ! Plus que de discrimination positive, c’est de République dont nous avons besoin…

 

L’élection de Barack OBAMA à la présidence des Etats-Unis a consacré de belle manière la possibilité pour un candidat issu d’une minorité d’accéder à la plus haute charge de l’Etat fédéral. Cet événement doit être salué comme une avancée majeure, plus de cent quarante ans après l’abolition de l’esclavage et quarante ans après l’assassinat de Martin LUTHER KING. Mais cet événement ne peut se réduire à une couleur de peau. Ce serait méconnaître gravement la situation des Etats-Unis et le candidat élu, qui n’a jamais considéré incarner ou représenter les noirs.

 

Faut-il rappeler qu’aujourd’hui encore, un noir sur neuf de 20 à 34 ans est en prison ? Faut-il rappeler que les minorités raciales souffrent aujourd’hui encore aux Etats-Unis, au moment de l’élection, d’inégalités dans l’éducation, de discrimination économiques ou de difficulté d’accès au logement ? Faut-il rappeler, comme le soulignait Eric FONER, professeur à l’Université Columbia de New York dans un entretien récent paru dans le quotidien Le Monde qu’en 1877, au lendemain de la guerre civile, il y avait deux Sénateurs noirs et qu’il n’y en a eu depuis… que trois, dont Barack OBAMA lui-même !

 

Cette élection, consacre-t-elle alors, autant que certains le souhaiterait, une avancée majeure du rêve Américain grâce à l’efficacité de la discrimination positive, ou bien la performance et la qualité d’un seul homme ?

 

L’élection de Barack OBAMA, l’incarnation du modèle républicain ?

 

Attention aux analyses trop rapides. L’élection de Barack OBAMA n’est pas la preuve de la réussite du modèle américain : c’est « l’arbre qui cache la forêt », si l’on mesure la situation de trop d’Américains issus des minorités. Mais son ascension et son élection suprême sont aussi l’incarnation du modèle républicain : un candidat élu, non sur la couleur de sa peau, mais sur sa qualité. C’est tout le contraire de la discrimination positive !

 

Le modèle républicain, c’est celui de l’intégration, pas de la discrimination – même positive ! C’est l’assimilation par tout individu des codes sociaux nécessaires à l’accomplissement de son parcours. C’est l’épanouissement des influences partagées, enrichies entre une histoire personnelle et une appartenance, non pas au destin d’une communauté spécifique et refermée, mais à celui d’un Peuple, dans sa diversité. C’est l’épanouissement des ambitions, contre les conservatismes. C’est le contraire d’une ghettoïsation, et pas plus le renoncement à ses origines, le terreau collectif se nourrissant des différences…

 

Dans le cas l’élection américaine, l’incarnation du modèle républicain s’affirme aussi par le fait que le candidat démocrate a occulté pendant sa campagne le sujet de la discrimination raciale pour dénoncer la discrimination sociale… Le problème n’est pas que les noirs n’accèdent pas au pouvoir : c’est d’abord que la situation économique et sociale de trop d’Américains (dont une majorité de noirs, mais pas seulement) les empêche d’y accéder. La nuance est importante, car elle change tout !

 

On comprend dès lors ce que cette élection porte d’espoir et de fragilité : l’espoir que d’autres individus, issus de minorités ou pas, suivent la voie tracée en s’extrayant à leur tour des pesanteurs sociales et en élargissant leur éventuel cercle communautaire ; la fragilité en même temps que cette voie ne soit fondée que sur la conjonction historique et aléatoire d’une candidature brillante dans une fin de mandat calamiteuse, du choix stupéfiant du Sénateur MAC CAIN pour une colistière inexpérimentée et non consensuelle… Enfin, sur le creusement de l’une des plus sérieuses crises financières puis économiques des cent dernières années !

 

On prend conscience dans cette incroyable circonstance, que l’histoire pourrait rapidement régresser, la société stagner… Et le rêve américain se réveiller déçu ! Que restera-t-il alors des espoirs ? Et de la discrimination positive ?

 

La discrimination positive : instrument du modèle républicain ou sa négation ?

 

Bien entendu, l’élection de Barack OBAMA et sa réussite sociale peuvent aussi apparaître comme l’effet direct de la discrimination positive, puisque lui-même a reconnu en avoir bénéficié, au départ de son parcours. Cela revient-il à affirmer que sans elle, rien ne se serait passé ? On peut le penser. Mais doit-on se contenter de cette réponse ? Tout le débat sur l’instauration d’une politique discriminante en France est dans cette incertitude !

 

Considérer que l’instauration d’une politique de discrimination positive pourrait permettre, en France par exemple, d’ouvrir les responsabilités aux minorités, c’est considérer, d’une part que le modèle républicain ne fonctionne pas, et d’autre part que le système ne peut pas s’améliorer de lui-même. C’est aussi accepter de payer le prix d’une politique discriminante…

 

Sur le fonctionnement de notre modèle républicain, tout a été dit : les inégalités sociales, économiques, politiques y sont criantes. Les élites en place, organisées en ordres, préservent leurs situations acquises et dénaturent à leur profit le principe d’égalité, constituant ainsi une chasse gardée économique, politique et sociale dans laquelle il est quasiment impossible de parvenir si l’on n’est pas issu des grands corps, des familles, des élus… C’est à ce point vrai que les élites, lorsqu’elles s’appuient sur des collaborateurs issus des minorités visibles, les réduisent le plus souvent à l’action dans leur environnement originel ! L’utilité est évidente, puisque la bonne conscience acquise dans la « promotion d’un individu issu des minorités » se double d’un travail d’appropriation d’un groupe électoral nouveau…

 

Le disfonctionnement du modèle est tel que ceux qui pourraient, par leurs qualités participer aux cercles de pouvoirs s’auto limitent eux-mêmes, et peuvent hésiter à s’affranchir de leur cercle d’origine. Pourtant, le modèle républicain implique la négation du communautarisme. Peut-on en dire autant de la discrimination positive ?

Considérer que le système ne peut pas s’améliorer lui-même, c’est renoncer par avance, alors qu’il y a aujourd’hui en France tant de Bastilles à renverser. Peut-on le faire en réparant l’injustice par d’autres injustices, en construisant d’autres Bastilles ? Le choix est décisif, car la discrimination positive remplace une injustice - la ségrégation raciale - par une autre : l’impossibilité pour un défavorisé issu de la majorité de bénéficier des mêmes droits qu’un défavorisé issu de la minorité… Le modèle proposé ainsi revient à lutter contre la discrimination… en discriminant ! A considérer le citoyen à partir d’une vision limitative de lui-même. A le conforter dans sa différence exclusive, garante d’une discrimination positive, seule possibilité pour lui de s’intégrer ! Mais s’intégrer à quoi ? A une société compartimentée et cloisonnée. A une société de quotas. Le contraire d’une société d’excellence et de mérite. Le contraire d’une République. Une société toujours bâtie sur l’exclusion… Et sur une inégalité assumée !

 

Plutôt que de discriminer, même positivement, donnons réellement la possibilité à chacun de trouver sa voie. Aidons-le à découvrir son réel talent, à construire son parcours. Et dénonçons tous ceux qui bloquent les mérites – aussi hauts perchés qu’ils soient ! Alors, nous aurons un jour, à n’en pas douter, nos Barack OBAMA !

 

Patrick HERTER – 14/11/2008

 

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