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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Laïcité, chef-d'oeuvre en péril ?

Publié par Phert sur 23 Novembre 2019, 09:27am

Pilier essentiel de notre République, la laïcité nous apparaît aujourd'hui confuse alors que soufflent les vents mauvais du radicalisme religieux et de l'extrémisme politique. Pourquoi ? Comment empêcher l'effondrement ? Contribution alors que tout peut basculer...

 

La France va mal même si elle brille encore : c'est un fait et les discours n'y feront rien - les mots ne soignent pas tous les maux ; les ombres se tiennent près des lumières... Des décennies de cafouillage politique, d'irresponsabilité budgétaire et de confusions culturelle et sociale ont plongé le pays la tête en frime et le moral à zéro, sous le regard désincarné de mandarins des beaux quartiers qui jouent les médecins de Molière en nous attribuant, méprisants, le rôle du malade imaginaire. Dans cet hôpital en perdition, la laïcité se rapproche dangereusement des soins palliatifs. Comment en est-elle arrivée là ? Et comment la rétablir ?

 

La Laïcité en péril : un terrain favorable, un virus virulent

 

La crise de la laïcité n'existerait pas sans un terrain favorable et un virus virulent.

 

Le terrain favorable est préparé par cinq facteurs se renforçant les uns les autres :

 
  • La défausse de la gauche : tétanisée à l'idée d'être accusée de discriminer, de stigmatiser la population d'origine immigrée - majoritairement de culture musulmane, une partie de la gauche a, ces dernières décennies, confondu sa défense au soutien à son émancipation par l'islam. ll faut entendre à ce sujet Élisabeth BADINTER... 
 
  • le néo-spiritualisme de la droite : avec Nicolas SARKOZY en 2008 et sa "laïcité positive", la droite a réinstallé la religion dans l'espace public et placé le curé, l'imam, le rabbin au niveau du maire, confondant dans la République le profane et le sacré. Une initiative politique désastreuse que j'avais à l'époque contestée dans ce blog (article)...
 
  • la montée d'un courant identitaire au sein de l'extrême-droite (mais pas que) refusant aux musulmans l'accès au creuset républicain au nom des "racines chrétiennes" de la France, fustigeant les différences d'origines, de cultures natives, de modes de vie, pour mieux les exclure du modèle d'intégration en réclamant l'assimilation pure et simple ou le rejet...
 
  • le repli communautaire dans des quartiers abandonnés par la République, ostracisés par l’État et des services publics. Un repli communautaire conforté par l'impuissance d'élus locaux abandonnés par l’État régalien et l'opportunisme électoral de quelques-uns, prêts à gagner la paix des frères et le vote des quartiers contre quelques arrangements à la marge. Un repli qui a imposé de gré ou de force dans les quartiers une  identité communautaire alternative d'une France qui semblait ne pas vouloir de ces habitants de dernière zone...
 
  • le décalage existant entre le cadre historique de la loi de 1905 et la situation présente : la loi de séparation des Églises et de l'État s'est construite contre la puissance patrimoniale et institutionnelle de l'Église catholique et son influence politique, contre la papauté, le clergé et les ordres religieux. Le sujet d'aujourd'hui, c'est l'islam qui n'existait quasiment pas en France en 1905 et ne possède ni existence institutionnelle claire, ni puissance patrimoniale (en France), ni chef spirituel, ni clergé, ni ordres mais porte, avec la charia, une vision normative en partie incompatible avec la République...
 

Ces facteurs ont ouvert en grand l'espace à la revendication religieuse et politique et favorisé la confusion entre religion et République, espace privé et espace public, jusqu'à ne plus parvenir à distinguer clairement les frontières de la liberté individuelle - ce qui nous protège dans la loi de 1905 et ce qui nous place hors de cette loi...

