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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Quel engagement politique dans une société individualiste ?

Publié par Phert sur 2 Janvier 2008, 16:50pm

Catégories : #Politique

Le temps de la lutte des classes et des utopies triomphantes est fini depuis longtemps, mais tous ne le savent pas. Le combat qui s’engage n’est pas celui d’un bloc contre un autre, d’un groupe contre un autre, d’une idée contre une autre, d’une civilisation contre une autre… C’est un combat présent en chacun de nous, entre cynisme et générosité, opportunisme et désintéressement, scepticisme et enthousiasme, résignation et volonté, passivité et action, désespérance et espoir,  colère et joie, peur et conviction…

 

Ce combat n’a rien de théorique ou d’intellectuel. Il est au cœur de nos vies quotidiennes, et nous touche tous, que nous soyons enfermés dehors, un « sans toit – sans toi » ou un puissant parmi les puissants, jouant avec l’or du monde et gavé de succès et d’estime. Ce combat touche à notre humanité : à notre individualité, pour elle-même bien sûr, mais aussi en qualité d’élément d’un ensemble collectif, inscrit dans le prolongement d’un temps passé et déterminant un temps futur. C’est en cela que ce combat n’est pas seulement moral et personnel. Il est fondamentalement politique et collectif. Ce combat met en jeu nos valeurs parce qu’il met en jeu l’existence et la qualité de nos liens, la réalité présente et future de notre « vivre ensemble ». Il engage, par chacun d’entre nous, notre avenir collectif, pour chacun d’entre nous.

 

Dans ce combat de chaque instant, la fragilité de notre société - de son modèle républicain, humaniste, social et libéral - est terrible. Il est assourdissant, ce silence de ceux qui doivent incarner nos repères communs, qui nous parlent pourtant, mais demeurent désespérément inaudibles. Dans un monde qui inquiète ou terrorise, nous nous trouvons « orphelins de repères », et cette impression écrase notre individualité, comme elle efface notre appartenance collective ! Elle nourrit nos peurs et nos ressentiments à l’égard des uns, des autres, d’un groupe ou d’un autre, qui nous apparaissent étrangers, alors nous n’avons en réalité jamais été aussi proches. Cette impression crispe nos échanges. Elle fige notre société. Elle favorise les renfermements communautaires. Elle désagrége le lien social. Elle attise les conflits. Elle justifie les pires lâchetés politiques, les compromissions, les actions barbares, et tant d’opportunismes…

 

Mais à côté, combien de générosités, combien de gens admirables qui se battent, construisent, échangent, s’engagent, soutiennent ! Malgré cette fragilité, le poids du défaitisme, la puissance du cynisme, l’isolement, ces gens de toute appartenance ou de toute indépendance, de tout milieu et de toute condition, se battent pour donner un sens, pour donner un instant ou construire un futur, pour ne pas laisser la vie se délier. Cette force-là est prodigieuse, et elle se trouve partout. Pourquoi se sent-elle aussi faible, quand elle est aussi forte ? Parce qu’elle est sans cesse confrontée au scepticisme et au cynisme. Parce qu’elle est dispersée, diluée dans l’angoisse. Parce qu’elle est aussi noyée dans l’inertie. Parce que, parfois, elle doute d’elle-même et des autres, et se protège aussi en s’enfermant.

 

Car, en réalité, la plupart d’entre nous demeurons passifs, trop sceptiques pour adhérer, trop inquiets pour s’intéresser, trop effrayés pour s’engager. Nous appartenons à la cohorte de ceux qui attendent, et qui en attendant « sous-vivent », dans notre bulle inconfortable et angoissante. Notre fragilité et notre doute permanent deviennent l’excuse de notre neutralité individuelle. Elles sont aussi le terreau des plus efficaces manipulations collectives. Combien de peuples ont ainsi basculé dans la folie politique, pour n’avoir pas su s’en prémunir !

 

La fragilité de notre société et de chacun d’entre nous nous oblige à la vigilance et à la responsabilité. Elle fait de l’engagement individuel un devoir collectif vital. A l’opposé de la naïveté de ceux qui pensent que les responsables, ce sont les autres et pensent protéger un monde perdu d’avance. A l’opposé du cynisme de ceux qui pensent qu’il n’y a que des responsables et ont déjà perdu leur monde. Nous nous devons aujourd’hui de rassembler l’énergie positive de notre pays. C’est la justification individuelle de l’engagement politique, qu’il soit partisan ou citoyen.

 

Patrick HERTER – novembre 2007

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