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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


La finance sans limite, le feu et l'eau...

Publié par Phert sur 2 Octobre 2019, 07:12am

Catégories : #Economie

 

Initiées pour répondre à la crise des subprimes qui a ébranlé le monde financier en 2007 et déstabilisé le monde économique en 2008, les politiques monétaires non orthodoxes des banques centrales menacent aujourd'hui la planète d'un cataclysme financier plus puissant encore. Retour sur ces années de feu et d'eau qui marquent l'apogée de l'emprise de la finance sur le monde... Avant sa liquidation ?

2007-2008 : la finance joue avec le feu, et nous brûle...

Sur le papier, rien de très original en mathématique financière : un montage permettant à un produit de crédit de mutualiser le risque d'un prêt - en clair, de réduire le risque pour soi en le partageant avec les autres. Dans la motivation, une habile façon de gagner plus en risquant moins. Dans les faits, un marché réel - le marché immobilier - devenu terrain de jeu, sous-jacent et contrepartie hypothétique d'une finance virtuelle emballante, inarrêtable. A l'arrivée, une mécanique infernale : les plus-values réelles n'étant jamais prises par l'investisseur dans l'euphorie du toujours plus grand, toujours plus beau, toujours plus cher, l'investisseur pariait à chaque tour ses gains en augmentant sa mise sans jamais quitter la table d'un jeu "gagnants-gagnants". "Si tu pars, jamais tu ne pourras revenir !" lui faisaient comprendre les croupiers des banques-casinos et les autres joueurs. Impossible de s'arrêter...

Comme la finance avait trouvé un jeu sans limite, le jeu s'est diffusé et a pris une importance qu'il n'aurait jamais dû prendre. Par le biais de la mutualisation et du décloisonnement des marchés - l'acte fondateur dans les années 80 de l'hégémonie financière sur la planète Terre - même ceux qui n'étaient au courant de rien étaient concernés. Les banques-casinos l'ont exploité. "Si je ne le fais pas, d'autres le feront avec mes clients, et je les perdrai" pensaient les tenanciers. Pas le moindre doute sur les limites du système. Pourquoi s'inquiéter ? Si les autres, parmi les plus réputés, pratiquaient l'exercice, c'est que tout était bordé, non ? Le sens des marchés, c'était le sens de la fête. La cupidité facile est sourde aux questions de sécurité quand l'argent coule à flot. Carpe diem.


Aujourd'hui, tout le monde le sait, il y avait plusieurs failles dans le système : la taille et la fragilité du marché réel, la masse des capitaux en jeu, la faiblesse de la régulation financière... Une étincelle, au mauvais endroit, au mauvais moment, a suffi à mettre le feu, lequel s'est propagé dans les banques-casinos. Les établissements de jeux ont bloqué les mises, exigé leurs garanties aux joueurs, qui n'en avaient pas. L'incendie est sorti des salles de jeux et s'est répandu dans les villes, les régions, les pays et la planète en suivant simplement, mécaniquement, les réseaux, du plus virtuel au plus réel, de la salle de marchés informatisée à l'agence bancaire de la commune, jusqu'à la corbeille de la ménagère. Tous menacés, tous brûlés. La grande crise. 1929 et les années 30, la montée du nazisme et l'incendie du Reichstag. La fin d'un monde ?

2008-2019 : la finance abuse de l'eau, et nous inonde...

La finance était déjà si dominatrice, elle était si fragilisée, son dysfonctionnement était si profond, sa crise était si inquiétante, ses conséquences si explosives que les autorités-pompiers ont eu l'obligation d'intervenir sans tergiverser.

Les valeurs partaient en fumée sur les marchés - pas seulement immobiliers. Les banques-casinos se méfiaient les unes des autres : bien placées pour comprendre l'immensité du danger, elles refusaient de s'entre-aider. Chacun pour soi. Les arrangements passés sont devenus des secrets de famille honteux. Les meilleurs amis de la veille ne se connaissaient plus. Les fêtards d'hier ressortaient de leurs armoires leurs soutanes de moines amidonnées. Le champagne était redescendu dans les caves, et même l'eau commençait à manquer - les robinets se fermaient. Il fallait agir vite, et compenser la défaillance, sous peine de tout perdre.

Comme le temps et les lobbies les pressaient et qu'elles n'y connaissaient pas grand chose en finance et rien du tout en montages, les autorités-pompiers ont commencé par se souvenir de leurs classiques et ont ouvert les vannes. En grand. Pour éviter la contraction fatale des années 30. Les lances d’États ont été mobilisées, les réservoirs publics ont été vidés pour injecter des ressources dans le réseau, sauver les apprentis-sorciers-incendiaires - sauf un, pour l'exemple - et rétablir la confiance en dernier ressort. Happy end ? Cela aurait été trop beau, comme dans un film. Plus de régulation, des sanctions contre les fautifs, de nouvelles mesures de sécurité pour empêcher un nouvel incendie. Un nouveau New Deal. Naïf...

