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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Esprit des Institutions, es-tu là ?

Publié par Phert sur 9 Août 2017, 07:39am

Catégories : #Politique

 

On avait raison d'y croire : la table aurait dû bouger. Elle aurait dû taper du pied. Résolument. D'un coup net. Après tant d'années d'efforts improductifs, après tant de réunions tenues chaque jeudi soir depuis trois quinquennats, en arrière salle d'un bistrot sordide tenu par un Constitutionnaliste désespéré : la table aurait dû bouger.

 

- "Savez-vous combien de fois LA constitution de la Vème République a été modifiée ?" nous a demandé ce soir-là, avachi derrière son comptoir, notre hôte désemparé. "24 fois ! Et je ne vous parle même pas des lois censées changer la pratique politique, à défaut de vouloir faire progresser ses pratiquants... Il n'y a plus d'êtres humains, ni d'esprit des lettres : il n'y a que des articles et des alinéas... Vous vous rendez compte ? Elle n'a plus aucune harmonie ni authenticité, "notre" Constitution ! Comme le visage défiguré de celui qui, ayant subi autant d'opérations de ravalement, ne parvient plus à maintenir qui il était mais, bien au contraire, s'éloigne de lui-même et perd la familiarité qu'en avaient ses proches, notre Constitution a la peau qui tire et le trait qui s'efface. Son écriture contorsionniste, en retouches successives tirées de tous les côtés pour faire plus lisse ou répondre à l'enjeu de l'instant, lui a fait perdre sa qualité première : sa capacité à dire le principe et laisser faire l'acte qui s'en inspire. Elle s'est éloignée d'elle-même dans l'enchaînement des charcutages opportuns, et ne se réduit plus qu'à son nom, comme une habitude : "Constitution de la Vème République". Nous l'avons perdue depuis longtemps..."

 

Un éclat de colère dans les yeux, main levée, doigt pointé, notre hôte a ajouté en se tenant droit comme un comédien sur scène ou un procureur au Tribunal, mais plus proche dans le phrasé de Michel Audiard que de George Vedel :

- "Ils en ont fait ce qu'ils en ont voulu, les Courges, de la Constitution. De la rondelle fine, au gré  des intérêts particuliers, à petits coups de bistouris, avec cet air de petits choses piétinant insouciants les plats-de-bande de Le Nôtre. Ils ont fait de Marie La Vertu une prostituée d'escale, de Notre-Dame-de-la-Charité un lupanar. A présent, ils s'y rendent sans même s'essuyer les pieds avant d'entrer, pour faire leur coup en passant. Ils la mettent en position qui les arrange, la dénaturent, la saccagent, et repartent avec la fierté des héritiers sortis du casino. Ils osent après cela s'étonner que le pays se détourne et se dérobe !? En réalité, ils ont perdu le respect dû à l'esprit. Ils ont perdu la boussole et le sens du vent, bafoué les principes fondamentaux... Mais veulent toujours nous donner le cap, les sots ! Un carnage juridique et politique dont il ne sortira rien de bon... Si nous ne retrouvons pas rapidement l'esprit des Institutions !".

 

Nous nous sommes regardés, l'air un peu minable dans les vapeurs de déception. Je ne sais même pas qui a parlé le premier : "On peut pas laisser le pays tomber. Il faut y retourner !". Alors on a fini nos verres pour repartir dans l'arrière salle en titubant. Notre bataillon d'estropiés s'est accroché au dossier des chaises comme il l'a pu. Chacun s'est assis à sa place autour du guéridon. Flottait aux alentours des têtes qui tournaient à défaut de la table comme une désespérance joyeuse, une détermination sans limite. On a attendu qu'elle s'estompe pour se relier les mains. "Esprit des Institutions, es-tu là ?"

 

Il me semble avoir entendu un bruit...

 

Patrick HERTER

10 Août 2017

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