Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Vers l'investissement productif, pour le meilleur ou pour le pire ?

Publié par Phert sur 26 Janvier 2018, 08:06am

Catégories : #Economie

Transformer la volonté de la majorité politique en actes sur le terrain économique pour doter en fonds propres les TPE-PME-ETI : tel était l'objectif du "Grand rendez-vous de l'investissement productif" organisé à l'Assemblée nationale, le 22 janvier dernier, à l'initiative des députés LaRem. Sur l'estrade de la salle Victor Hugo, (presque) tous ceux qui comptent dans les métiers, de la conception à la distribution de produits et de conseils financiers : assureurs, banquiers, sociétés de gestion, sociétés d'investissements non cotés, CGP... Avec en prime les interventions du Premier ministre, du ministre de l'Economie, du Gouverneur de la Banque de France, du Président de l'Autorité des Marchés Financiers et de plusieurs députés-modérateurs. Sur scène pour accompagner cet aéropage prestigieux, deux entrepreneurs et le président d'une association d'épargnants en Assurance vie. Quels constats dresser de l'événement ?

 

Une autre façon de faire de la politique

 

C'est une réussite : les nouveaux députés LaREM apportent un enthousiasme, un pragmatisme, un volontarisme, une humilité qui font un bien fou. Très loin de l'exercice consistant à faire leur auto-promotion en célébrant la loi qu'ils ont portée jusqu'à la mousse, les initiateurs de l'événement ont souligné la limite de leur rôle, plus contributif qu'omnipotent. En ouvrant le champs du possible législatif, les députés appellent à présent les professionnels à se saisir du cadre pour agir. Sans ces derniers, rien ne sera utile. Le texte voté n'est pas une fin en soi : c'est un moyen. Reste que cet état d'esprit ne garantit pas la mobilisation générale des acteurs de l'industrie financières, même s'il encourage l'adhésion par reconnaissance - question d'égo - de la modestie des autres ou de l'importance de soi-même...

 

L'industrie financière traditionnelle en ordre dispersée

 

De mobilisation générale de l'industrie financière, il n'y eut pas. Si le non-coté a répondu à l'appel, que les assureurs ont, par nature et intérêt, "assuré", les banquiers sont apparus en retrait...

 

Le non-coté était omniprésent toute la matinée. Il a répondu à l'appel. Avec 9 intervenants sur 17, il était même sur-représenté dans les trois tables rondes organisées. Une situation à première vue logique puisque l'investissement productif concerne tout particulièrement les TPE-PME-ETI - les entreprises non cotées. La dynamique de placement de l'épargne doit, in fine, nourrir les fonds propres de ces entreprises. Pour y parvenir, sauf à cloisonner le marché, il faudra mobiliser l'épargne des Français laquelle nourrira - oserai-je écrire "par ruissellement" ? - la part de cette épargne dédiée au non-coté, directement pour les épargnants les plus avertis, indirectement via les acteurs de l'industrie financière. Mais ces derniers sont-ils tous partants ? Visiblement, non.

 

Si les assureurs, de plus en plus impliqués dans l'investissement non-coté, ont également répondu à l'appel, c'est d'abord parce que celui-ci s'inscrit dans le temps long, dans le temps de l'assurance. L'intérêt y est naturel. Reste la question, fondamentale, de la sortie : les marchés financiers n'apportent pas une grande garantie de soutien aux entreprises qui d'y exposent et doivent subir - comme les épargnants, j'y reviendrai - des fluctuations de cours, sans lien avec leur évolution réelle, qui ont de grandes incidences comptable, bancaire, financière, commerciale. Les entreprises sont de moins en moins nombreuses attirées par la cotation. Comment construire le chemin de l'investissement non coté jusqu'à une cotation plus adaptée à la réalité de l'entreprise, et/ou comment organiser l'alternative pour répondre à ce dysfonctionnement ? Le débat doit s'ouvrir rapidement...

 

Les banques de réseaux sont apparues, quant à elles, très loin du sujet. A peine concernées, voire carrément hors sujet si l'on devait juger leur implication à l'aune du discours du seul responsable bancaire entendu, poussant "un coup de gueule" (dixit) pour défendre le système bancaire en positionnant maladroitement au front ses 370 000 collaborateurs (?) et affirmant avec une amnésie confondante que "quand un risque est bien géré, il est mutualisé" - les victimes des subprimes que nous sommes tous apprécieront... Cette sortie fracassante est-elle si surprenante ? Les banques sont, dans leur configuration actuelle, en grand danger, menacée d'obsolescence programmée par l'irruption d'un monde radicalement différent de celui qui leur a permis de grossir démesurément jusqu'au "too big to fail" - formule aujourd'hui en voie d'être périmée. D'où leur crispation légitime. Difficile pour elles de se transformer. Les agences commencent à fermer. Les 370 000 collaborateurs ont du souci à se faire : ils sont effectivement tout devant, au bord de la falaise...

 

Au final, une industrie financière en ordre dispersée. Et deux absences remarquées : l'économie financière disruptive, censée représenter justement le "nouveau monde". Et les épargnants. Où étaient-ils ?

