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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Les rustines de la République

Publié par Phert sur 2 Février 2019, 14:18pm

Catégories : #Sujets de société

Les associations et une multitude de citoyens éparpillés constituent les rustines de la République. Répondant à un besoin particulier, dans un espace délimité, ces rustines ne s'inscrivent pas toutes - loin s'en faut - dans une mission d'intérêt général. Pourtant, en compensant les défaillances de nos Institutions au quotidien, dans la proximité, elles occupent un rôle indispensable - bien malgré elles. Aujourd'hui, alors qu'elles sont sous pression, dans l'urgence et souvent en manque de moyens, elles empêchent le naufrage collectif. Pour combien de temps encore ?

Elles sont aujourd'hui partout, ces rustines : dans la rue auprès des sans-logis ; dans la cage d'escalier de la vie sans ascenseur ; dans la campagne désertée par les services publics à relier, raccrocher, les citoyens éparpillés et esseulés ; dans le sac de premières nécessités distribué aux démunis avec attention et bienveillance ; dans les dossiers administratifs avec les papiers des pas priés de s'assumer ; dans les chambres de maladie, de solitude, où c'est un humain qui réside ; dans la fête préparée pour ceux qui n'ont plus la tête à ça, la fête à soi ; dans le voyage organisé où se collent les yeux, le cœur, à la fenêtre qui bouge ; dans le café plus un regard, une main tendue, le dos courbé, les jambes pliées, le buste penché vers ce corps brisé sur l'abri de misère ; dans la voix et dans le rire, qui rallument l'étincelle et réchauffent, parfois... Elles sont partout, les rustines de la République, avec l'énergie d'un désespoir que jamais elles n'abandonnent : elles ont tissé un fil qui se tend et s'y accrochent. Comme elles le peuvent.

Mais elle est où, la République ?

Elle est où, au même moment, la République ? Elle s'est perdue, la République : dans les dorures qui brillent où les puissances acquises sont installées, à demeure ; dans les statistiques et les sondages qui font et défont les intentions tactiques ; sur la moquette épaisse, dans les palais qui pâment ; dans les carrières de marbre qui ne font pas pousser les arbres ; dans la parodie des politiques d'urgence climatique, dans les mots pas dans les actes, et les maux qui s'aggravent ; dans les hiérarchies administratives qui sclérosent quand la solution est d'évidence à portée de doigt ; dans les chiffres et leurs déficits accumulés sans rien changer ; dans les quartiers isolés et la ruralité désaffectée ; dans les élections blanches sans voix et les voies noires sans élections ; dans la jouissance du savoir faire sans savoir être jusqu'à ne plus s'en faire, des êtres ; dans un État obèse et un peuple au régime ; dans la dictature de l'instant - tous les demains en bandoulière de la conscience, en poche arrière sur les fesses, on s'y assoit dessus ; dans la pesanteur des lois et règlements qui tombent, de haut en bas ; dans le pourrissement des validations intermédiaires et de la décision en attente, de bas en haut ; dans les logements en mal de toit, fenêtres ouvertes sur le froid, marchands de sommeil difficiles à punir ; dans sa hauteur et son arrogance si hautes perchées qu'elle y perd pied, la République ; dans l'entre-soi et l'antre-soie de ceux qui s'y consacrent et la nuit et le jour, à la chimère de leur règne après le sacre ; finalement dans le mépris du peuple qu'elle est censée servir. Elle ne tient plus qu'à un fil, la République.

Alors que faire ?

Ce fil tissé par les rustines de la République est "tendu comme une bride, sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux", pour reprendre les mots du poète Arthur Rimbaud dans "Le bateau ivre". Prêt à rompre. N'en doutons pas : s'il craque, la République disparaîtra. Abandonnées à toutes les aventures démagogiques, populistes, autoritaires - lesquelles assureront la déconstruction définitive du modèle pour mieux y poser leurs griffes. Il nous faudra alors des années de drames collectifs et de résistances sacrificielles, sous les jougs, pour en sortir. Nous y sommes presque. Un pas encore, et nous basculons.

Deux solutions m'apparaissent :

  • La première consiste à penser que le haut, prenant subitement conscience de ce qui est, agira par lui-même pour rétablir la République de bas en haut. Un chemin de Damas, sur les pas de Paul ? Un choc à la Claudel, dans un palais de la République, agenouillé devant Marianne, pleurant, la tête dans les mains, la révélation d'une foi citoyenne ? L'électrochoc de conscience venu de si proche qu'il bouleverse la personne dans son être profond ? Un scénario improbable mais pas impossible qui feraient de nous les acteurs politiques de notre vie par le fait du prince converti. Paradoxal pour le moins, peu réaliste et bien fragile...
  • Le seconde consiste à compter sur le bas, les rustines et nous-mêmes, pour rétablir la République que nous devons. Ce qui nous oblige à changer les institutions par le réel, en transformant l'action de terrain, crédible et légitime, en action politique légitimée. Comment ? En instaurant une nouvelle gouvernance - ascendante cette fois - pour résoudre, à l'échelle de chacun des besoins individuels et collectifs. Le principe de subsidiarité appliqué à la lettre, dans les faits, sur tous les plans. En remontant ainsi les niveaux, par co-construction des initiatives individuelles et collectives, jusqu'au niveau permettant la réponse concrète au sujet traité.

 

La seconde solution n'est pas utopique. Elle répond au siècle dans lequel nous sommes rentrés à reculons. Dans son cadre, l’État se réinscrira naturellement dans ses missions régaliennes, sous l'autorité du politique, avec un rôle assumé de facilitateur, non de décideur tout-puissant. Les Institutions politiques elles-mêmes seront rétablies dans leur cohérence : le Présidence de la République, dans sa responsabilité d'inscrire le pays dans le temps long, l'arbitrage et la défense des principes fondamentaux. Le gouvernement, dans la gestion du temps court, la mise en œuvre d'impulsions créatrices ou réparatrices et la recherche de la cohésion nationale, en co-construction et sous le contrôle du Parlement, lequel retrouvera la plénitude de sa fonction. Les régions et les départements - fusionnés ? - dans la gestion des territoires et les questions économiques et sociales. Les communes, dans la gestion de la proximité, avec les moyens qui leur manquent aujourd'hui. Pourquoi ne pas imaginer une fiscalité elle aussi ascendante plutôt que celle d'aujourd'hui, aspirante et étouffante ? A l'heure où l'acceptation de l'impôt est devenue phobie fiscale, l'inversion rétablirait tout son sens...

Ainsi nous empêcherons que le fil se casse. Mieux encore, ce fil, nous avons la possibilité de le tisser. Avant qu'il ne rompe, c'est plus qu'une opportunité. C'est devenu un devoir.

 

Patrick HERTER

2 Février 2019

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