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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Européennes 2019 : démocratie, la tragédie ou le sursaut...

Publié par Phert sur 30 Mai 2019, 11:34am

Catégories : #Politique

A présent que les élections européennes sont passées et que les commentateurs nous ont dit ce qu'il fallait comprendre, tout doit être clair dans les esprits : la mobilisation des électeurs a été un succès ; le Rassemblement National (RN) est arrivé en tête - il a gagné ; Renaissance (La République En Marche - LREM) suit tout près - elle a gagné ; Europe Écologie Les Verts (EELV), qui a surpris, a gagné aussi ; tous les autres ont perdu. La messe est dite: le face à face Le Pen / Macron s'installe définitivement, la droite a disparu, la gauche dispersée façon puzzle aussi, les gilets jaunes n'ont jamais existé, les animaux font un carton. Le chapitre semble clos. Acte II pour le gouvernement.

Sauf que tout n'a pas été dit...

Le rapport participation/abstention est une catastrophe, pas une bonne nouvelle

Le rapport participation/abstention occupe par obligation toutes les heures d'antenne de la journée électorale jusqu'à 20h. Difficile de tenir accrochée l'audience à l'annonce régulière de la participation qui nous renseigne, en positif, sur l'abstention, son négatif, en comparant les chiffres avec ceux de l'élection précédente. Avec l'intensité du petit train de l'interlude d'un temps passé que les moins de 50 ans n'ont pas pu connaître, ces chiffres sont commentée en boucle, en dynamique, haussière ou baissière. Jamais en valeur absolue. Lorsqu'à 20h, les premières estimations des résultats s'affichent, ce rapport devient accessoire. Or, que nous dit une abstention à 49,27%, lorsqu'on y ajoute les votes blancs à 1,18% ? Que le résultat des urnes est minoritaire dans le pays. Plus de la moitié des électeurs ont refusé de choisir parmi les 34 listes présentées - on ne pourra pas dire que c'est par manque de choix. La politique, lorsqu'elle s'adresse à la Nation sur des sujets vitaux, fait salle à demi vide. Notre démocratie est une dénicratie de la capacité de la politique à répondre aux enjeux. Au lieu d'alerter l'opinion, d'interroger les politiques, les plateaux s'en satisfont au prétexte que "les élections européennes mobilisent peu", comme si l'excuse suffisait alors que les autres élections sont atteintes du même mal, à des degrés de gravité divers (voir "La démocratie malade de la politique"), ou en constatant sa remontée - nous verrons ci-dessous ce qu'il faut en penser en analysant les votes...

Emmanuel MACRON et LREM ne parviennent pas à contenir le FN/RN

La plupart des commentateurs ont relativisé la victoire de la liste RN en soulignant la baisse de son résultat en pourcentage comparativement à 2014 (23,43% contre 24,86%) et son faible écart (1,12%) avec la liste soutenue par Emmanuel MACRON. C'est une erreur grave car elle anesthésie la vigilance. Qu'observons-nous en réalité ? Une progression en voix très préoccupante, comme l'illustre le graphique reprenant les résultats de la liste FN ou RN aux élections européennes depuis 1984 - la 1ère élection européenne à laquelle ce parti participait.

Avec 5 269 559 voix, le RN obtient le meilleur score de son histoire et 557 098 voix de plus qu'en 2014, à l'époque déjà son record... Deux ans après avoir atteint le second tour de l'élection présidentielle, deux ans après le débat catastrophique de sa dirigeante et deux ans seulement après avoir atteint 2 990 592 voix au 1er tour des élections législatives ! Difficile de défendre avec objectivité la capacité du président et de ses soutiens à combattre la dynamique de leur meilleur ennemi, de celui qui doit leur assurer à tous coups les victoires électorales futures. Si le RN consolide sa place au sommet, LREM confirme dans ces élections sa marque de fabrique : celle d'un prédateur, efficace pour dégager les partis faibles mais peu disposé à combattre un parti fort, surtout quand ce parti fort est censé le faire gagner par répulsion. Dans ses conditions, le magicien qui fait disparaître les colombes et les lapins dans son chapeau pourrait un jour se faire manger par le tigre...

La faible adhésion de la démocratie à la politique est spectaculaire

Une enquête menée par HARRIS INTERACTIVE / EPOKA dévoile la très faible adhésion des électeurs qui se sont exprimés à la liste pour laquelle ils ont voté, comme le montre le tableau ci-dessous :

Si l'on rapporte cette adhésion d'un vote "de conviction" en la rapportant au corps électoral total, les résultats sont spectaculaires. Les six listes arrivées en tête représentent, idéologiquement :

  • RASSEMBLEMENT NATIONAL = 4,54% des idées des électeurs inscrits
  • LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE = 5,40% des idées des électeurs inscrits
  • EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS = 3,05% des idées des électeurs inscrits
  • LES RÉPUBLICAINS = 2,09% des idées des électeurs inscrits
  • PARTI SOCIALISTE / PLACE PUBLIQUE = 1,58% des idées des électeurs inscrits
  • LA FRANCE INSOUMISE = 1,50% des idées des électeurs inscrits

 

Au total, en ayant obtenu 80,13% des suffrages exprimés, les six listes arrivées en tête de l'élection ne représentent que 18,16% des convictions des électeurs français ! Une information qui aurait mérité d'être abordée dans les débats politiques et médiatiques, non ? Elle est gravissime car elle permet d'évaluer la faiblesse de notre démocratie, avec plus de la moitié des électeurs qui ne s'expriment pas et moins de 20% qui votent en accord avec leurs convictions.

Annonce de tragédie ou message d'espoir ?

A ce stade, que pouvons-nous imaginer, hors d'une révolution par nature chaotique et particulièrement dangereuse, difficilement imaginable aujourd'hui dans un pays prêt à soutenir à 80%, sans y participer très concrètement, une occupation de ronds-points (ce qui permet de tourner en rond) pour s'abstenir en masse aux élections suivantes ? Ni la rue ni les urnes. La voie semble étroite...

1. La poursuite du face à face RN/LREM, laquelle finira en alternance du RN sur LREM, inéluctablement. Pourquoi ? Parce que nous avons avec ces deux mouvements opportunistes les représentants des deux risques dénoncés par Yascha MOUNK dans son livre "Le peuple contre la démocratie" (Éditions de l'Observatoire) : la démocratie antilibérale du RN et le libéralisme antidémocratique de LREM.

  • FN s'appuie sur le rejet des politiques et les échecs sociaux des gouvernements successifs pour construire son succès électoral (Si 16% des électeurs qui se sont exprimés aux Européennes ont choisi un vote contre ou de protestation, 37% des électeurs RN sont dans ce double cas - voir le tableau ci-dessus).
  • LREM construit son succès sur la prédation d'un système politique exsangue et la démobilisation électorale de ceux qui ne sont (plus) rien (rappelons que Emmanuel MACRON est passé au second tour présidentiel avec 18% des électeurs inscrits et que LREM a écrasé les élections législatives avec 16% des électeurs inscrits au 1er tour).

 

Inéluctablement, par disparition progressive des proies à avaler pour LREM - sa réserve ne se reconstitue pas une fois qu'il l'a mangée, par montée des insatisfactions sociales dans un contexte de mutations accélérées qui exclut le retour d'une "croissance durable partagée par ruissellement" pour RN, le résultat électoral de RN est destiné à augmenter quand celui de LREM est destiné à plafonner, puis à se réduire. Rien n'y fera : ni la crispation d'Emmanuel MACRON et sa tentation de basculer dans une "République" autoritaire et éclairée, ni un miracle social. RN est appelé si le duo perdure à réussir à son tour son OPA, à prendre le pouvoir.

2. L'émergence d'une alternative politique de rassemblement trans-courants capable de neutraliser les ambitions personnelles, les intérêts particuliers, les idéologies partisanes pour proposer une démocratie rénovée, participative, adaptée aux enjeux de notre époque, une politique à la hauteur, dans le débat et dans l'action. Capable de faire de chaque élection une reconquête, de bas en haut, avec des listes et des candidatures de rassemblement, toutes sensibilités républicaines représentées, du local aux municipales en 2020, jusqu'au national à la présidentielle en 2022. Non pour assoir un nouveau pouvoir, un autre camp ou transformer le duo en trio. Pour changer les règles du jeu politique : du "je" au "nous". Pour changer d'ère.

On en est loin. J'ai pu éprouver de 2012 à 2017 à quel point les auto-proclamés représentants politiques des "forces vives" sont insensibles au rassemblement dès lors qu'ils n'en sont pas les maîtres. Les mouvements citoyens cultivent leur étiquette et valorise leur "tête d'affiche", chacun prêts à se lancer pour sa tronche, et déjà prêts perdre si les autres perdent aussi. Quand chacun lorgne les prochaines élections locales pour exister, et prépare son futur candidat à l'élection présidentielle pour s'y voir, comment faire pour réunir et rassembler ? Cela semble si inaccessible que cela semble inimaginable, utopique et naïf. C'est pourtant la seule voie possible, si l'on veut éviter la tragédie. Certes, il faudrait un miracle d'esprit public et d'intérêt général, un virus d'humilité déterminée se propageant partout pour réussir. C'est impossible ? Peut-être, mais c'est indispensable ! Une voie d'urgence, une voie de circonstance, une voie pragmatique, une voie vitale, à l'heure des grands périls. Une parenthèse pour un pays qui n'aime rien tant que la division et les naufrages, les catastrophes qui lui permettent, un instant, de se retrouver avant d'à nouveau se déchirer. Une parenthèse à nos querelles, pour nos enfants et leur avenir. Juste une parenthèse.

Alors ouvrons-la, cette parenthèse, ou taisons-nous... Puisque le reste est dérisoire.

Patrick HERTER

30 Mai 2019

 

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