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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Les Français ne sont pas réfractaires aux marchés : ils réclament plus de maîtrise du risque !

Publié par Phert sur 6 Juin 2018, 07:57am

Catégories : #Economie

Combien de temps faudra-t-il le répéter ? C'est pourtant prouvé, plié et définitif ! Plus l'ombre d'un doute. Pas une semaine sans que la presse nous le répète : les Français, dès qu'il s'agit d'épargne, sont réfractaires aux risques. Point final.

 

L'enquête d'opinion réalisée par Odoxa pour le quotidien "Les Echos" et le courtier en ligne "Linxea", ne fait que confirmer ce que nous savons tous : les Français privilégient avant tout - pour 55% d'entre eux - la sécurité et pour 15% seulement, la performance. Besoin d'une preuve supplémentaire de cette aversion au risque ? Pour 70% des sondés, les placements "dynamiques" sont assimilés à "un risque de perdre ses économies", quand 29% les perçoivent comme une "opportunité". Encore besoin d'être convaincu ? 71% des Français, s'ils avaient un peu d'argent à placer, choisiraient une solution sûre, quitte "à avoir un taux d'intérêt assez faible", contre 28% qui rechercheraient un placement "un peu plus risqué..." - n'exagérons pas - "...mais avec un meilleur rendement".

 

Voilà, la messe est dite. Politiques, rangez vos projets de loi censés encourager l'investissement productif et le financement des entreprises : naïveté confondante. Financiers, renoncez à vos procédures d'agrément par les autorités de tutelle de nouvelles solutions financières : efforts inutiles. Réseaux bancaires, courtiers d'assurance, CGP, relâchez-vous et oubliez vos arguments commerciaux : ambitions illusoires. Car rien ne changera jamais. Les épargnants français sont porteurs d'un gène rédhibitoire - la peur des risques financiers, et il n'y a rien à y faire : c'est une exception culturelle. Une gauloiserie. Conséquence : l'épargne dort, et aucun prince charmant ne la réveillera jamais. Tout au plus peut-on ouvrir des cours de rattrapage en économie, si l'on en croit les milieux autorisés. C'est dire...

 

Le constat semble définitif, mais est-il fondé ? Pas autant qu'on le croit, car la réalité est plus subtile et, sur ce sujet comme dans tant d'autres, l'arbre cache la forêt...

 

Beaucoup de Français prennent des risques, parfois même insensés...

 

Le profil d'épargnant des Français dessiné par ces enquêtes d'opinion décrit un investisseur timoré, excessivement prudent, fuyant le moindre risque, conservateur obsessionnel... Le Français serait donc latin au coeur et nordique au portefeuille. Vraiment ?

 

Une réflexion de méthode d'abord. De quels Français nous parle-t-on ? Prenons la dernière enquête déjà citée : l'échantillon des Français interrogés est "représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. En clair, tous les Français, qu'ils soient ou non épargnants, qu'ils aient ou non les moyens d'épargner sont interrogés via cet échantillon représentatif. Les Français allergiques au risque sont donc, "tous les Français". Un peu simple. En tenant compte de l'état calamiteux de notre pays en ce qui concerne l'emploi et le pouvoir d'achat, comparé aux autres pays développés, difficile en effet de penser un Français au chômage ou en précarité financière se projeter sur un "placement à risque" s'il avait de l'argent ! Or ces Français représentent une proportion plus importante de la population qu'ailleurs... D'autant plus si on ajoute tous ceux qui s'angoissent de se retrouver dans cette situation, et perçoivent la difficulté comme s'ils y étaient déjà : ils sont proportionnellement plus nombreux en France qu'ailleurs. Pas de gestion "en père de famille" pour eux : pas d'autre placements financiers possibles, tout simplement, que les livrets, les fonds euro... Cela pèse sur la statistique !