 

Pourtant, si ces facteurs expliquent la défaillance collective, ils ne suffisent pas à expliquer le mal qui ronge et la laïcité et la République. Pour que ce mal existe, il a fallu un virus opportuniste, à la fois virulent et subtil : l'islam radical, lequel a profité de ce terrain favorable, de ce terreau des quartiers, de ces complicités et impuissances politiques pour :

 
  • S'inscrire en socle de l'identité alternative : si je ne suis ni du pays d'origine de mes parents ou grands-parents et que je ne suis pas de mon pays de naissance, que je ne me satisfait pas d'une identité de quartier qui m'enferme entre mes blocs d'immeubles, je suis de ma religion qui m'ouvre à l'universel, à l'absolu. "Je crois donc je suis" comme le disait Élisabeth BADINTER dans le magazine MARIANNE (03/02/2015) . C'est la République islamique qui naît de la laïcité mise en pièces, complaisante, positive, relative, accessoire. L'islam radical s'engouffre dans un espace public, politique, social, économique, culturel qui n'existe plus en tant que tel. Puisque tu ouvres la porte de ton appartement vidé, je m'installe et remplace ta République par la mienne. Il n'y a pas que la nature qui a horreur du vide...
 
  • Instrumentaliser les actes les plus simples du quotidien pour nourrir la confusion : le virus de l'islam radical n'est pas que virulent. Il est habile, pragmatique, patient, capable d'identifier les failles de la République, de s'y loger et d'y avancer pas à pas, imperceptiblement, pour les élargir. Il le fait par procurations involontaires et provocations volontaires. Sur les réseaux sociaux, dans les transports, les bars, la rue, par les slogans, les manifestations, les vêtements, les barbes, les foulards, les gestes du quotidien, anodins ou pas. Sans même qu'ils aient la volonté de servir cet islam radical, des Français(es) deviennent marqueurs autant que symboles, et testent directement ou par incidence le terrain républicain, sa résistance, provoquent ces réactions décalées et disproportionnées qui nourrissent la suspicion, entretiennent les polémiques et cristallisent des communautés de croyants, de pratiquants, de convertis, de complaisants, mais aussi de laïcs en rébellion, d'exclus en désespoir, de révoltés en haine, de délinquants en reconversions paradoxales. En escomptant sur de petites avancées pour rogner la République, l'air de rien, l'islam radical sort des quartiers les gravats de la République...
 

Dans ce contexte, les politiques semblent perdre pieds. Des initiatives législatives sont prises pour créer de nouvelles lois, d'exception, dans la précipitation médiatique et les provocations. Des prises de position contradictoires ébranlent les convictions qui semblaient jusque-là solidement ancrées. Des radicalités opposées se nourrissent de la confusion généralisée de la parole publique. Aujourd'hui, la situation paraît sombre, mais sommes-nous si démunis ?

 

La laïcité est un chef-d’œuvre : les solutions sont à notre disposition

 

On peut être musulman et porter une barbe ou un foulard sans être un(e) islamiste radical pratiquant la charia contre la République. Pour autant, on ne doit pas transiger avec les ennemis de la République, quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent. Il faut, dans le débat, revenir à la loi de 1905 et son principe fondateur, ni plus ni moins, en se gardant de confondre l'argument de la loi et celui de la foi et en réaffirmant dans les faits - pas seulement dans les mots - la primauté de l'un sur l'autre.

 

Quel est ce principe fondateur ?

 
  • La séparation de la religion et de l’État et l'allégeance de la religion à l’État dans l'ordre politique : la politique, profane, est en charge de l'organisation et du fonctionnement de la Cité. La religion, spirituelle, est réservé à l'espace privée ou cultuel. L’État, sans religion, exerce le magistère politique auquel toutes les religions sont soumises. C'est clair et c'est définitif.
 

Quelles sont les conséquences ?

 
  • La liberté de conscience et de culte : la liberté de croire en une religion est assurée et protégée, comme l'exercice collectif de son culte, dès l'ordre que cette liberté ne remet ni en cause l'ordre public ni la liberté de ne pas croire - ce qui serait contraire à la loi.
 
