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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Notre-Dame : le feu et les miettes...

Publié par Phert sur 22 Avril 2019, 17:24pm

Notre-Dame : le feu et les miettes...

La destruction

Ce 15 avril 2019, que l'on soit proche ou éloigné, parisien ou provincial, familier ou étranger, collé face au drame à la rue ou à l'écran, bouche bée, regard voilé - comme si les larmes pouvaient réduire le feu ! -, la scène nous a tous sidérés. La flamme gigantesque nous enlevait Notre-Dame, feue cathédrale de Paris. L'issue tragique ne faisait aucun doute tant l'incendie courrait en cavalcade sur la toiture. Lorsque la flèche consumée s'est effondrée dans la nef, c'était le coup de grâce. Quasimodo accroché au Bourdon jusqu'à s'y fondre ne le ferait plus sonner. Esméralda aurait bien pu danser jusqu'au jour sur son parvis, tout allait disparaître : les gargouilles et les trésors, les reliques et les sculptures. C'était inéluctable. Déjà, on pouvait voir les braises dans les embrasures, jamais rassasiées, s'approcher en rampant au bas des tours de la façade, impatientes de les voir vaciller, engagées, enragées, jusqu'à leur effondrement...

Le sauvetage

Des pompiers aux gilets rouges et jaunes - centaines d'insectes au sol et dans les airs, attirés dans la nuit par la lumière intense et tout près de s'y brûler - se sont battus contre le dragon avec des lances pour empêcher la fin de Notre-Dame. Ils ont pompé puis jeté de l'eau de Seine sur le feu - un autre bras, de fleuve celui-là, pour éteindre l'embrasement. Tout autour, du plus près au plus loin, d'autres humains qui ne supportaient pas de ne pas y être, de ce combat, trépignaient, prêts à entrer en enfer pour la sauver, la cathédrale, prêts à mourir pour qu'elle tienne encore debout. Ceux-là sont devenus, un soir d'avril, pompiers par dévastation, héroïques par délégation en ces temps sombres où la représentation est devenue suspecte. Impossible de ne rien faire, à regarder, quand tant d'autres faisaient. Des croyants désinhibés, ont prié sur le sol comme on prie cierge en mains, en contre-feu spirituel incompréhensible à l'athée. Des cris de douleurs par millions, de tous les coins du monde, en résonance. Et l'improbable a eu lieu : la petite vieille qu'on croyait condamnée a résisté. Elle a été sauvée. Et elle a survécu.

Pour quoi ?

On a beaucoup parlé, et on a beaucoup moins écouté, depuis cette dramatique soirée. Quand certains y voyaient un message venu d'en-haut pour le pays, sur Paris, sur l'Europe, sur l’Église, sur le monde, d'autres se nourrissaient de suspicions : qui était sur le toit ? C'était une statue... Comment des poutres de huit siècles pourraient-elles s'enflammer comme des brindilles ? Nous le serons un jour... La cagnotte a sonné juste, a sonné faux. Les riches ont donnée. Les pauvres aussi. Les donneurs de leçons ont aussi donné, mais toujours leurs leçons. Après l'incendie, les puissants se sont eux-aussi enflammés : les travaux en cinq ans ! Caprice de prince ou d'enfant ? Notre-Dame en plus belle, un concours d'architectes, toit végétalisé et pointe technologique... Et cette curieuse impression de précipitation, cette foire d'empoigne, cette surenchère sonnante. Hors de proportion et hors de sens.

Alors, quand ce dimanche, Monseigneur AUPETIT, Archevêque de Paris, a prononcé à Saint-Eustache, dans l'église du ventre de Paris, sur le chemin entre l'île de la Cité et la colline de Montmartre, son homélie de Pâques - cette fête Chrétienne de la résurrection, j'ai voulu l'écouter. "Où est le corps du Seigneur ? C'est la question qui s'est posée lundi soir au plus fort de l'incendie de Notre-Dame de Paris. Où est le corps du Seigneur ? Il fallait sauver la cathédrale, le trésor, constitué des pièces d'orfèvrerie accumulées au cours des siècles. Il fallait aussi sauver, pour les croyants, cette relique infiniment précieuse : la couronne d'épines de Jésus ramenée par le roi Saint-Louis. Mais une question angoissante a surgi dans mon cœur : où est le corps du Seigneur ?"

L'archevêque a repris : "C'est pour ce Corps, voilé sous l'apparence d'une miette de pain, qu'a été construite cette cathédrale", puis le prélat s'est interrogé sur l'essentiel : "Qu'est ce qui est le plus précieux ? La cathédrale, le trésor, la relique ou la miette de pain ?"

La miette de pain

Les propos du prélat m'ont aidé à comprendre ce sentiment de sérénité étrange, paradoxal, ressenti quand, au cœur de la fournaise, tout était semble-t-il perdu. J'étais accablé par l'issue inévitable et pourtant incroyablement paisible. Il ne s'agissait pas de confiance, c'était autre chose. Tout de suite, j'ai éprouvé une impatience de bâtisseur, de tailleur de pierre, de charpentier, de compagnon que je ne suis pas. Comme une envie d'en découdre, positivement, qui m'a surpris moi-même. De m'y mettre, littéralement. Une sorte d'invitation venue de loin. Une possession.

J'ai compris à qui s'adressait le message dramatique du 15 avril : à nous les miettes, à nous les gueux, à nous les frêles, à nous les misérables.

Amis, à miettes, je crois que nous avons quelques cathédrales à rebâtir.

Patrick HERTER

22 Avril 2019

 

 

 

 

 

 

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