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Le blog de Patrick HERTER

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Articles sur l'actualité politique, économique, sociale


La politique, malade du carpisme...

Publié par Phert sur 21 Juillet 2015, 18:02pm

Le carpisme est un terme sociologique désignant la prédisposition aiguë ou chronique d'un responsable à l'impuissance, à l'inefficacité, à l'incapacité à tracer une voie collective, à donner des repères stables et durables aux débats qui engagent l'avenir de notre société. Par extension, il désigne également les sentiments de lassitude et de renoncement que cette prédisposition contribue à nourrir dans une population désabusée, jusqu'au renoncement...

 

Symptôme le plus souvent d'une paralysie partielle ou générale d'une société moderne, vivante, ouverte, évolutive, le carpisme trouve un terrain privilégié dans l'aquarium politique, même si on peut aussi le trouver à l'état sauvage. A la différence des eaux vives de la société civile, brassées par les courants, la diversité des expériences et des profils et la confrontation au réel, l'aquarium politique lui offre en effet les conditions idéales de son développement : une eau souvent stagnante, parfois aux légers courants familiers bien maîtrisés ; un habitat chaud, doux et protégé ; un fond vaseux, confortable, où reposer.

 

L'adepte de carpisme, dénommé carpiste, possède une grande expérience de son environnement dont il connaît les moindres recoins. Si le carpiste est caractérisé par sa propension à la fouille des fonds de tiroirs et au reclassement des dossiers usagers, son habileté à se mouvoir dans l'aquarium le destine aux premiers rôles. Naturellement doté d'incontestables facultés d'adaptation dans son milieu naturel, le carpiste évite pourtant les initiatives - susceptibles de lui faire commettre une erreur. Pourquoi prendre un risque inutile quand on a tout à perdre ? S'il est paisible au quotidien, réfractaire à l'agitation, le carpiste peut, parfois, se laisser aller à une certaine agressivité, jusqu'à s'attaquer à ses propres congénères pour dévorer leurs œufs ou conserver l'ascendant dans le groupe... Son allure, souvent bonhomme, son poids, sa présence l'impose sans effort, et le carpiste sait jouer de sa physionomie... Autre caractéristique : le carpiste qui s'épanouit dans les profondeurs de l'aquarium en temps normal retrouve un surcroît d'énergie qui peut surprendre le néophyte lorsque la lumière brille en surface ou qu'un mouvement brusque y annonce une présence extérieure. On lui découvre alors une agilité d'un instant : il n'est pas rare de voir un banc de carpistes transformer en quelques secondes l'eau plate de l'aquarium en tempête tropicale dans la bagarre engagée pour être le premier à se présenter en surface, à la lumière...

 

La longévité du carpiste est réputée, tout particulièrement dans l'aquarium politique, ce qui lui confère une aura exceptionnelle, donne au carpisme une allure d'immanence et contribue au mythe de son éternité. Si un carpiste de 15 à 20 ans d'âge est fréquent, certains peuvent atteindre 70 ans, voire même 100 ans ! Il est vrai que plus longtemps le carpiste vit dans l'aquarium, plus gros il est, et plus il est difficile de l'en sortir ! Le carpisme se définit ainsi à la fois comme une ambition personnelle, un état et un devenir : plus il a le temps de devenir, plus il est. Et plus il est, plus il sera. Le carpisme est un conservatisme abouti qui semble se suffire à lui-même.

 

Ce conservatisme porte pourtant en lui les germes de sa remise en cause. Si l'essor du carpisme dans la société est d'abord dû à l'apparition progressive d'une nonchalance pour celui qui en bénéficie, d'une propagation virale pour celui qui aspire à l'incarner, le carpisme bute pourtant sur sa logique, inévitablement élitiste, sélective, aristocratique, qui repose sur la permanence plus que sur la transcendance, sur l'inertie plus que sur le mouvement, sur les mots plus que sur les actes... Conséquence : à la passivité douce et hautaine des carpistes répond - surtout dans les temps plus difficiles - la frustration de ceux qui subissent les conséquences même du carpisme dans leur vie quotidienne et qui finissent, dans la nécessité d'une vie rude, par remettre en cause l'inertie et les paroles en l'air qui ne retombent jamais en faits dans le réel...

 

Un autre phénomène plus structurel contribue à remettre en cause le carpisme : l'évolution du monde. Ce mouvement, en phase d'accélération aujourd'hui, ne perturbe d'abord pas le carpisme, trop protégé pour avoir conscience des changements en cours. Mais, progressivement, en se renforçant, ce mouvement touche l'environnement douillet des carpistes, qui voit en lui une angoisse et une menace. La crispation de ceux qui subissent l'indécision réelle des carpistes fait alors face à celle, non moins vive, des carpistes, qui perçoivent dans le mouvement de la modernité la menace ultime : un risque évident de disparition instantanée de la situation acquise et de la pérennité du carpisme. D'autant plus que ces mouvements induisent pour le carpisme des risques de mutations considérables et de conflits graves... Que le carpisme ne peut pas gérer, par nature, puisqu'ils proviennent d'un environnement extérieur au sien ! Ainsi, le carpisme devient-il tragique...

 

Patrick HERTER - 21/07/2015

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