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Le blog de Patrick HERTER

Le blog de Patrick HERTER

Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Lettre ouverte à Alexandre Jardin...

Publié par Phert sur 14 Décembre 2015, 07:56am

Cher Alexandre,

 

Mon double état de lecteur et de Zèbre, de lignes mêlées de noir sur le blanc à l'horizontal et en biais, de Lizeux et de Faizeux, me fait oser aujourd'hui saisir la plume pour prendre un peu de verticalité et vous écrire cette lettre...

 

Comme vous avez raison, Alexandre ! Mais comme vous avez tort, aussi...

 

Comme vous avez raison, Alexandre, de compter sur les citoyens, sur le pays réel, pour faire. Lui seul est crédible, pour agir. Lui seul est légitime, pour incarner l'exemplarité de ceux qui entreprennent non pour eux mêmes mais pour tous les autres. Vous avez compris qu'une individualité n'est accomplie que parce qu'elle sait et peut s'inscrire, par l'action, dans un collectif qui la dépasse, la contrarie parfois, mais qui la nourrit et qu'elle nourrit. Ce pays réel à qui vous dites : "Faites !", vous contribuez à le faire non seulement vibrer, résonner, mais aussi se bouger pour répondre aux besoins qui semblent - scandaleusement - si difficiles à combler dans notre société d'abondance du superficiel et de rareté de l'essentiel. Vous le renvoyez - ce pays, vous nous renvoyez, vous vous renvoyez, aux besoins simples qui font les plus grandes joies. Puisque faire, c'est fête !

 

Comme vous avez raison, Alexandre, de vous méfier de la politique. Elle est dénaturée. Le système institutionnel, construit en 1958 en d'autres temps, sur une autre planète que la nôtre, contre un "régime des partis" (déjà) impuissant, est aujourd'hui à la fois dépassé par les mutations de notre monde et dévoyé par ces mêmes partis qui avaient pour devoir de nous représenter - nous, la société réelle, et de le défendre, lui ce système qui répondait tant aux circonstances et n'y répond plus du tout. Aujourd'hui et depuis des décennies, les partis se représentent eux-mêmes, jusqu'à la caricature, et contribuent à consommer de l'intérêt particulier quand nous avons tant besoin de produire de l'intérêt général ! Les plans de carrières et l'accumulation de mandats confondent les stratégies collectives et les ambitions personnelles. Les partis vivent dans l'entre soi d'un aquarium depuis longtemps isolé des eaux vives. Comment imaginer que la solution vienne de là ?

 

Comme vous avez raison, Alexandre, de vous appuyer sur les maires ! Beaucoup d'entre eux sont devenus les seuls représentants de ce qu'il reste du contrat sociétal passé entre nous et nos élus. Le fil ténu d'un tissu abîmé, maintes fois rapiécé, mais un maillage de proximité intact. Un trésor incontournable pour réparer le pays et le remettre en route. Les actions entreprises par les Zèbres avec ces maires contribuent à retisser cette toile usagé, usée jusqu'à la corde. Avec quelle énergie et quelle ténacité ! Dans les quartiers, dans les cités, dans les écoles, en sport ou dans les livres, au Café ou en apprentissage, sur tous les sujets... Ce qui se passe en France, enrichi par toutes les associations de tout objet, de toute nature, qui n'ont pas attendues ou entendues "l'Appel des Zèbres" pour protéger, assister, faire vivre, résister, construire et grandir le réel trop souvent blessé, c'est une révolution bénévole et politique de première importance qui dessine un autre monde : le nôtre. Les maires sont nos alliés d'évidence, sur le terrain de la proximité...

