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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Le totalitarisme économique : une certaine idée de l'homme, de l'entreprise et du monde...

Publié par Phert sur 30 Octobre 2017, 14:18pm

Catégories : #Sujets de société

La scène est culte : submergé d'émotion, dans l'extase de sa puissance et la jouissance de son pouvoir - lesquels l'ont littéralement fait monter aux rideaux, l'homme s'approche avec appétit du globe terrestre placé au centre de son immense bureau. Plus rien ne s'opposant à son rêve, il s'en saisit avec délicatesse. "Empereur du monde ! Mon monde !" s'écrit le dictateur euphorique qui compose alors, en lançant en l'air la planète, la reprenant, la relançant, un pas de danse, un coup de botte, un coup de tête, un coup de fesses : un ballet enfantin, léger et délirant... Jusqu'à son éclatement sous la pression de ses bras avides (Le dictateur - Charlie CHAPLIN - 1940 : la scène du globe).

 

Créé pour dénoncer la folie d'un homme, Hitler, dans une Amérique encore neutre, "Le dictateur" est bien plus qu'un message, daté, adressé à un monde entrainé dans la bascule de la guerre et de l'horreur nazies. C'est une œuvre universelle, intemporelle, qui nous dit le totalitarisme, la mégalomanie d'un chef, la complaisance d'une cour, l'aveuglement des élites, la collusion des puissants, la folie de masse, l'hystérie de la domination, la soif de pouvoir sans partage, la rage de réussir sans limite ni conscience, encore et encore plus... Et la souffrance du plus grand nombre, des simples, des justes - humains balayés par l'agressivité et la réussite obsessionnelles.

 

Ce message ne se limite pas à la politique.

 

Cet opportunisme de la réussite, ce totalitarisme de groupe, cet aveuglement critique, cet enfermement de la conscience, cette obsession de la conquête, ce triomphe de l'égo, cette soumission à l'intérêt particulier, ce déni de l'intérêt général ou, au mieux, son instrumentalisation, la dénaturation des relations humaines, l'écrasement de la personne, nous les voyons aussi actifs à notre époque, et pas seulement en politique. Dans la sphère économique et financière...

 

Là, certains gigantesques groupes industriels, technologiques ou financiers, ont pris la main sur leur(s) marché(s). A plusieurs en entente ou même seuls, parfois, plus puissants que les Etats eux-mêmes censés les contrôler - avec lesquels ils entretiennent des relations d'influence ou de complicité heureuses, ces monstres économiques vivent dans l'obsession de leurs propres intérêts ou développent leur propre vision globale, se jouant des contraintes législatives, réglementaires, fiscales, sociales qu'ils optimisent dans un monde ouvert à leur appétit, sans gouvernance pour les endiguer, très loin des enjeux planétaires qui nous préoccupent tant.

 

Ces groupes ne complotent pas : ils se développent. Ils ne s'occupent pas du monde : ils font des affaires. Comme n'importe quelle entreprise, direz-vous ? Certainement pas : leur taille leur permet de s'affranchir des contraintes qui pèsent sur les autres ; leur puissance pose un sérieux problème à un monde qu'ils ont la possibilité de dessiner à leurs mains, sans autre légitimité pour le faire que leur propre réussite et leur emprise économique... Sauf à considérer que la consommation vaut l'élection, en remplaçant l'adhésion au programme par l'acceptation de transmission des données personnelles et le bulletin de vote par l'achat...

 

Il y a un siècle, entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, les Etats-Unis avaient agi pour endiguer un groupe trop puissant, l'obligeant à éclater. C'était Standard Oil et la loi anti-trust (https://fr.wikipedia.org/wiki/Standard_Oil). Dix ans après la catastrophe des subprimes - dont nous n'avons pas fini payer l'addition - propagée à toute l'économie mondiale par des groupes "trop grands pour mourir" selon l'expression communément admises à l'époque, il serait plus que temps d'imaginer une loi anti-trust à l'échelle de la planète et d'agir en conscience pour éclater ces groupes "trop grands pour mourir", avant que notre planète n'éclate à la fin du bal, trop pressée par l'avidité de ces monstres économiques qu'on laisse prospérer sans s'indigner. Trop fragile pour survivre...

 

Si nous n'y prenons garde, si nous ne posons pas le cadre d'une gouvernance consciente des limites de toute entreprise humaine, risque de s'imposer, malgré nous, une vision de l'homme et du monde qui porte en germes un totalitarisme radicalement différent de la folie nazie mais tout aussi dangereux pour l'humanité.

 

Il y a urgence...

 

Patrick HERTER

30 Octobre 2017

 

 

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