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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Des ressources financières inépuisables sans taxer les marchés : et si c'était possible ?

Publié par Phert sur 29 Juin 2017, 11:12am

Catégories : #Economie

 

La Taxe sur les Transactions Financières (TTF) apparaît aux yeux des Organisations Non Gouvernementales (ONG) comme l'une des mesures "phares" pour faire financer par les spéculateurs boursiers la solidarité internationale et la lutte contre le réchauffement climatique, tout en endiguant les dérives de la Finance de l'ombre.

 

On peut comprendre cet engouement au rappel de ces quelques chiffres : alors que la capitalisation boursière mondiale (somme de la valeur des entreprises cotées) est évaluée à environ 62 000 milliards de dollars, la création annuelle de richesse mondiale estimée à 73 000 milliards $, le patrimoine mondial à 240 000 milliards $ ; alors que les marchés dérivés représentaient fin 2013 un total de transaction annuel de 710 000 milliards $, les marchés obligataires 8 000 milliards $ par jour, les marchés des changes 5 300 milliards $ par jour, les marchés actions 500 milliards $... Les besoins pour lutter contre le réchauffement climatique sont évalués à 100 milliards $ /an et la famine pourrait être éradiquée avec 0,3% du PIB mondial, soit 240 milliards $. En résumé, nous avons tous les moyens financiers de répondre aux enjeux planétaires, à condition de réaliser une toute petite partie de ce qui est placé sur les marchés financiers, le plus souvent virtuellement...

 

Appliquée en France depuis le 1er août 2012, la Taxe sur les Transactions Financières concerne les opérations d'achat au comptant d'actions d'entreprises françaises dont la capitalisation boursière dépasse un milliard d'euros, pour un taux de 0,20% porté à 0,30% par un vote du Parlement français en décembre dernier. Cette taxe étant toujours inappliquée en Europe, Emmanuel MACRON s'était engagé pendant sa campagne présidentielle à l'instaurer avant la fin de l'été avec un groupe de dix Etats membres de l'Union, dont l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, avant, à l'occasion du Conseil européen des 22 et 23 juin derniers, de remettre en question cette bonne volonté initiale... Aujourd'hui, les partisans de la taxe s'inquiètent et dénoncent un revirement (voir leur tribune dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/06/28/taxe-sur-les-transactions-financieres-emmanuel-macron-doit-cesser-son-double-discours_5152557_3232.html). Que faut-il en penser ?

 

En réalité, la Taxe sur les Transactions Financières, d'un principe théorique simple, est particulièrement difficile à mettre en oeuvre et déçoit lorsqu'elle est appliquée :

 

1. La Taxe sur les Transactions Financières suppose une maîtrise des flux dans un espace limité et une contribution captive alors que les marchés financiers se sont organisés depuis des lustres sur leur décloisonnement et leur capacité technologique à s'affranchir des frontières et des contraintes. Difficile sans unanimité des autorités de régulation mondiale d'imaginer réaliser l'opération. On en est loin...

 

2. La Taxe sur les Transactions Financières est payée par ceux qui investissent sur la durée et ne touche pas ceux qui achètent à découvert pour gagner rapidement sur la volatilité des cours. En clair, au contraire de contraindre les spéculateurs, la Taxe sur les Transactions Financières incite en l'état l'opérateur à la spéculation et le décourage d'investir dans la durée. Résultat inverse à l'effet recherché...

 

3. L'élargissement aux investisseurs achetant et revendant leurs titres dans la journée bute sur une double réalité juridique et financière : l'opération financière qui génère la base taxable (opération intraday) précède le transfert de propriété des titres qui détermine le contribuable, rendant probable des conflits juridiques, en particulier avec les investisseurs étrangers. La finance va bien plus vite que le droit...

 

4. La Taxe sur les Transactions Financières a le plus grand mal à remplir ses objectifs : la Cour des Comptes viennent de dresser un bilan négatif de son instauration. Ainsi, son rendement rapporte de moins en moins :

- 947 millions d'euros en 2016 contre 1,06 milliard d'euros en 2015, avec une baisse de 10% du volume des titres concernés par son application.

- Le coût de la TTF n'est pas supporté par les opérateurs mais par leurs clients, qui ont vu leurs factures augmenter d'autant.

- Les opérations visées -  dont le fameux "trading haute fréquence" - se sont déplacées dans d'autres pays plus permissifs.

 

Tous ces constats contribuent à faire douter de l'efficacité et de la pérennité d'un tel dispositif. Faut-il pour autant renoncer à prélever les gigantesques moyens de la finance mondiale pour répondre aux enjeux planétaires réels ? Certainement pas, car une autre approche est possible, non fiscaliste, adaptée à la nature et la logique des marchés financiers, qu'une comparaison simple pourrait permettre d'illustrer...

 

Considérons les marchés financiers comme une source d'énergie inépuisable, comme par exemple l'océan. Comme l'océan et ses marées, les marchés financiers montent et descendent, avec une amplitude variable, de l'étale au plus petit et au plus grand. Bien entendu avec une différence notable : si les marées sont prévisibles, les mouvements de marchés sont imprévisibles. Même si les cycles économiques peuvent être appréhendés et les résultats des entreprises cotées anticipés, nul ne peut prévoir le jour et l'heure du prochain mouvement de marché, quand il suffit de lire la carte des marées pour connaître leurs heures et leurs amplitudes...

 

Si cette imprévisibilité de marchés complique leur analyse, elle ne change pour autant pas leur nature "énergétique". Et comme il existe des grandes marées dans l'océan, les marchés sont faits de bulles et de krachs. Certains écroulement de marchés ne font-ils pas penser aux tsunamis ou aux vagues scélérates ? Des énergies considérables qui balaient les actifs des investisseurs comme les tsunamis balaient les côtes ou les vagues scélérates les navires placés sur leur passage. Chacune de ces phases génère une énergie considérable. Une partie de cette énergie peut être captée... Et elle n'a pas besoin de fiscalité pour y parvenir. Il faut, pour y parvenir, organiser une mécanique flexible de type "marché-motrice" se coupant hors tendance et prélevant un peu d'énergie dans les tendances haussières et baissières, comme j'avais pu la dessiner rapidement en fin d'un article écrit en mai 2013 : http://patrick.herter.over-blog.fr/article-bourse-les-fondamentalistes-sont-depasses-117883299.html

 

Patrick HERTER

29 Juin 2017
 

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