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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Le requiem de l'imparfait ?

Publié par Phert sur 11 Décembre 2017, 12:00pm

Catégories : #Sujets de société

La perfection, sinon rien. La pression est immense. Un seul acte, un seul mot, une seule pensée, une seule photo de nous, un seul écart peut nous condamner à l'ignominie. Une seule erreur, à l'autre bout d'une vie, même enfouie dans l'humus du temps qui passe et c'est le scandale assuré, et la chute tout au bout. C'est acquis. Nous sommes tous prévenus. Jeunes qui avaient fait des réseaux sociaux votre jardin secret, tremblez avant même que d'être, car poussent avec les roses leurs épines ! Que celui qui n'a pas encore été dénoncé se prépare : son tour viendra. Une question de temps...

 

Après tout, qu'est-ce, un innocent ? Un coupable oublié, bientôt en pleine lumière ; un coupable en sursis de lui-même. Un ambitieux ? Un suicidaire, sitôt remarqué, sitôt dénoncé, ou au-dessus duquel planera toujours la menace du scandale, réel ou soupçonné. Cette époque est devenue si intolérante à la faiblesse humaine, tellement impatiente de condamner, qu'elle se passe de sa Justice exsangue, si lente et imparfaite lorsqu'elle s'efforce, tant bien que mal, de placer face à face une accusation et une défense... Quand il suffit de pointer du doigt et partager pour obtenir vengeance, démollir le concurrent, l'opposant, ou renverser celui qui pourrait faire de l'ombre.

 

L'époque devient intolérante, certes, mais comment faire comprendre le terrible de ce qu'elle annonce si nous n'y prenons garde, de cette terreur qu'engendrera ce Moloch jamais rassasié par les sacrifices d'enfants ? Comment être audible sans passer pour un complice de tous les maux de l'humanité, sans porter soi-même la honte que nous inspirent ses fautes, ses crimes, et toutes ses impunités ? Cette chasse à l'humain, cette boîte de Pandore, est ouverte à tous les vents. Ce jugement dernier qui offre si peu de places est si brutal qu'on ne sait pas comment le contredire, le contenir. Déjà, on annonce avec l'arrivée des robots l'avènement d'une nouvelle humanité, triomphante, se rapprochant de la perfection par substitution. Est-ce cela le modèle ?

 

J'en étais là de mes réflexions lorsque Johnny est mort. L'hommage qui a suivi, le jour entier sur toutes les chaînes, et plus encore l'hommage populaire, à la fois gigantesque et intime, dansant, chantant, pleurant, bruyant dans la musique et silencieux dans le recueillement, a replacé au centre de l'actualité un être humain. Pas n'importe qui : l'incarnation de l'idéal et de la cabosse, de la fabrication éblouissante d'une carrière et de sa défonce, de l'excès du meilleur comme du pire. Un annuaire entier de fautes, de délits - de vitesse ou de fiscalité, de photos volées, de maladresses, d'infidélités, de faillites et de réussites... Célébré comme un dictionnaire d'académicien. L'énorme émotion a secoué la plupart d'entre nous : s'agissait-il de l'enterrement de l'époque qui trépassait avec lui, ou de l'homme lui-même, cet imparfait bientôt interrompu ?

 

Philippe LABRO, au cours de son intervention à l'église de La Madeleine, nous a donné la réponse en évoquant son parcours. Ce parcours chaotique qui, mille fois, aurait du finir en (auto)destruction, s'est terminé en construction. Il est devenu édifiant. "Qui était-il ?" s'interroge Philippe LABRO, cet homme "réservé, timide, humble et modeste" métamorphosé "en monstre de scène" ? Citant Nietzsche évoquant l'homme, "Cette corde tendue au-dessus d'un abîme", Philippe LABRO nous donne une clé : "Il est resté le même", tout en ajoutant qu'ayant "résisté au danger de (la) gloire dévoyée, il s'est construit", tout particulièrement cette voix qui ne cessait d'être plus forte et chaude à mesure qu'il se "cassait la gueule" et surmontait ses chutes...

 

Alors, nous dit Philippe LABRO, c'est le moment où la grâce est possible, et Laetita, dit-il, est celle qui l'aide à "apprendre à s'aimer", à "être un père, lui qui n'en n'avait pas eu". Il gagne "la paix, l'équilibre, et ce point d'équilibre". Il reçoit de sa curiosité aux autres et leur donne sa "gentillesse", son "énergie", sa "bienveillance", sa "faculté de pardon". Il trouve grâce, jusque dans sa confrontation ultime, face à la mort, dans le combat - avec "ce corps de colosse", même "diminué", dans le courage, la résistance.

 

Philippe LABRO conclut sur la phrase finale d'un film de Robert BRESSON : "Quel drôle de chemin il a fallu prendre pour parvenir jusqu'à toi". Cette phrase s'adresse à nous tous.

 

Quel drôle de chemin il faut prendre pour parvenir jusqu'à nous...

 

Patrick HERTER

11 Décembre 2017

 

 

 

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