En réalité, les autorités-pompiers, toujours sous pression, manipulées, ont lâché le peu qu'il leur restait de pouvoir et laissé les rênes de l'attelage aux apprentis-sorciers de la finance eux-mêmes. Pour réussir ce coup de génie, ces derniers ont fait comprendre aux autorités-pompiers que l'incendie était si puissant, si profond, qu'il fallait sans cesse l'arroser. Comme s'il s'agissait du réacteur d'une centrale nucléaire en train de s'enfoncer dans le sol, prêt à irradier les nappes phréatiques. Alors ils ont recommandé aux autorités-pompiers de vider les rivières, les lacs, les océans, de récupérer les eaux de pluie pour empêcher le réacteur de s'emballer. Devenus financiers, les banquiers centraux se sont métamorphosés en sorciers faiseurs de pluies artificielles. Quoi de plus subtil que d'amener toute l'eau au réacteur pour empêcher que le réacteur ne contamine toute l'eau ? Nourrir en permanence les marchés en liquidités artificielles pour faire monter sans limite les marchés devenus "flottants" et créer ainsi une bulle perpétuelle. Transformer par cette mécanique l'eau en champagne et le charbon en or. Le montage précédent en plus grand. Se servir des marchés monétaires, sans limite...

Nous en sommes-là et certains illuminés nous expliquent sérieusement que le monde a changé, que la dette n'existe plus, que l'on peut alimenter sans fin la hausse des marchés, la baisse des taux, sans se préoccuper de la contrepartie. Faut-il rappeler que quand l'argent est gratuit, c'est que le gage c'est nous ?

Un monde réel liquide et bientôt liquidé ?

Que constatons-nous aujourd'hui ?

  • L'injection dans le circuit monétaire international de milliers de milliards de dollars et d'euros (2650 milliards € en Europe, plus de 4000 milliards $ aux États-Unis) ;
  • l'augmentation des monnaies en circulation (+50% pour les euros en circulation entre 2009 et 2018 - de 820 à 1260 milliards), leur thésaurisation (600 milliards en Europe et 1772,5 milliards € de crédits non distribués par les banques européennes), l'envolée des crédits (133,2% du PIB en France +4,6% en un an) ;
  • l'addiction des États surendettés comme la France - pays incapable de gérer son budget à l'équilibre depuis 1974 (plus de 10 milliards d'émission de l’État français le 5 septembre dernier pour 200 milliards prévus sur l'année - nouveau record historique avant l'année prochaine) ;
  • l'addiction des entreprises qui empruntent pour accumuler du cash (1085 milliards € en zone Europe-Moyen-Orient-Afrique et 1690 milliards $ aux États-Unis) au lieu d'investir ;
  • une acquisition immobilière réservée aux ménages les plus aisés (6 milliards € de crédits en juin dernier en France pour un total de 1040 milliards d'encours total), mais non rémunératrice pour les banques - en simple produits d'appel ;
  • le détournement des missions des banques centrales, passées de l'économie aux intérêts de la finance de marchés ;
  • La démission environnementale collective que les efforts de bonne conscience marketing à la marge ne suffisent pas à cacher...

 

Qui connaît les dégâts provoqués aux bâtiments par le feu puis l'eau comprend les dégâts subis par nos sociétés du fait d'un système qui n'a plus aucun sens de l'intérêt général et détruit à marche forcée le réel - nature comprise, en le virtualisant puis en le liquidant :

  • les outils de politiques économiques sont inefficients,
  • l'inflation a disparu,
  • les bulles de marchés sont au plus haut,
  • les inégalités sociales n'ont jamais été plus importantes,
  • les sociétés sont politiquement déstabilisées,
  • les banques centrales improvisent sur un terrain non familier,
  • les banques, fragilisées par la stratégie des taux bas et la régulation, ne prêtent plus qu'aux riches,
  • la qualité d'une entreprise - dont les startups - est déterminée par son taux d'endettement. Plus ce taux est élevé, plus la levée de fonds est importante, plus belle est l'entreprise qui n'a même plus besoin de proposer un produit, un service à commercialiser...

 

On sait même, depuis quelques jours, d'où viendra la grande crise : comme en 2008, du marché interbancaire. Le 17 septembre dernier, la Réserve fédérale de New York a injecté en urgence 53 milliards $ et au total 300 milliards $ en pour détendre un marchés interbancaire subitement bloqué par l'envolée des taux. La même perte de confiance. La même étincelle qu'en 2008. Et la même réponse des autorités : ouvrir les vannes.

Après le feu, l'eau. Après l'eau, la crise. Celle-ci sera à la mesure de la folie des financiers et de la démission des politiques... Carpe diem.

 

Patrick HERTER

2 Octobre 2019

 

 

 

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