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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


LE SYNDROME DU JOKER

Publié par Phert sur 20 Octobre 2019, 15:46pm

Catégories : #Cinéma

Ce n'est plus tout à fait New-York mais ce n'est pas encore Gotham. L'histoire se déroule dans une ville socialement abandonnée que traversent quelques privilégiés en mal de dévergondage sur les lignes sordides du métropolitain, en invitations privées au visionnage select des "Temps modernes" de Chaplin ou en campagne électorale quand ils se désignent candidats.
 
L'homme qui se voit en humoriste de scène gagne sa vie en faisant le clown de rue. Il se prénomme Arthur et sa vieille mère malade avec laquelle il vit le surnomme "Joyeux" car il paraît toujours heureux. C'est vrai qu'il a le rire facile, malgré ses difficiles conditions d'être et d'existence : petit logement délabré dans un immeuble dégradé, assistance sociale et pilules en soutiens psychologiques, mépris de tous. Pas drôle, la vie du clown...
 
Après avoir été agressé - son employeur en doute, après avoir été armé par un collègue sourd à sa réticence - "Tu sais que je ne dois pas avoir d'arme !", après avoir été licencié pour avoir porté l'arme à l'hôpital pour enfants où il intervenait - "C'était un accessoire !", après avoir été témoin du harcèlement d'une femme - le fait déclencheur, Arthur bascule dans la violence. Sans limite. On comprend qu'il riait chaque fois qu'il aurait dû pleurer ou hurler. On ne sait plus qui il est ni ce qu'il fait, et lui non plus : fantasme d'une liaison de voisinage, d'une paternité glorieuse, d'un talent de scène, de l'amour de sa mère. Tout semble faux. Sa vie apparaît comme une farce cruelle sous les couches de maquillage et les éclats de rire forcés. Sevré d'assistance sociale et de médicaments, d'amour et de reconnaissance, l'homme fou semble désinhibé, possédé d'une volonté irrépressible de prendre la maîtrise de sa non-vie perdue d'avance, sans filtre. Le désespéré déséquilibré se révèle joueur psychotique. Humour macabre. Il demande à se faire appeler JOKER, ce nom de scène que lui a donné une star du petit écran - mais cette scène a-t-elle réellement existé ? Il n'est plus que son personnage, dans l'horreur. Il vit une comédie macabre ? Alors, autant la mener sans aucune retenue...
 
Le film ne se contente pas de la chute du personnage. A cette bascule individuelle semble répondre, en miroir grossissant, l'effondrement de la société toute entière. Tout autour de lui, les gens jusque-là si (in)différents (à) de lui se mettent à lui ressembler. Ils sont de plus en plus nombreux à porter un masque de clown. Il devient "populaire". Les manifestations des "pas grand chose", des "rien" - le qualificatif employé pour désigné le clown tueur recherché par l'homme le plus riche de la ville - se multiplient. La violence gonfle, déborde. La société semble se disloquer à mesure que lui-même bascule. D'anonyme, Arthur devient symbole, leader démoniaque d'un chaos qui enflamme les rues et disloque la ville, la société, les humains. C'est Gotham qui vient, au bout de la route. Gotham est là, et nous sommes spectateurs...
 
Réalisé par Todd Phillips avec le génial Joaquim Phoenix dans le rôle-titre, "Joker" ne joue pas sur les effets spéciaux. Les super-héros attendront. Ce film coup de poing en laissera pourtant peu indifférents. Hallucinante histoire d'un personnage déjanté du Comics "Batman" ou fable sordide d'un monde psychotique, à la dérive, qui force le rire des malheureux, les abandonne peu à peu, arme les plus déséquilibrés et leur donne l'opportunité médiatique d'une vengeance virale ? Peut-être un peu des deux. A chacun de se faire son opinion...
 
Patrick HERTER
20 Octobre 2019

 

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