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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Ce que j'avais à dire à la Fondation ABBE PIERRE : épisode 2...

Publié par Phert sur 2 Février 2018, 10:49am

Catégories : #Politique

Le 30 janvier dernier, la Fondation Abbé Pierre a organisé, comme chaque année à la même époque, une journée d'informations et d'échanges à l'occasion de la publication de son 23ème rapport annuel sur le mal-logement. Une nouvelle fois présent j'ai essayé, comme l'an dernier, d'intervenir depuis la salle. Comme l'an dernier, je n'ai pas pu parler : j'étais le 8 à l'époque, et le numéro 2 qui s'était rangé derrière moi cette fois-ci ayant déjà servi, d'autres participants se sont exprimés. Tant mieux pour eux, tant pis pour moi. Me reste à écrire, comme l'an dernier, ce que je n'ai pas pu dire...

 

Bonjour à tous.

 

Le plaisir de se retrouver chaque année se mêle au sentiment d'exaspération et de honte de devoir le faire dans de telles circonstances, dans de telles proportions. Nous sommes 2000 dans la salle, et nous voici au 23ème rapport annuel. 23ème rapport sur l'état du mal-logement ! Comme de nombreuses associations de terrain, la Fondation Abbé Pierre est une rustine. Une rustine de cette République d'humanité et de fraternité que nous voyons trop souvent s'affaiblir, reculer, disparaître aussi. Ainsi, chaque année, cette rustine - pourtant née d'un sentiment d'urgence et dont la vocation est sa propre disparition par inutilité - grandit-elle. Jusqu'à quand le pourra-t-elle si le bateau qu'elle contribue à maintenir à flot et qui nous transporte tous, riches et pauvres, finit par se renverser ?

 

Nous en sommes au 23ème rapport et notre riche pays modèle a, encore, 4 millions de mal logés et 12 millions de personnes en situation de fragilité. 16 millions d'entre nous en précarité. Comment être "je" sans toit ?

 

La réalité, c'est que la Fondation Abbé Pierre doit combattre sur deux fronts : l'un qu'elle a choisi - la détresse et l'autre qu'elle subit - les gouvernements. Un dilemme terrible : faire pression sur des pouvoirs en déficit d'humanité et de conscience pour qu'ils fassent ce qui devrait être une priorité nationale absolue, tout en évitant de se les mettre à dos puisque sans eux, rien ne sera possible. Un exercice de haute volée dont on comprend bien la difficulté pour des dirigeants nourris de convictions et de révoltes. La matinée nous en donne, comme chaque année, une complète représentation. L'élection présidentielle de 2017 n'a, à cet égard, rien changé.

 

C'est parce que j'ai conscience de ce dilemme que, du plus bas de cette salle, participant sans responsabilité, citoyen sans limite, politique sans mandat, je crois qu'il est de mon devoir de me servir de ma liberté de parole et de ton pour mettre en garde les pouvoirs politiques. C'est justement parce qu'il n'y a pas de fatalité à la misère que votre responsabilité est engagée. Cela suffit ! La politique du logement est depuis des décennies la cabane montée au fond du jardin d'une politique immobilière qui permet à ceux qui ont déjà d'avoir - souvent non sans mal ni sans risques - plus et mieux, en façade sur la rue. La logique économique de ce marché-aquarium faiseur de bulles répond aux intérêts particuliers et à l'équilibre financier de groupes immobiliers et bancaires plutôt qu'à l'intérêt général du logement décent pour tous. Cette défaillance politique est inacceptable car elle nourrit l'horreur sociale. Elle est suicidaire puisque cette horreur sociale nourrit la désintégration du lien collectif. Et les pires tentations politiques.

 

D'où ma question, qui n'a pas changé depuis l'année dernière : nous sommes réunis sous le regard d'un Abbé qui fut résistant et député. Vous êtes des résistants. Pourquoi ne pas devenir demain des députés, des gouvernants, si c'est le seul moyen de rendre la Fondation Abbé Pierre enfin inutile en accomplissant sa mission ultime ?

 

Il est encore temps d'empêcher qu'existent pendant des décennies d'autres rapports annuels sur l'état du mal-logement en France. Le plaisir de se retrouver n'en sera que plus réjouissant...

 

Patrick HERTER

Le 2 février 2018

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