 

Comme vous avez tort, Alexandre, d'opposer les Faizeux aux Dizeux ! Dans une période de son histoire où notre société se fragmente, dresse les communautés, les lieux, les gens, les uns contre les autres, faut-il toujours opposer pour mobiliser ? Faut-il obligatoirement disqualifier pour qualifier ? Vous avez, Cher Alexandre, une formule d'autant plus paradoxale que vous la contredites vous-même, dans votre exemplarité zébrée : "des Faizeux, pas des Dizeux". Comme si l'un s'opposait à l'autre et qu'on ne pouvait être l'un et l'autre, l'un par l'autre - comme vous l'êtes vous-mêmes, Dizeux à plume et sur les ondes et les écrans, et Faizeux en le disant ! Mais qui évoquez-vous avec cette marque d'infâmie : ces "Dizeux" ? Ceux qui disent ce qu'il faut faire et ne font pas eux-mêmes ? Allons-nous voir débarquer des détachements de "Faizeux" - gardes rouges des temps modernes - pour contraindre les "Dizeux" à devenir de "bons Faizeux" ? Une nouvelle révolution culturelle ? Bien entendu, non. Vous êtes de bonne foi : vos "Dizeux", ce sont ceux qui disent de faire et ne font pas eux-mêmes. Ceux qui ordonnent d'agir et n'agissent pas eux-mêmes. Ceux qui décrédibilisent la politique à force d'irresponsabilité et d'impuissance. Ceux qui ont dévalué la promesse politique. Ce sont ceux-là, vos "Dizeux"... Ceux qui donnent des leçons sans avoir rien risqué. Mais il y a beaucoup d'autres "Dizeux" qui portent - parfois en prenant des risques - une parole utile, puissante, dérangeante et décisive pour dessiner le monde demain. Demain... Et s'il fallait aussi deux mains pour demain - celle qui fait, et celle qui dit, pourquoi les opposerions-nous ?

 

Comme vous avez tort, Alexandre, de jeter la politique avec ceux qui l'incarnent si mal alors que notre devoir, c'est de la transformer pour que, non seulement elle dise, mais elle fasse ! Au lieu d'en défendre les valeurs, les principes contre tous ceux qui la dénaturent, vous semblez être atteint d'une forme de répulsion à l'égard de la politique. C'est un étrange état que celui-là : comme l'allergie aux fleurs d'un fleuriste alchimiste cherchant à faire des fleurs sans les fleurs, et du parfum sans le parfum pour retrouver la pureté originelle des fleurs... Qu'il ne supporte plus ! Comprenez qu'en pourfendant le principe même de la politique, en ostracisant ceux qui sont prêts à en combattre les déviances - parfois avec tant de maladresses mais avec tant de sincérités si souvent - vous faites, certes, mais en acceptant de soumettre vos actes à des lois absurdes aux conséquences désastreuses, à des batailles d'égos dérisoires et stériles, à des pratiques de la représentation dépassées, à des élus incrustés dans les dorures des assemblées tels les marins maudits du Hollandais volant... En vous préoccupant - même avec talent - de mettre en avant de sublimes rustines à coller sur une République compromise et défaillante, vous n'empêcherez pas le canot de sombrer... Pourquoi la "faites" devrait-elle finir en tragédie ?

 

Alors, Cher Alexandre, permettez-moi de vous inviter à m'aider moi qui rame, dans un pari politique fou, totalement zébré, à rassembler toutes les initiatives de la société réelles, qu'elles soient sociales, éducatives, culturelles, technologiques, économiques... ou politiques. Retrouvons-nous tous dans un Collectif sans candidats auto-déclarés ou petits "je" d'appareils, pour préparer la réforme institutionnelle indispensable et lancer la dynamique politique sans plus se regarder soi-même, sans plus tarder car nous n'avons plus le temps. Faisons, non pas de la politique : faisons la politique. Changeons les règles de l'engagement. Changeons les conditions de la représentation. Changeons la finalité de l'exercice des pouvoirs politiques en rétablissant la hiérarchie perdue dans la gestion du temps long et dans celle du temps court. Opposons au renoncement, à l'abstention, à la complaisance, à l'ambition individuelle, à l'apnée électorale annoncée en 2017 : un chemin positif, une autre voie. Une autre voix aussi...

 

Patrick Herter

17 décembre 2015

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