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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Bienvenue à LA LA LAND...

Publié par Phert sur 8 Mars 2018, 17:55pm

Catégories : #Sujets de société

C'est un fait avéré : tout a commencé à cause de l'embouteillage. Chacune de ces voitures était partie d'un point unique pour se rendre à un autre point unique. Chacune pour soi, et rien pour les autres. Sauf que dans l'accomplissement de leur liberté quadrocentrique de circuler, ces milliers de voitures ont fini par se rejoindre sur la grande voie périphérique et par se suivre, de plus en plus nombreuses, au rythme routinier qu'elles avaient composé par inadvertance. Des files se sont d'abord constituées, chacune à sa vitesse, chaque voiture dans son groupe - je ne veux voir qu'un toit, mais le nombre de véhicules n'ayant jamais cessé de progresser, le flux est vite devenu discontinu et les voitures ont composé une toute autre partition - celle de l'accordéon. Les voitures ont zigzagué en passant d'une file à l'autre, les vitesses se sont déréglées sous la contrainte du trafic et les fausses notes multipliées : décélération... freinage... arrêt. Démarrage... accélération... freinage... Arrêt. Fatalement, ces milliers de voitures se sont retrouvées immobiles, les unes derrières les autres, en files indiennes sur quatre voies, inertes sur ce bitume où elles n'avaient rien à faire. Pas de place pour le calumet de la paix...

A présent, elles sont toutes là. Les moches, les belles, les clinquantes, les insignifiantes, les nationales, les étrangères, les sportives, les bricolées, les fumantes et les climatisées. Elles sont tantôt blanches, tantôt jaunes, rouges ou noires, ou mauves, ou bleues. Toutes là, ensemble, à s'entasser sans se toucher : surtout ne pas se toucher pour ne pas provoquer l'émeute. Dans chaque voiture, on entend des musiques différentes : classique, jazz, rock, disco, funk... On y retrouve les êtres humains et leurs énervements. On les engueule, les autres. On la déteste, cette route. On s'exaspère, d'y être. Et ce temps qui file en nous narguant ! Un regard de travers, et c'est la glace qui fond, l'injure qu'on marmonne et qui saute d'un véhicule à l'autre, les mains qui se crispent sur le volant inutile. L'envie d'en découdre. Et puis...

La femme en robe jaune s'est mise à chanter dans son habitacle, comme d'autres, mais elle a ouvert sa portière, s'est libérée de sa ceinture, est sortie de sa caisse et s'est mise à danser. Quelle mouche l'a donc piquée, cette abeille dont on ne sait rien et dont on se fiche de savoir si elle a un casier, si elle est "bien de chez nous", si elle prie, si elle rêve : un coup de chaud, un coup de folie ? Une inspiration plutôt, ou un rayon de soleil, cette petite étincelle qui change tout l'air de rien et disparaît dans le feu d'artifice, sans se la ramener... Son voisin l'a suivie.

A deux, puis à trois, ils ont bientôt été des dizaines à chanter et danser sur la bretelle d'autoroute relâchée qui n'avait plus de comptes à rendre. Les voitures sont devenues strapontins, estrades ou courtes-échelles, et les hommes et les femmes, de toutes origines, conditions styles et destinées se sont entremêlés dans cette fête impromptue où chacun participait et qui fabriquait, à haute dose, une euphorie virale, collective, sans tête d'affiche ni chef d'orchestre, capable de transformer le béton en salle de bal et les individus stressés en humanité libérée. Jusqu'à l'apothéose finale. Alors, les humains sont rentrés dans leurs caisses et, seulement quand toutes ensembles les portières ont claqué, que la musique s'est arrêtée, le titre du film est apparu : LA LA LAND.

Savez-vous que "la la land" - titre du film et autre nom du quartier de Hollywood est aussi une expression qui signifie "déconnecté de la réalité" selon le dictionnaire américain Merriam-Webster ? C'est bien vu. La symbolique de la scène introductive qui me fait irrésistiblement penser à notre société, c'est que la réalité peut positivement surprendre, même dans le pire des embouteillages.

 

Le film qui suit cette scène est plus romancé...

 

Patrick HERTER

8 Mars 2018

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