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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


L'enracinement n'est pas la souche : c'est l'arbre...

Publié par Phert sur 20 Septembre 2017, 08:10am

Le 24 Août, jour anniversaire de la mort de Simone WEILL en 1943 (https://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Weil), une citation de la philosophe a fait le tour des réseaux sociaux : "L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine". Et chacun de se l'approprier à l'aune de ses convictions pour y lire l'apologie de l'assimilation ou, à l'inverse, l'impossibilité de l'intégration... Une citation pas anodine à un moment de notre histoire où les terroristes islamistes et les mouvements identitaires exercent une pression si forte au coeur de notre pays en usant de violences et de confusions qu'ils nous font craindre le pire : l'embrasement qu'espèrent les deux extrémismes mortifères...

 

En réalité, la citation complète évite tout manichéisme : "L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir. Participation naturelle, c'est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l'entourage. Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie." (L'enracinement, Paris, Gallimard, 1949, p.45).

 

Ce que nous explique Simone WEILL, c'est que l'enracinement n'est pas seulement un inné mais un acquis. Qu'il n'est pas seulement un passé mais un avenir en construction. Que, si l'enracinement de l'individu se nourrit de ses origines, de son entourage, de son environnement, il n'existe que par la participation de l'individu à la collectivité. Que s'il porte des récits du passé, des principes capables de traverser des siècles, il n'est pas un bloc immuable, éternel, qui s'imposerait à tous, à la naissance ou à l'arrivée. L'enracinement est une composition, chargée de culture et d'histoire, d'une certaine façon de penser, de traditions, d'influences passées, qui se nourrit du présent pour grandir et de modernités - de "pressentiments d'avenir" comme l'écrit magnifiquement la philosophe...

 

Mais Simone WEILL va plus loin dans l'analyse. Elle nous explique que la racine de l'âme humaine est inspirée "naturellement" par son environnement. Plantez une graine d'arbre dans un parc ou dans un pot : vous n'aurez pas le même...

 

On comprend ainsi mieux l'actualité de débat : si rien n'interdit celui qui vient d'ailleurs de s'enraciner avec ce qu'il apporte de meilleur, de nourrir positivement notre enracinement collectif de son histoire personnelle, comment y parviendra-t-il sans s'intégrer réellement et naturellement dans un environnement - le nôtre - différent de sa propre histoire ? L'enracinement est impossible dans le communautarisme, dans le ghetto, dans l'apartheid, dans l'enfermement, dans le refus d'intégration et la volonté de destruction. Il est impossible dans une société d'exclusions et de rejets. Il est rendu possible par un double mouvement d'accueil de la collectivité et d'acceptation de l'individu aux règles fondamentales de l'environnement dans lequel il arrive et qu'il contribuera peut-être, dans l'avenir, à améliorer. Ce double mouvement engage la collectivité dans sa capacité à lutter contre l'isolement et l'exclusion de celui qui vient, à lui donner les moyens d'apprendre et d'apporter. Comme il engage celui qui vient dans sa volonté de s'associer et de contribuer positivement à la collectivité qu'il rejoint. Un contrat de confiance en deux parties qui ne peut être compris comme un blanc-seing sans limites : de la capacité d'accueil de la collectivité à la capacité d'intégration de l'individu, l'enracinement est un long chemin qu'il faut d'abord savoir tracer (pour la collectivité) et suivre (pour l'individu), avec attention et bienveillance de part et d'autre...

 

L'arbre pousse grâce à ses multiples racines - des plus vieilles au plus récentes, avec leurs différences, et rien n'est plus faux que d'évoquer une souche lorsque l'on parle d'un enracinement vivant, actif, dynamique, et d'un arbre vivant. Il faudrait vite en prendre conscience !

 

Patrick HERTER

20/09/2017

 

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