 

L'innovation absente du débat, comme l'épargnant

 

Un être est présent, et tout est dépeuplé. C'est un peu le résumé de la matinée à l'Assemblée, avec pour seul représentant de l'innovation le responsable d'un (excellent) robo-advisor - adossé à une banque. Et comme représentant des épargnants le responsable d'une (puissante) association d'épargnants - adossée à l'assurance. Mieux que rien, mais un peu court pour traiter des épargnants, de l'épargne longue et du risque de marché dans un environnement en mutation.

 

Si l'épargne était sur toutes les lèvres, l'épargnant n'était pas réellement présent à l'Assemblée. Ou plutôt, s'il y était - hors de 5 minutes d'interventions du responsable de l'association - il y était stéréotypé : alors toutes les statistiques et les enquêtes montrent que l'épargnant est méfiant à l'égard de l'intermédiation et des marchés, réticent au risque et, préoccupé par la pérennité de ses capacités financières, peu enclin à immobiliser son capital hors de l'immobilier, les intervenants ont évoqué : son besoin d'histoire - "racontez lui une histoire et il prendra du risque" (sic) ; la simplification des contraintes réglementaires - pour eux-mêmes ; le manque de fonds propres - pour les entreprises... Le ministre de l'Economie plaçant malgré tout cet épargnant éthéré "au coeur du dispositif" !

 

En réalité, la confusion règne : s'il s'agit de mobiliser l'épargne en faveur de l'investissement productif, de quel épargne s'agit-il : de celle qui est déjà mobilisée et dont il faudrait optimiser l'efficacité "productive" ou de celle qui ne l'est pas, et qu'il s'agirait de convaincre ? Dans le premier cas, tout est effectivement affaire de desserrement des contraintes réglementaires dans l'univers du non coté auprès d'épargnants déjà convaincus. Un sous-ensemble déjà constitué. Une niche d'excellence. Tout ça pour ça ? Dans le second cas, mieux vaudrait comprendre la réticence de l'épargnant à investir sur les marchés financiers et à transformer (une parti de) son investissement en fonds euros en UC exposées aux marchés financiers. Car ce n'est pas seulement un manque de culture financière qui explique cette réticence mais l'expérience - la baisse du nombre d'actionnaires l'illustre bien. C'est aussi et surtout le transfert du fort (acteurs institutionnels au temps long) au faible (épargnants au temps relativement court) des risques de marchés et l'absence de maîtrise de ces risques, malgré les progrès réalisées en flexibilité par les sociétés de gestion ces dix dernières années.

 

Tous ces sujets sont traités par l'environnement technologique. Or cet environnement  était étrangement absent le 22 janvier à l'Assemblée...

 

Cet environnement technologique ne peut se résumer au seul profilage patrimonial et financier - aussi pertinent soit-il, de l'épargnant, bien présenté par le responsable du robo-advisor. La numérisation d'une pratique ancestrale de la gestion de patrimoine est une avancée technique et commerciale, mais elle n'est qu'un outil d'accompagnement, pas la solution. Avant le profilage, l'environnement technologique doit jouer un rôle considérable dans la connaissance des épargnants, de leurs besoins spécifiques, ainsi que dans la construction des solutions d'épargne adaptées à ces besoins. Il le fait déjà dans le parcours réglementaire dématérialisé. Nous pouvons aller bien plus loin avec le big data ! Par ailleurs, si la généralisation du profilage de l'épargnant au moment d'exposer (une partie de) son épargne aux marchés financiers est un pas nécessaire, une avancée, elle n'est pas suffisante sur le chemin de l'investissement productif car l'horloge patrimoniale n'est plus celle des marchés financiers depuis très longtemps. Des sociétés technologiques comme la mienne travaillent sur des solutions de maîtrise de risque des marchés permettant à l'épargnant de s'affranchir des catastrophes sans renoncer à la performance : ces solutions pourraient contribuer fortement au basculement d'une partie de l'épargne des Français, improductives aujourd'hui, vers le financement, direct ou indirect, de nos entreprises. Pourquoi ces acteurs disruptifs n'étaient-ils pas partie prenante de l'événement ? Peut-être parce qu'ils sont trop disruptifs... Comme ce monde qui ne nous attendra pas !

 

Une initiative politique indispensable mais des limites inquiétantes

 

L'initiative politique était forte, la volonté manifeste, l'ambition élevée, la salle emplie de compétences. Que pouvons-nous retenir de cette matinée ? L'essentiel : la porte est ouverte. L'inquiétude : la maison est encore trop conformiste et des sujets déterminants, et des acteurs de demain décisifs, sont restés dehors. Prenons garde de ne pas créer un de ces gigantesques malentendus dont l'industrie financière et les pouvoirs publics sont coutumiers : celui qui consiste à attirer des épargnants sur les marchés au moment où les marchés sont attractifs, à privilégier l'emballage au contenu des solutions mises en vitrines et en campagne, à négliger la maîtrise du risque. In fine, à faire une nouvelle fois payer aux épargnants le prix du prochain krach. Le choc sera, une nouvelle fois terrible. Et l'investissement productif aura été de courte durée...

 

Patrick HERTER

25 Janvier 2018

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents