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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


La démocratie malade de la politique

Publié par Phert sur 12 Mai 2019, 09:55am

Catégories : #Politique

La démocratie malade de la politique

La situation paraît presque désespérée. Notre démocratie est en soins palliatifs, nous dit-on. La faute aux populismes, qui montent. La faute à l'Europe, qui commerce. La faute aux riches, qui accumulent. La faute aux pauvres, qui ne sont rien. La faute à la crise, qui s'éternise. La faute aux technocrates, qui décident. La faute aux médias, qui flattent. La faute aux gilets jaunes, qui cassent. La faute aux policiers, qui répriment. La faute aux Français qui râlent au paradis. La faute au climat qui bascule en enfer...

Rien ni personne ne semble épargné dans la critique d'un système dispendieux et pourtant à bout de souffle qui tousse, racle, renâcle, crache, rétive, mégote, népote, manque d'air, suffoque. Un système à la fois piteux et arrogant, miteux et majestueux qui sort ses masques à chaque épreuve, comme s'il lui suffisait de dissimuler ses laideurs sous quelques lignes d'artifices pour pouvoir clamer son éternelle perfection.

La démocratie condamnée au supplice de l'écartèlement

Yascha MOUNK dans son livre : "Le peuple contre la démocratie" (Éditions de l'Observatoire) les a brillamment présentées, ses deux faces immondes qui seraient en train de l'achever, notre démocratie écartelée : ce libéralisme sans démocratie et cette démocratie sans liberté qui la tirent dans deux directions opposées. Clin d’œil de l’Histoire revancharde de voir ainsi notre démocratie républicaine condamnée au supplice destiné aux régicides ! En y ajoutant les effets d'autre tractions en toutes directions, telles le diktat américain, le rêve chinois, la revanche russe, la folie nord-coréenne et la rage islamiste, on va bien finir par comprendre que la riche et impuissante France et son espace européen seront bientôt démantibulés, vendus par morceaux, façon puzzle, décomposés puis concentrés pour être mis en bouche, en flacons, en musées, en pied-à-terre. Question de temps. Trop gras pour ne pas être convoités. Trop faibles pour résister. Trop lâches pour se défendre. Préparez les faire-part…

La démocratie atteinte d'une malade comportementale plus que virale

En réalité, notre démocratie n'est pas malade parce qu'elle a attrapé un mal sournois, un virus, et qu'elle est touchée par une pandémie. Sa maladie est comportementale et a commencé dans les années 70. L'observation ci-dessous de la courbe d'abstentions aux premiers tours des élections (ou tour unique pour les élections à la proportionnelle) permet de s'en apercevoir : la progression y est nette et généralisée depuis des décennies, des élections municipales aux élections présidentielles, avec quelques courtes périodes de rémission - comme l'élection présidentielle de 2007 - qui ne remettent pas en cause la tendance de fond. Aux prochaines élections européennes du 26 mai prochain, certaines enquêtes d'opinion annoncent même 60% d'abstentions.

Notre démocratie fabrique depuis des décennies des pouvoirs minoritaires, par défaut (la victoire par rejet de l'autre) et dilution (de plus en plus d'abstention dans l'élection) : le dernier élu en date, Emmanuel MACRON, est ainsi passé au second tour de l'élection présidentiel avec 18% des électeurs inscrits et son mouvement a écrasé le scrutin législatifs avec 16% des électeurs inscrits au premier tour (voir article : "Quand la mer se retire"). Délicate légitimité, dont on perçoit la fragilité dès que survient un mouvement social fortement soutenu par l'opinion (dont 1995 et 2018)...

L'évolution comparée des opinions favorables de nos présidents de la République est à cet égard explicite pour confirmer le malaise :

Ainsi notre démocratie se réduit à l'espace politique où le pouvoir se joue sur la peur du chaos et sur la peur de l'autre - le progrès contre le populisme en 2019 - jusqu'à ce que, inéluctablement, l'exaspération des peuples qui attendent toujours le progrès sans le voir ne mène au triomphe du populisme qui fait, lui, du porte à porte...

La maladie de la démocratie, c'est la politique

Si cette crise démocratique est comportementale, elle ne vient pas du peuple : elle vient de la politique elle-même. Qu'observons-nous en effet ?

Le débat politique a écarté le débat démocratique qu'il méprise. Une sorte de coup de force permanent d'un club contre un peuple en crise. Un club qui ignore les électeurs démotivés, qui instrumentalise les électeurs-scouts toujours prêts à "s'exprimer" - en glissant le nom de l'autre dans une urne, c'est dire la profondeur de l'expression - pour mieux les négliger ensuite. Un club qui se suffit à mobiliser les convaincus (ou vainqueurs) magnifiques, les militants plus rares que la truffe, les "fans de" et les "encore naïfs" pour les temps difficiles - les plateformes médiatiques, les soutiens institutionnels et les partenaires d'intérêts suffisant la plupart du temps à fabriquer l'illusion démocratique. A faire semblant de débattre, on débat...

