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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Il y a des hauts et des bas d'idées...

Publié par Phert sur 19 Août 2017, 10:24am

Je ne sais pour vous mais pour moi si, dans les idées, il y a des hauts et des bas, dans les débats d'idées, il y a souvent des bas...

 

Voyez notre société médiatique, si décriée, en particulier sur les sujets politiques : c'est vrai qu'elle ne médiatise plus le politique. Elle médiatise le média. Je ne sais pas si cela vous frappe comme moi, mais force est de constater que le commentaire a pris l'ascendant sur l'action politique...

 

A une époque très lointaine, du temps des médias d'Etat, le journaliste était le faire-valoir du politique : aux ordres, il servait dans l'assiette - menu unique, le micro et l'audience à l'invité, son véritable patron. Il n'y avait ni haut ni bas : il n'y avait pas débat. Avec la libéralisation des médias, les assiettes à la carte ou les plateaux se sont ouverts aux courants contraires, à la houle croisée, aux vents tournants : les politiques débattaient, parfois à plusieurs, et le débat était animé par un journaliste. Le format a ensuite évolué tranquillement : d'abord animateur, le journaliste est devenu arbitre, progressivement, pour porter la contradiction lorsque les politiques se sont mis à refuser de débattre entre eux - trop dangereux pour la carrière. Sans doute pour l'occuper, l'espace du plateau s'est alors empli de journalistes pour interroger le politique : déjà plus d'algues et de glaces que de fruits de mer, sur le plateau politique... C'est ensuite que les choses ont basculé : les journalistes ont fini par se passer des politiques pour parler de politique.*

 

Bien entendu, entendre des journalistes commentateurs professionnels de la politique parler de politique n'a rien de choquant. C'est leur métier me direz-vous. Vous me direz aussi que les politiques ayant eux-mêmes abandonné la politique au profit de la xyloglossie (de xylon=bois et glossa=langue, la xyloglossie est la langue de bois...), ne pas les inviter permettait certainement de délier les langues. N'empêche. L'air de rien sans les petits choses, la politique s'est estompée doublement : du fait des politiques qui n'en font plus ni de la politique ni des plateaux, et du fait des médias. Car le métier de commentateur, c'est de commenter. S'il n'y a plus de politique, reste son commentaire et le commentaire du commentaire... A l'entre soi des politiques fait face aujourd'hui - avec toute sa surface médiatique et son audience - l'entre soi des journalistes parlant de politique. Deux aquariums en eaux troubles se mélangeant - parfois, mais se méprisant - toujours. Se ressemblant étonnamment. Dans les deux cas, mieux vaut en être pour y être. Le mérite n'y est pour rien : on s'invite, on se réinvite et on hérite du siège à demeure...

 

Et nous, nous sommes où dans tout cela ? Autant vous dire tout de suite que nous sommes tous à l'extérieur : la société réelle, dans une émission politique, c'est au mieux la place du con au dîner. C'est à celui des journalistes qui trouvera le meilleur pour son émission... Le plus souvent nous sommes installés sur le strapontin avec les invités, à condition de bien se tenir - Ici, on n'est pas à : "Tournez manège !", ni même à : "Taratata !". De temps en temps, de moins en moins souvent, nous sommes devant notre écran, la tête penchée sur notre smartphone, entendant d'une oreille distraite le bruit de devant, levant parfois les yeux subitement lorsque le ton s'élève, s'il s'élève... Puis rabaissant la tête. L'écran fait écran. Le réel, c'est nous qui le conservons... En regrettant de ne pas le voir passer.

 

Bon. Ne faisons pas le procès des journalistes, qui sont plus complices que fautifs dans l'histoire. Le problème des journalistes, c'est que leurs rédactions pensent qu'en les réunissant ils parlent de/pour nous alors qu'ils parlent d'eux entre eux. On sait que ce n'est pas si facile : la rapidité avec laquelle tout événement, phrase, commentaire est produit, empaqueté, livré, consommé, digéré, place les médias devant un dilemme ingérable : trop de réactivité et c'est bâclé, trop de recul et l'information est déjà passée ailleurs. Alors les médias se figent, se conforment au cadre d'une ligne éditoriale pré-fabriquée, engoncée, encadrée, tétanisée. N'êtes-vous pas comme moi, à hurler de frustration quand le journaliste n'enchaîne pas sur la question qui doit suivre, d'évidence, pour creuser l'entretien jusqu'à la moelle, et passe tranquillement à une autre question dictée par l'oreillette ? Il y a aujourd'hui une similitude dramatique entre le journaliste et le parlementaire, tous deux corsetés dans une mécanique qui les étouffe dans l'ennui et nous trompent prodigieusement. Cruel parcours qui voit aujourd'hui le journalisme rejoindre le bas du politique, au lieu de le tirer vers le haut, dans une exigence partagée. Des médias porteurs d'émotions, plus médiocres que médias, jusqu'à la sidération en boucle lorsque l'horreur survient, qui effleurent l'information en boucle jusqu'à la résilience... 

 

Pour résumer, le métier de journaliste de plateau, cela a été : on interroge et on la boucle. Puis : on interroge et on boucle. Aujourd'hui, c'est on s'écoute parler, en boucle. Dommage : il y aurait bien mieux à faire. D'ailleurs, il en existe encore, des journalistes qui font mieux. Mais il faut les mériter pour les trouver... Alors cherchez !

 

Patrick HERTER

19 Août 2017

* Note du 29 Août 2017 : la rentrée médiatique confirme la tendance lourde : les politiques (à la retraite) ont à présent leurs propres émissions pour recevoir les politiques (en activité). Les politiques ont été rangés dans leur boîte par les médias - inversion maligne de l'ORTF des années 60. Pendant ce temps, les journalistes commentent la politique... Entre eux.

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