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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Grande distribution : exercice d'admiration...

Publié par Phert sur 14 Octobre 2017, 11:03am

Catégories : #Economie

Le commerce pour l'économie, c'est comme le football pour le sport. Si le football se joue à 11 et à la fin c'est l'Allemagne qui gagne, le commerce se pratique à plusieurs et à la fin, c'est la grande distribution qui gagne... Passée maîtresse dans les arts de la négociation, du lobbying, de l'optimisation réglementaire, de la transmutation du fumier en or massif, de la jongle de chiffres à neuf zéros en lançant des centimes en l'air, de la fabrication de formules magiques - "têtes de gondole", "marges arrières", "défense du pouvoir d'achat"..., la grande distribution réussit l'exploit de contrôler des filières entières de productions, de capter le portefeuille de millions de consommateurs et d'user d'un immense pouvoir économique, social et politique avec la bénédiction d'élus de tous bords, subjugués par le charme des opérations foncières, financières et commerciales que leur installation fait pousser comme des champignons hallucinogènes. C'est la démocratie soldée en promos démarquées. C'est Moloch reconverti en épicier. C'est le joueur de flûte de grande surface. C'est le hangard dans la prairie... C'est la grande distribution ! (1)

 

Insaisissables comme des sociétés non cotées, habiles comme les fermiers généraux, imperturbables comme des banques - leurs complices en "aménagement" du territoire, toujours prêtes à rendre service à la collectivité en remplaçant avec leurs agences le petit commerce de centre-ville mort de l'invasion périphérique, les grandes enseignes de la distribution vivent discrètement dans leurs baronnies locales en se donnant un mal fou pour faire croire qu'elles font partie du peuple. A la manière des plus grands parcs de loisirs, il s'agit d'être dynamique toujours, et de cacher avec exubérance. La cape d'invisibilité y est pétaradante et multicolore avec un enfumage de rayons, linéaires, marques, sous-marques, marques propriétaires, couleurs, chiffres, images, promotions, animations, sons et lumières, avec des moins partout et l'addition aux caisses... Un feu d'artifices qui attire, avale et recrache, de l'entrée à la sortie, caddie plein, CB en poche, compte bancaire en rouge, les Eloïs (2) consommateurs subjugués par des Morlocks (2) commerçants ayant compris - à la différence de ceux du livre qui les dévoraient - qu'il fallait laisser repartir leurs victimes consentantes pour mieux les faire revenir à l'infini... Merci à toi, humble dirigeant commerçant si dévoué aux biens publics, levé tôt, couché tard, dérisoire Crésus dans tes vêtements de chef de rayon au pire ou de magasinier, au mieux, qui ne retrouve qu'à la nuit tombée ta petite voiture garée sur ton parking géant...

 

Il n'y a pas à minorer l'excellence et retenir l'impression : la grande distribution pratique un art du camouflage, de la combinaison, de l'influence et de la tyrannie heureuse qui fait d'elles la digne héritière des anciennes maisons de Florence, de Lombardie et de Flandre qui faisaient "hausser ou baisser le cours des denrées" (3) aux temps anciens... Tout en prêtant aux rois. Très loin de la zone industrielle, on y pratique, à la vitesse de l'argent, dans la discrétion des enclaves et l'épaisseur des moquettes lointaines, le recyclage des milliards récupérés en flux tendus avec des techniques d'optimisations fiscales et financières parmi les plus sophistiquées, à faire pâlir de jalousie un banquier au paradis ou un hedge fund en affaires. Des marchés aux marchés, il n'y a qu'un pas, inaccessible au commun des mortels, mais franchit allégrement par la grande distribution... Et le tout en vendant des petits pois ! Impressionnant. Chapeau l'artiste !

 

En plaçant les producteurs sous tutelle et les consommateurs sous curatelle, la grande distribution fait fortune en achetant aux pauvres et en vendant aux pauvres - pauvres qu'elle maintient en situation, pour les uns de produire, pour les autres de consommer, avec autant d'habileté que le démon passé maître dans l'art de maintenir l'âme des pécheurs dans l'éternité des flammes. Une sorte de planche à billets ex-nihilo à rendre jalouse les banques centrales. En résumé, l'activité idéale des temps modernes : le lieu où la vie est moins chère dans le pays où le pouvoir d'achat est plus faible. Une réponse adaptée à notre société de chômage de masse subventionnée. L'assistance pour les uns, la rente pour les autres.

 

Il suffisait d'y penser... La grande distribution l'a fait !

 

Patrick HERTER

14 Octobre 2017

 

(1) En style "Boloss" Hommage à Jean ROCHEFORT - RIP

(2) Cf. La Machine à explorer le temps - H.G. WELLS

(3) L'oeuvre au noir - Marguerite YOURCENAR

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