  • Les lois politiques s'appliquent sur tout le territoire de la République : aucune religion n'échappe aux lois de la République, même dans l'espace privé.
 

De ce principe et de ces conséquences, peuvent être tirés quelques rappels :

 
  • Aucune religion ne peut imposer à ses croyants une règle entrant en contradiction avec les lois de la République. Un croyant imposant à un individu une pratique, une action, une règle entrant en contradiction avec les lois de la République, chez lui ou en dehors de son logement, doivent être poursuivis et punis. Non parce que c'est sa foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous !
 
  • Si la pratique de la charia doit être non seulement acceptée mais protégée dans ce qui relève du culte n'entrant pas en opposition à la loi (profession de foi, prière, aumône, jeûne, pèlerinage...), la pratique de la charia est interdite dans ce qui relève de l'espace politique (règles d'héritage, mariage, divorce, garde des enfants, discriminations, infractions, justice, police...). Non parce que c'est cette foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous !
 
  • Si le prosélytisme religieux est interdit dans l'espace public - lequel doit respecter une absolue neutralité - rien n'interdit un croyant qui ne serait pas agent public de porter un signe religieux, dès lors que ce signe ne s'oppose pas à la loi. Ainsi, le voile est accepté, mais pas le voile intégral. Non parce que c'est sa foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous !
 
  • Nul ne peut être poursuivi pour une croyance religieuse, dès lors qu'elle s'inscrit dans le champ républicain. Le musulman a autant le droit de croire que le catholique, le juif et les autres croyants... Non parce que c'est sa foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous !
 

Ces principes et leur application au quotidien donne le moyen de ne pas confondre dans la lutte contre le radicalisme ce qui relève de la religion (et n'est pas du ressort de la République) et ce qui relève de la loi (et n'est du ressort que de la République). On peut aussi répondre aux questions d'actualité qui semble tant déstabiliser la République contre elle-même, par exemple :

 
  • Porter un voile (non intégral) en sortie scolaire pour accompagner la classe de son enfants par exemple ou participer à la fête de l'école sous contrat. C'est bien entendu possible. En revanche, si la femme est agent public, employée au sein de l'école, c'est interdit. Non parce que c'est la foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous !
 
  • Se présenter aux élections en adossant le nom de sa religion : Musulman démocrate. Possible puisque les Chrétiens démocrates existent. Si l'un est interdit, l'autre doit l'être. Si le candidat ou l'élu "Musulman démocrate" renie son engagement de respecter les lois de la République, par les mots ou par les actes, il sera poursuivi en justice. Non parce que c'est la foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous !
 
  • Refuser que sa fille partage un cours de piscine avec des garçons : pas possible dans une école mixte sous contrat. Réclamer une cantine proposant de la nourriture répondant à ses principes religieux : pas possible dans une école publique, non confessionnelle par nature. Non parce que c'est la foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous !

 

Il faut le rappeler : la séparation de l’Église et de l’État en 1905 ne s'est pas faite en sérénité et paix civile. Elle a été dure, violente. Si nous ne sommes pas condamnés par l'Histoire à répéter les fractures du passé, nous avons le devoir d'en tenir compte, d'en retenir les éléments fondateurs. Ce n'est pas à la loi de changer en ouvrant une nouvelle page de division - et rien ne serait pire que de créer une "loi d'exception" pour l'islam. La très grande part de la communauté musulmane s'inscrit dans notre République. Cet Islam a de fait abandonné son caractère normatif qui fonde un choix de société antinomique de notre République. Les Musulmans qui n'y auraient pas renoncé pour notre pays doivent savoir qu'ils seront poursuivis en Justice et condamnés. Non parce que c'est leur foi mais parce que c'est la loi de la République, laquelle s'applique à tous.

 

Patrick HERTER

23 Novembre 2019

 

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