 

Une observation ensuite : les Français ne semblent pas si timorés en matière de placements et sont même prêts, parfois, à de grandes prises de risques. J'en veux pour illustration l'hypnose immobilière qui pousse des millions d'entre eux à s'endetter pour des décennies. Pour quoi ? L'acquisition d'un toit au prix fort - au regard de leurs capacités financières - lequel ne permettra pas de loger confortablement leur famille, si elle s'agrandit, et les obligera à prendre à chaque étape de la vie plus de risque encore en le remplaçant par plus grand, plus cher encore alors que leur emploi n'est généralement pas assuré. Une stratégie à haut risque qui coûte aux Français une part considérable de leur revenu disponible (20% en global mais beaucoup plus pour les ménages les plus fragiles), réduit à zéro leur capacité d'épargne et rend impossible sa diversification - pourtant essentielle. Une stratégie qui existait avant même l'environnement des "taux bas - toit cher" et dont l'efficacité repose en réalité sur le pari d'une bulle immobilière éternelle leur permettant de vendre toujours plus cher leur logement précédent en apport du suivant alors que le retournement du marché - inéluctable un jour ou l'autre - et la hausse des taux d'intérêt - actée - sortiront bon nombre d'entre eux du cercle vertueux dont lequel ils croient s'être engagés pour la vie...

 

Une question, alors : si, effectivement, beaucoup de Français sont capables de prendre des risques avec leur épargne, pourquoi rechignent-ils à le faire dans la durée sur les marchés financiers ?

 

Les Français seraient prêts à prendre des risques dans la durée sur les marchés financiers... S'ils étaient maîtrisés !

 

La question n'est pas de savoir si les Français sont capables de prendre des risques sur les marchés financiers, puisqu'ils les prennent périodiquement, mais pourquoi ils n'y restent pas. La réponse est assez évidente...

 

Fin 2008 par exemple, au plus profond de la crise financière qui a entraîné les marchés dans le krach, 13,8% Français de plus de 15 ans détenaient encore des actions en direct, 12,4% un PEA, 9,2% des placements collectifs (Sicav et FCP), 6% une assurance-vie en unités de comptes. Ils n'étaient plus respectivement que 6% (actions), 6,6% (PEA), 5,2% (placements collectifs) et... 10% en unités de compte en mars 2016 (Sondage Kandar TNS pour "Les Echos" - mars 2017).

 

Pourquoi étaient si nombreux en 2008 et si peu nombreux en 2016 ? D'évidence attirés par la (très) bonne tenue des marchés de 2003 à 2007, les Français ont été séduits par leurs performances et sont rentrés en bourse avant de subir l'effondrement des places boursières, quand la crise est arrivée. Avec un double effet : une baisse de la valeur des actifs exposés relativement à leur patrimoine et un arbitrage de repli des positions exposées vers des positions sécurisées. Cet épisode démontre-t-il l'aversion au risque des Français ? Non. Plutôt l'aversion à la catastrophe qu'il implique inéluctablement lorsque ce risque n'est pas maîtrisé. Cet épisode illustre un extraordinaire malentendu.

 

Les Français sont avec la finance de marché comme ils sont avec la politique. Ils sont intéressés par l'une comme par l'autre, mais doutent de la capacité des financiers, comme des politiques, d'agir dans leur intérêt en maîtrisant les risques, en assurant leur avenir. Périodiquement, comme ils vont voter, les Français prennent leur part de risques sur les marchés. Avant, trop souvent, de déchanter. Cela est-il une fatalité ? Certainement pas. La preuve ? apportez de la maîtrise de risque dans la gestion de l'épargne financière, et les Français tiendront leurs positions durablement. Une illustration ? La voici, et elle est édifiante...

 

Concepteur d'une technologie de maîtrise de risque sur les marchés Futures dans les années 90 appliquée aux placements collectifs (OPCVM en bourse, UC en assurance vie, FCPE en épargne salariale) dans les années 2000, j'avais lancé en 2005 l'ancêtre des robo-advisor avec ma société de l'époque, FINANCIERE ROCHE NOIRE. Un courtier en ligne l'avait découvert dans la presse. Un partenariat s'était noué. Il dura 7 ans, entre 2006 et 2012. Pendant la crise boursière de 2007-2008, les clients de ce courtier exposés aux risques de marché recevaient de leur courtier nos informations qualifiés sur les UC à leur disposition. Ces informations ont contribué à la maîtrise de leurs risques d'investisseurs et à la préservation de leurs actifs dans les pires moments (2007-2008). Conséquence : jamais la part d'UC n'a baissé dans ces contrats - une exception dans le paysage de l'assurance vie des années noires. Ce courtier s'appelait... LINXEA.

 

Patrick HERTER

6 Juin 2018

 

 

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