Les représentants de la nation ne conservent d'elle sitôt élus qu'une simple inscription sur étiquette, une carte de visite au couleurs, un badge d'entrée réservée, une permanence en intermittence. Les députés majoritaires ne représentent plus que le président nouvellement élu depuis l'invention perverse du quinquennat. L'ambition se résume à l'histoire d'un tabouret se rêvant en strapontin voire en fauteuil et pourquoi pas en trône. Une simple histoire d'ameublement. Les faiblesses politiques ne représentent bientôt plus qu'elles-mêmes dès qu'elles ont plongé dans l'aquarium des pouvoirs mais elles contraignent notre vie à nous tous, qui sommes dans la pleine mer. Les débats restent entre soi : dans les hémicycles comme dans les palais exécutifs, les visiteurs invités sont là pour les photos et participent, souvent malgré eux, à l'illusion de la démocratie - les syndicats peuvent aujourd'hui en témoigner...

Les plateaux médiatiques qui, par nature, redoublent de complaisances crasses mais n'oublient pas l'audience - il faut bien vivre - ne dénaturent pas la politique - ce serait leur donner trop d'importance : ils la servent telle qu'elle est. Une parodie de démocratie médiatique qui blablate. Entre soi, comme un miroir de la politique, avec là aussi ses visiteurs invités et ses images. Toujours dans l'illusion de la démocratie.

Le pouvoir est ailleurs : dans les couloirs feutrés, derrière les grilles protégées, dans les conseils de ministres ou d'administration, dans la haute fonction qui n'a de publique que le nom.

La démocratie est à réanimer. D'urgence.

Pour réanimer notre démocratie, il faut la rétablir

On comprendra la stupéfaction du lecteur. Se passer de politique ? Oui, s'en affranchir. S'en désintoxiquer de cette drogue. C'est possible. Le général de Gaulle avait en son temps dénoncé "le régime des partis". On l'avait accusé, avec ses référendums, de vouloir, par son lien direct avec le peuple, instaurer une dictature personnelle. Ouvrons les yeux : le régime des partis de la IVème République a laissé place à un régime des intérêts particuliers encore moins légitime que "le régime des partis". Nous ne sommes pas en dictature policière d'un seul homme mais en oligarchie policée. Une oligarchie qui s'est réservée les pouvoirs politiques et économiques : en réalité le détournement par un groupe de l'intérêt général au bénéfice de ses intérêts particuliers. Un étouffement indolore de la démocratie tant que l'oligarchie a les moyens de nous offrir l'oxygène, d'acheter la paix au quotidien en bradant l'héritage social de la Libération et celui, économique, des trente glorieuses, de donner l'illusion de la démocratie, par la politique. Un détournement plus délicat à manier quand les moyens finissent par manquer à la "puissance" publique, chargée de dettes, garantes de la mutualisation des risques alors que les bénéfices sont, eux, pour l'essentiel, réservés à l'oligarchie. La politique devient alors vite un théâtre de marionnettes, un grand Guignol. Nous sommes face à la scène, sur les bancs. Ou déjà partis...

Pour réanimer notre démocratie, il faut tout reconstruire, de bas en haut. Rétablir le fait majoritaire : reconnaitre le vote blanc jusqu'à annuler les élections sans majorité, instaurer les référendums d'initiatives citoyennes, du plus petit au plus grand territoire, du local au national, établir partout le principe de subsidiarité, en tenant compte du l'incidence des sujets traités sur le corps électoral concerné. Renverser le jacobinisme. Rétablir l'élu comme le représentant de ceux qui l'ont élu, non le redevable du petit groupe qui l'a désigné comme candidat. L'élu représentant du bas et non sujet du haut, cela changera tout. Un élu à deux mandats maximum. Redonner aux assemblées le pouvoir de contrôle réel des exécutifs, en lien avec les corps électoraux qui ont élues les premières, dans le respect du programme qui a placés les seconds où ils sont. Rétablir le débat avec la Nation, en confrontation d'un réel qui change et réclame des adaptations. Au sommet, un gouvernement qui gouverne le temps court pour lequel il a été nommé, sous le contrôle du Parlement, un président qui arbitre sur le temps long pour lequel il a été élu pour sept ans, mandat non renouvelable. Un conseil autour de lui, indépendant du gouvernement, qui empêche tout pouvoir personnel. Pour les temps d'urgence, des pouvoirs exceptionnels, qui auront été débattus dans le principe, et ne seraient justifiés aucun débordement dans le temps ou le périmètre. La séparation des pouvoirs : une réalité, enfin...

Voici de premières pièces d'une démocratie revitalisée. Elle ne le sera que si la politique est, elle, assujettie à la démocratie. Pas l'inverse. Cela dépend de nous. J'y suis prêt ! Et vous ?

Patrick HERTER

12 Mai 2019

 

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