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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


Un soir à République...

Publié par Phert sur 30 Novembre 2015, 21:58pm

Un soir à République...

Lorsque nous sommes arrivés sur la place ce samedi soir de fin novembre, elle était plongée dans le noir, et venteuse. Les phares des voitures circulantes dessinaient tout autour d'elle des filaments de lumières vives qui glissaient sur l'asphalte, sur fond de devantures. Ces lumières filantes semblaient s'interdire de pénétrer l'espace et formaient, en le laissant à la nuit, une clôture colorée qui rendait la place plus sombre encore. En son centre, la monumentale statue dressée sur son socle formait une masse plus noire encore que l'obscurité. Aucune lumière, non plus. Nous avons approché...

 

La masse du monument grandissait, et nous nous étonnions de cette noirceur. La place était-elle déserte, éteinte, abandonnée ? Nous avons continué d'avancer, intrigués, déçus, inquiets... Quelques mètres, et un point de lumière, fragile et scintillant comme une étoile lointaine, est apparu. Un deuxième point le pas suivant, puis une dizaine, rapidement, mais pas en masse : ces points de lumières, qui apparaissaient et disparaissaient aussi vite qu’ils étaient apparus étaient éparpillés dans la nuit, comme une guirlande incomplète ou défaillante. Comme si la bourrasque avait balayé une nuit d’étoiles plantées sur la voûte du ciel et en avait plaqué quelques gouttes dérisoires sur le monument…

 

Quelques mètres, et nous nous sommes aperçus que ces lumières éclairaient faiblement à plus d'une hauteur d'hommes ce qui nous apparaissait comme des couleurs délavées et des traits de toutes tailles que nous ne parvenions pas à distinguer, d’aussi loin. Certaines de ces lumières dessinaient plus mystérieusement des ombres humaines, fragiles comme des spectres, informes comme des draps recouvrant des cadavres. Une tête, un bras qui s’échappait, comme une bulle de magma qui saute puis retourne à la masse informe - sans la luminosité aveuglante. Une vision d’enfer sans flamme. No more…

 

Nous avons accéléré le pas, et nous avons compris.

 

Autour du monument, formant un cercle parallèle à son socle, des hommes et des femmes entouraient la République. Ils étaient venus, certainement comme nous l’avions fait, aussi spontanément, et s’étaient approchés dans l’obscurité, avec peut-être le même étonnement, le même doute – y a-t-il encore quelqu’un ou quelque chose ? Ils n’étaient pas des milliers, en masse organisée, en manifestation collective, mais suffisamment nombreux – juste ce qu’il fallait - pour couvrir de loin la lumière de milliers de bougies allumées, et autant de bougies éteintes, qu’ils rallumaient systématiquement en tournant autour du socle, se recueillant, parlant, chantant, se taisant pour la plupart, s’enlaçant au chaud, les uns contre les autres, ou à distance d’un pas à peine, à lire à voir à vivre dans le noir, dans le vague à l’âme effrayant, à pleurer sans larme les récits de cliquetis des armes terrifiantes, à s’imprégner de bleu, de blanc, de rouge dans la nuit… Ou à être là. Seulement. Simplement là. A l'écart ou tout contre.

 

Cette chaîne humaine protégeait des bourrasques de vent et de la nuit la multitude des lumières fragiles, par la simple présence, un à un, d’individus venus chacun de son côté jusqu’au centre de la place, à venir seul ou accompagné pour finir par se retrouver sans se connaître, sans avoir même besoin de se parler pour se connaître : entre frères et sœurs d’une même famille éparpillée, réunis pour l'occasion. De venir pour couvrir et protéger de si fragiles flammes des bougies formant un drap de lumières vives au centre de la place mais invisibles de ses bords sans approcher. Un feu léger et puissant comme des braises incandescentes. Nous y avons fait le tour tous ensemble, d’autres sont arrivés et d’autres sont partis. Puis nous sommes repartis.

 

Une nuit à République.

Patrick Herter - 06/12/2015

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